Un repas servi à la cantine d'une école primaire écossaise, photographié par Martha Payne, âgée de 9 ans.
Un repas servi à la cantine d'une école primaire écossaise, photographié par Martha Payne, âgée de 9 ans. - M.PAYNE/NEVERSECONDS

Philippe Berry

A 9 ans, Martha Payne est sans doute l'une des plus jeunes food blogeuse du Net. Mais son école primaire, dans la petite ville écossaise d'Argyle, n'a pas vraiment goûté ses critiques gastronomiques de la cantine de l'établissement, allant même jusqu'à interdire à l'élève de prendre des photos de ses repas. Après une mobilisation du chef Jamie Oliver et de Twitter, l'école a finalement renoncé à la censure, vendredi. Et même indiqué à la BBC qu'une réunion sur la qualité de la nourriture servie aurait lieu cet été.

«Mon papa dit que je devrais m'appeler Veritas Ex Gustu (..) mais qui parle latin? Vous pouvez m'appeler Veg (pour légume, ndr)», écrit la jeune fille, sur son blog NeverSeconds, en guise de présentation. Depuis avril, elle chronique les repas de sa cantine, via un site lancé avec l'aide de son père. Le but: inciter les visiteurs à effectuer une donation à l'organisation caritative Mary's Meal, qui distribue des repas aux enfants défavorisés.

 

«Un cheeseburger et deux croquettes de pommes de terre»

Pour chaque repas, Martha publie une photo, une courte description, donne deux notes sur 10 sur les qualités gastronomiques et diététiques de la nourriture et compte le nombre de cheveux présents dans son assiette (zéro, le plus souvent).

 

«Au menu aujourd'hui: un cheeseburger et une glace. J'ai eu deux croquettes de pommes de terre. Je n'ai pas pris les petits pois, mais ils ne m'ont quand même donné que trois morceaux de concombre», écrivait-elle le 8 mai, donnant un 7/10 au goût et 2/10 à la diététique.

 

Dans un premier temps, l'école a joué le jeu. «Victoire, ils ont confirmé à mon père qu'on avait le droit aux légumes et aux fruits à volonté. Cela devait être un secret car personne n'était au courant», se félicitait-elle le mois dernier.

 

Tout change lorsque le Daily Record, un journal écossais, publie un article intitulé «Il est temps de virer les cuisinières». Il s'agissait en fait d'un jeu de mot sur «fire» (feu et virer) accompagnant une photo de la jeune fille aux côtés du chef Nick Nairn en train de préparer un plat flambé et équilibré, coûtant la moitié de ceux servis à la cantine.

 

Les autorités éducatives du comté interviennent alors, interdisant à Martha de prendre des photos, expliquant qu'elle ne donne pas une juste représentation des choix disponibles.

 

L'effet Jamie Oliver

Jeudi soir, l'écolière publie un billet d'adieu déchirant. «Ce matin en cours de maths, j'ai été convoquée chez le principal. On m'a dit que je ne pouvais plus prendre de photos à cause de l'article d'un journal. Moi, je n'écris que ce blog et pas pour un journal. Je suis triste de ne plus pouvoir prendre de photos (…). Je crois que je ne pourrai pas atteindre mon objectif de lever 7,000 livres (8.600 euros) pour Mary's Meal.»

 

Arrive le Jean-Pierre Coffe britannique, Jamie Oliver. Le chef et pourfendeur de la malbouffe publie aussitôt un tweet de soutien à la jeune food blogueuse, l'appelant à «ne pas céder» et invitant ses 2 millions de followers à relayer le message.

 

 

24 heures et de nombreux articles plus tard, l'école revient sur son interdiction et annonce la tenue prochaine d'un sommet sur la qualité de la nourriture proposée à la cantine. Vendredi soir, Martha a remercié tous les internautes pour leur soutien. Dans la nuit, les donations à Mary's Meal ont dépassé les 50.000 euros.