Lancée en avril 2014 par un père de famille, la chaîne YouTube « Studio bubble tea », dédiée l’unboxing de jouets, totalise… 220 353 861 vues.
Lancée en avril 2014 par un père de famille, la chaîne YouTube « Studio bubble tea », dédiée l’unboxing de jouets, totalise… 220 353 861 vues. - © Studio bubble tea

Un nouveau fer à lisser capable de défriser les cheveux les plus crépus en un passage. C’est LE rêve de Rizlène et de son indomptable tignasse. Le hic : l’appareil coûte 200 euros. « Avant de me l’offrir, j’ai voulu être sûre de mon coup. Il fallait que je compare les avis. Et j’ai trouvé ces vidéos en ligne de filles qui venaient de l’acheter, qui le déballaient et qui le testaient, explique la trentenaire stylée. D’habitude, je regarde des vidéos de coiffeurs mais ça fait toujours un peu faux. Là, c’est une nana lambda, qui donne les plus et les moins du produit, sans langue de bois. Et en plus, je vois les expressions sur son visage en direct quand elle ouvre la boîte. » Sans même connaître le concept, Rizlène vient de plonger dans la tendance de l’unboxing, ces vidéos de déballage d’objets qui explosent les compteurs sur Internet.

 

Le plaisir de déballer sans l'addition

Selon une récente étude publiée par Google, il vous faudrait poser 7 ans de congés pour pouvoir regarder d’affilée toutes les vidéos du genre disponible sur YouTube. De 2013 à 2014, le nombre de vues totalisé par ces contenus a bondi de 57% sur la plateforme. En 2015, les habitants des Etats-Unis ont regardé 60 millions d’heures de vidéos d’unboxing, soit 1,1 milliard de vues. « C’est une tendance qui est venue des particuliers, soit par simple plaisir de partager une expérience, soit dans une démarche plus professionnelle annexée à un blog », détaille-t-on chez Google France. Un phénomène qui illustre, selon le géant du Web, une évolution des besoins. En France, alors que le parcours d’achat est devenu beaucoup plus long, un consommateur sur six découvre de nouveaux produits ou marques en regardant une vidéo en ligne, selon une étude réalisée en septembre 2015 par l’institut de sondage Ipsos.

Mais pourquoi donc se fascine-t-on autant pour cette histoire de boîte ? Lionel Sitz, professeur en marketing et chercheur en sociologie de la consommation à l’EM Lyon business school a sa petite idée. « L’unboxing n’est qu’un aspect d’un phénomène plus général : la mise en représentation de soi sur Internet et l’omniprésence de la photo et de la vidéo dans nos vies, en grande partie due à la porosité des médias et le fait qu’on puisse accéder à tous les contenus où qu’on soit, avec notre téléphone notamment », décortique le chercheur pour qui la technologie a modifié les paramètres même de l’expérience.

« Sur Internet, on n’est plus obligé de faire soi-même l’expérience, regarder d’autres la mettre en scène est aussi une façon de la vivre », ajoute le spécialiste, qui distingue plusieurs types de consommateurs d’unboxing. « Ces vidéos montrent surtout l’importance du packaging dans la relation au consommateur. Certains peuvent les regarder par simple fascination du déballage et d’autres y chercher simplement des informations sur un produit. Dans ce cas, c’est aussi une nouvelle forme narrative de la critique pure, qu’on peut lire dans un magazine », conclut-il.

Des enfants captivés

Et c’est plutôt dans la catégorie des fascinés qu’entre le fiston de Franck, 3 ans à peine. « Quand on veut un petit moment de répit, il arrive qu’on le mette devant un dessin animé sur YouTube. Malgré notre vigilance, on le retrouve souvent en train de regarder des vidéos, notamment russes, où des gens déballent des jouets. Ça le captive », explique ce dernier, surpris de constater le nombre de vues enregistrées par ces drôles de contenus. Michaël, un autre papa, est lui passé de l’autre côté de l’écran après être tombé par hasard, en mars 2014, sur une vidéo d’unboxing d’une chaîne anglophone alors qu’il cherchait des contenus pour divertir sa fille, Kalys.

Serial filmeur de ses enfants depuis leur naissance, il fonde, le 1er avril 2014, sa propre chaîne YouTube, « Studio bubble tea », et y poste depuis une multitude de petites créations maison où Kalys 7 ans, rejointe par sa sœur Athéna dès ses 2 ans, déballent des boîtes de Lego ou de Playmobil, testent le dernier Angry Birds sur tablette ou encore ouvrent le maximum d’œufs Kinder tandis que Michaël fait tourner le chrono.

 

« C’est devenu un rituel quotidien. Elles sont demandeuses sinon je ne le ferais pas », dixit ce père de famille qui précise que « ces vidéos sont destinées aux enfants et aux parents car il n’y a aucun gros mot ni violence, uniquement des blagues adorables ». Et force est de constater qu’elles ont trouvé leur public : 194 356 abonnés pour un total de… 220 353 861 vues. « Inimaginable », pour Michaël qui assure ne pas avoir cédé aux partenariats avec les marques (« moins de 1% des vidéos ») mais confie qu’il parvient grâce à l’unboxing « à vivre de YouTube ».

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