Suricate: «Notre film "Dissociés", c’est "Little Miss Sunshine" qui devient "Matrix"»

INTERVIEW Le premier long-métrage écrit joué et réalisé par Raphaël Descraques, Julien Josselin et Vincent Tirel, débarque sur GoldenMoustache.com et YouTube le 24 novembre. 

Anne Demoulin

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Extrait de l'affiche «Les Dissociés», du collectif Suricate.

Extrait de l'affiche «Les Dissociés», du collectif Suricate. — Golden Moustache

Une histoire fantastique et délirante de transferts d’âmes. Le film Les Dissociés conte les aventures de Lily et Ben, un couple ordinaire jusqu’au jour où ils se réveillent dans deux corps qui ne sont pas les leurs… Le premier long-métrage de Suricate, le collectif du Golden Moustache, écrit, joué et réalisé par Raphaël Descraques, Julien Josselin et Vincent Tirel, débarque sur GoldenMoustache.com et YouTube le 24 novembre, en accès libre et gratuit. Rencontre avec les trois créateurs.

Comment est née l’idée de la dissociation, ce transfert d’âmes d’un corps à l’autre ?

Raphaël Descraques : L’idée est venue quand on s’est demandé comment trois mecs barbus pourraient jouer les trois rôles principaux d’un film, tout en étant des êtres distincts, sans jouer trois frères, ou trois gangsters.

Julien Josselin : On a reparlé de tous les films de body swap qui existaient. On a condensé tout cela pour faire l’ultime film de body swap. Il n’y a pas qu’un swap au début du film…

Raphaël Descraques : Il y en a un dans chaque scène ! Cette idée nous a permis de faire un film fantastique sans trop d’effets spéciaux. On s’effleure, on change de corps et simplement avec quelques effets sonores, toute une magie se passe…

Vincent Tirel : Il y avait un truc un peu gamin aussi, de se dire, si ça se trouve, ça se passe dans la rue et on n’en sait rien.

En tant qu’acteur, on sent que cela vous a beaucoup amusé…

R. D. : Comme on a écrit ce qu’on allait jouer, on se disait : « ça va être top marrant de jouer ça » !

J. J. : Au stade de l’écriture, on s’entraînait déjà. La dissociation, c’est un exercice de théâtre.

R. D. : Ça nous permettait aussi de ne pas avoir de problème de casting ! On ne cherchait pas des hommes ou des femmes, de tel ou tel type, on se disait qui est dispos ? Réussir par la narration à faire passer l’idée que la dissociation est une science, cela permettait de s’amuser comme des “ouf” dans les scènes.

De Kyan Khojandi à Baptiste Lecaplain en passant par Alice David, vous avez réuni toutes les stars de la Toile…

R. D. : On voulait emmener un maximum de potes dans cette aventure folle.

J. J. : Ce sont tous des gens qu’on connaît très bien et avec qui on avait déjà travaillé. On avait beaucoup de rôles à distribuer et c’était l’occasion de se faire plaisir. On aime beaucoup inviter des gens sur nos sketchs.

R. D. : Les deux personnages principaux sont inconnus du bataillon YouTube. Mais on n’a pas mis du guest pour du guest, tout le monde colle à son personnage !

Il y a beaucoup de références pop dans le film…

J. J. : Il y a trois ou quatre références sur Retour vers le futur.

V. T. : C’est un film qu’on aime inconditionnellement tous les trois. Il y a un peu de Hook aussi.

R. D. : On ne pouvait pas commencer par « le monde est en ruine, c’est l’apocalypse », on n’en avait pas les moyens ! On commence donc par un film de type « littlemisssunshinesque » tout mignon et on tend vers le fantastique. Bref, Les Dissociés, c’est Little Miss Sunshine qui devient Matrix, avec le personnage de l’élu, seul face à une grosse menace qui le dépasse.

Cette expérience vous a donné envie de faire un second long-métrage ?

J. J. : Beaucoup de choses dépendront de l’accueil que le film aura auprès du public. Cela nous a confortés dans l’idée de raconter des histoires plus longues. On est fiers des Dissociés, mais on voit aussi les erreurs qu’on a faites, et on a hâte d’en faire un deuxième sans ces erreurs-là…

R. D. : Avec de nouvelles erreurs !

V. T. : Je me vois déjà sur le second montage en train de me dire : “Mais putain, c’est pas vrai ! ».

J. J. : C’est normal ! Je suis sûr que Scorsese, il chiale aussi devant ses films ! (rires)

R. D. : On espère aussi que cela va donner envie à d’autres de faire des films sur YouTube. Et que les gens feront encore mieux que nous !

J. J. : Et que cela donne envie aux gens de financer des films sur Internet. Et qu’on aura montré qu’on peut faire des films ailleurs qu’au cinéma.