L’Hadopi court le risque d’une «asphyxie budgétaire», selon sa présidente

PIRATAGE L'Hadopi craint en fait que la restriction budgétaire ne l'oblige à se recentrer sur un rôle de gendarme…

20 Minutes avec AFP

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Marie-Françoise Marais, président de l'Hadopi, à Paris, en octobre 2013.

Marie-Françoise Marais, président de l'Hadopi, à Paris, en octobre 2013. — WITT/SIPA

L'Hadopi, l'autorité anti-piratage créée sous Nicolas Sarkozy, qui a survécu au projet de disparition envisagé par le gouvernement Hollande l'an dernier, risque aujourd'hui une «asphyxie budgétaire», a dénoncé mardi sa présidente Marie-Françoise Marais.

Se disant «révoltée par le traitement réservé à l'Hadopi», Marie-Françoise Marais a réclamé lors d'une conférence de presse une dotation publique rehaussée à 7,5 millions d'euros pour 2015, alors que le gouvernement prévoit 6 millions, comme en 2014.

Une mission de «promotion de l'offre légale»

Ce montant, selon Marie-Françoise Marais, obligerait Hadopi à faire «moins et moins bien». L'Hadopi emploie 60 personnes, avec une masse salariale en 2015 de 4,7 millions. Elle dispose cependant d'une trésorerie de 3,1 millions d'euros.

L'Hadopi craint en fait que la restriction budgétaire ne l'oblige à se recentrer sur un rôle de gendarme en éliminant ses autres missions, notamment les études et la «promotion de l'offre légale», objectif que l'arrivée très médiatisée de Netflix et autres services de vidéo en ligne semble avoir rendu un peu daté.

Malgré tout, pour cette mission l'Autorité a créé cette année un site qui liste 412 offres culturelles légales, dont 8 ont accepté d'ouvrir leur catalogue. Ce site permet aussi de signaler des oeuvres introuvables légalement, avec pour l'instant 424 oeuvres repérées.

S'attaquer au streaming illégal

Mais depuis septembre l'Hadopi, qui au départ n'était pas censée viser le streaming (visionnage en ligne sans téléchargement), s'est fixée une nouvelle mission: s'attaquer au streaming illégal, devenu la pratique majoritaire du piratage, en recensant les principaux sites.

Mi-octobre, Fleur Pellerin a annoncé qu'elle envisageait de dresser une «liste noire» de sites illégaux, tâche qui pourrait revenir à l'Hadopi et lui redonner de l'importance. L'Hadopi ne peut saisir la justice mais le parquet pourrait se saisir du dossier et demander aux fournisseurs d'accès de bloquer ces sites, a expliqué le secrétaire général de l'Hadopi Éric Walter.

En 2013, le gouvernement avait supprimé l'arme ultime d'Hadopi contre les pirates, la coupure internet, jugée par les socialistes excessive, voire liberticide.

Selon l'Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa), 13,2 millions d'internautes en France consultent chaque mois au moins un site de piratage, davantage qu'en 2009. Quelque 38% recourent au streaming (visionnage sans téléchargement), pratique la plus répandue.

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