Thomas Cazals: «Un YouTube movie permet de remettre en lumière des images enfouies»

INTERVIEW «In the Tube with Carla», réalisé à partir d'images extraites de YouTube, donne un portrait nuancé de Carla Bruni-Sarkozy. Et inaugure un nouveau genre journalistique, que défend son auteur Thomas Cazals...

Propos recueillis par Capucine Cousin

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Durant 27 minutes, dans In the Tube With Carla, se succèdent extraits de talk-shows de chaînes étrangères des années 90, reportages dans les défilés, jusqu’aux interviews plus straight de la Première dame à l’Elysée.

Après avoir été retirée de la plateforme de diffusion Vimeo, la compilation d’images sur la Première dame cartonne sur YouTube, où elle est disponible depuis fin mai, en une version découpée en trois volets.

Avec ce docu impertinent, mais haché et sans dates, ni sources citées, qui confronte les images glacées d’aujourd’hui à celle plus glamour d’hier, le journaliste Thomas Cazals, 40 ans, consacre un nouveau genre, celui du YouTube movie

Pourquoi ce choix de faire le portrait caustique de Carla Bruni, de ses années de top-model des années 90 à maintenant, où elle doit se plier au protocole?

Je ne la connaissais pas. J’ai fait ce documentaire en réaction épidermique à un communiqué qui annonçait la sortie d’un documentaire, Naissance d’une Première dame. Ce docu «officiel» sera sans doute édulcoré: il ne pourrait comporter les images des débuts de Carla Bruni. Mon portrait est plutôt à son avantage: il montre une femme libérée. En même temps, on y voit une jet-setteuse aristo qui est maligne, et peut faire preuve d’une certaine cruauté dans ses paroles.

Il comporte aussi beaucoup d’extraits de talk-shows étrangers: qu’est-ce que cela apporte de plus?

Elle a une parole beaucoup plus libre, plus spontanée. Les journalistes aussi y sont peut-être plus impertinents, y compris dans les interviews récentes.

L’interview menée par Barbara Walters, journaliste star de la chaîne américaine ABC, et réalisée après son mariage avec Nicolas Sarkozy, est très rentre-dedans.

Avec «In the Tube with Carla», vous consacrez un nouveau genre de docu, composé uniquement d’images issues de YouTube. C’est un choix?

J’avais déjà diffusé un premier documentaire basé lui aussi sur des images récupérées sur YouTube, La transmigration de Donovan Lynch. Par ce format, le YouTube movie, je voulais montrer que des archives disponibles sur YouTube peuvent aboutir à un film.

Ce genre se prête assez bien à l’exercice du portrait. Cela permet de remettre en lumière des images enfouies, de retrouver cette manière. J’ai aussi fait ce docu pour dénoncer l’hypocrisie générale liée au fait que l’on peut tout mettre sur YouTube, y compris des images copyrightées.

Justement, vous respectez assez peu les droits d’auteurs, et ne citez pas vos sources, ni les dates…

Il n’y a pas d’extraits de documentaires, mais seulement de talk-shows, qui sont des émissions de flux, elles ne sont pas protégées par des droits d’auteurs.

Je n’ai pas eu de réactions des chaînes, à part ABC, dont j’avais repris des extraits d’une interview récente de Carla Bruni-Sazrkozy. De toute façon, sur YouTube, les extraits n’étaient déjà pas sourcés avant, et les internautes s’intéressent peu à cela.

«No comment» du côté de Carla

Carla Bruni-Sarkozy a vu le documentaire, mais a décidé de laisser courir l’affaire. «Il n’y a rien qui casse des briques, et rien de grave pour des propos qu’elle a pu tenir quand elle avait 20 ans», précise-t-on dans l’entourage de la Première dame.

En revanche, l’extrait de l’émission britannique Eurotrash qui avait fait polémique – on y voit Carla Bruni sortir un guide érotique de son sac avant de susurrer en plusieurs langues «mets ton doigt dans mon cul» - est mal passé. Forcément. Mais «il s’agissait d’un sketch, où l’on demandait à l’avance à Carla de sortir cet ouvrage», précise-t-on. Le docu YouTube laissait penser qu’il s’agissait d’une interview des plus improvisées. Les limites de l’exercice…

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