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UPDATE -  Le fournisseur d'accès à Internet français FDN a mis en place une connexion de secours à bas débit à destination des Egyptiens qui disposent d'un modem 28K ou 56K.  Les internautes égyptiens peuvent utiliser la ligne +33 1 72 89 01 50 et se connecter avec l'identifiant et le mot de passe "toto" pour accéder à une connexion de secours à bas débit.

Les Egyptiens sont privés d’Internet depuis jeudi soir.  Ainsi «environ 88 % du réseau internet n'est plus disponible en Égypte, c'est une première dans l'histoire d'Internet», a déclaré Rik Ferguson, expert sécurité pour Trend Micro, troisième éditeur de solutions de sécurité mondial, à l’AFP. «Les réseaux les plus importants du pays sont coupés, mais il reste encore quelques réseaux minoritaires qui répondent toujours, comme Noor Data Networks», précise-t-il.

Une coupure à grande échelle à l’impact immédiat qui soulève une question: comment peut-on couper l’accès à l’Internet de tout un pays? Et peut-on vraiment éteindre l’Internet?

Trou noir

Pour y répondre, il faut d’abord comprendre comment fonctionne l’Internet. «C’est une somme d’opérateurs autonomes avec des points d’interconnexion, explique Benjamin Bayart, président du fournisseur d’accès FDN, à 20minutes.fr. Les opérateurs communiquent leur réseau d’adresses IP au réseau voisin qui le répercute à son voisin etc. Les informations ainsi échangées font le tour du monde en à peu près cinq minutes.» Soit le temps nécessaire aux routeurs du monde entier pour se mettre à jour.

En clair, si les routes de l’information ainsi créées étaient des guirlandes lumineuses, l’Egypte ressemblerait aujourd’hui à un grand trou noir. Et ce black-out n’est pas difficile à obtenir. «Par définition, c’est l’opérateur qui coupe l’accès à l'Internet, que ce soit volontairement ou sous la contrainte, poursuit Benjamin Bayart. C’est une instruction à donner sur un ordinateur qui prend deux minutes. C’est du même niveau de complexité que de débrancher chez soi sa box Internet.»

«Couper l’Internet d’un pays est un acte de guerre»

«Il est très facile de planter un service donné, de rendre l'utilisation de l'Internet plus difficile ou encore d'éteindre l'Internet en un lieu donné», souligne ainsi Stéphane Bortzmeyer sur son blog (note publiée également sur Owni). Comme en Egypte. «La France est un pays beaucoup plus connecté où il y a un millier d’opérateur, il serait donc bien plus compliqué d’y fermer l’Internet», assure encore Benjamin Bayart qui rappelle au passage qu’ «éteindre les moyens de communication d’un pays est un acte de guerre».  Et à l’échelle mondiale, taquiner le Net devient encore plus difficile.

L’Internet est en effet un protocole de communication international bien plus large que le seul World Wide Web (WWW) que nous connaissons tous et qui n’est finalement qu’un service largement répandu (et considéré à tord comme l’Internet). Ce qui fait dire à Jean-Michel Planche, fondateur et président de Witbe, que «oui, on peut éteindre le Web mais non, on ne peut pas éteindre l’Internet». Cet expert est d’ailleurs intervenu, aux côtés de Benjamin Bayart, à une table ronde sur le sujet dans les locaux de l’Epitech, jeudi.

Revenir au modem

Joint vendredi par 20minutes.fr, Jean-Michel Planche a défendu une idée philosophique du Net: «C’est une illusion totale de penser que l’on peut couper l’Internet car l’Internet, c'est vous, c'est moi. On peut nous empêcher momentanément de parler mais jamais de penser. L'Internet est de cet essence. Tant qu’il y aura des gens pour communiquer, le système ne sera jamais éteint.» Et les moyens de contourner la coupure sont multiples (des statistiques nous permettent d’ailleurs d’affirmer que le site 20minutes.fr est consulté, même faiblement, depuis l’Egypte). «Téléphone satellite, radioamateurs, modem…, énumère-t-il. On l’a vu en Haïti, alors que tout était dévasté, il était possible de faire circuler des informations grâce aux téléphones satellite.» Quand aux radioamateurs, il s’agit d'amateurs pointus qui ont reçu l'autorisation d'émettre sur les ondes.

Mais la solution la plus simple demeure celle des modems, qui fonctionnent via une simple ligne téléphonique et que FDN est en train de ressortir de ces cartons. «Les messages passent moins vite que via l’ADSL et cela peut prendre plusieurs heures pour regarder une vidéo, mais ça passe», assure Jean-Michel Planche. Pour lui, «ce n’est pas les télécoms le vrai problème mais l’électricité. Tant qu’on a un téléphone et de l’électricité, on peut communiquer». Un autre danger guette le Net selon Stéphane Bortzmeyer, celui d’une certaine standardisation. «Trop de choses dans l'Internet dépendent d'un petit nombre de logiciels, ce qui fait qu'un bogue a des conséquences étendues, estime-t-il. Trop de routeurs utilisent IOS (le système d'exploitation produit par Cisco Systems) et un seul bogue plante des routeurs sur toute la planète. Comme dans un écosystème où il n'y a pas de variété génétique, un germe peut faire des ravages.»

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