Rokhaya Diallo, éditorialiste, militante antiraciste et  activiste féministe.
Rokhaya Diallo, éditorialiste, militante antiraciste et activiste féministe. - IBO/SIPA

Ce vendredi à Paris s’ouvre à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris le procès d’un homme de 23 ans qui avait appelé sur Twitter au viol de la militante antiraciste Rokhaya Diallo. Ce travailleur handicapé qui travaille à la RATP risque jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende pour incitation à infraction sexuelle.

Dans la nuit du 14 au 15 juin dernier, Rokhaya Diallo reçoit un tweet qui la mentionne. Son contenu: «Il faut violer cette conne de rokaya comme ça fini le racisme» (sic). Elle fait aussitôt une capture d’écran. «J’ai l’habitude de recevoir des injures sur Twitter, on finit par s’y habituer, raconte-t-elle à 20 Minutes. Mais là, un appel au viol… Je consulte mon avocat qui me dit qu’il y a matière à attaquer.»

«Il ne peut pas y avoir un sentiment d’impunité»

L’auteur du tweet possédant un pseudonyme, son avocat maître Kevin Grossmann envoie courrier et mail au siège de Twitter aux Etats-Unis, ainsi qu’à Twitter France. Une réponse arrive rapidement par mail, en anglais. «En moins de 24 heures, ils ont répondu qu’ils ne donneraient pas l’identité de la personne à moins d’une décision judiciaire. J’ai donc fait une déposition auprès de la police», poursuit-elle. De son côté, l’avocat prend l’initiative de dénoncer les faits auprès du procureur de la république, qui ordonne une enquête.

Fin novembre Rokhaya Diallo annonce, soulagée, que l’auteur du tweet a été retrouvé. «C’est important que les gens se rendent comptent qu’il ne peut pas y avoir un sentiment d’impunité sur Twitter, explique-t-elle. J’ai aussi décidé d’attaquer au nom de toutes les personnes qui n’ont pas les moyens, en termes de temps et de coût, de saisir la justice.»

La militante regrette que «Twitter ne se soit pas montré plus coopératif. C’est la police française qui a mené l’investigation au frais du contribuable français pour avoir des infos dont Twitter disposait déjà.» L’avocat renchérit: «Le réseau social n’a été coopératif que sur ordre de la justice. Ce n’est pas spontané, c’est certain.»

«Contacter les autorités locales en cas de menace»

Un  porte-parole de Twitter France indique à 20 Minutes qu’il ne commentera pas cette affaire, admettant néanmoins qu’il existe «sur Internet, comme dans la vie de tous les jours, des personnes mal intentionnées qui causent du tort aux autres» Il rappelle que «la violence ciblée et les menaces, notamment, vont à l’encontre» des règles édictées par le réseau social. Il précise qu’il est «primordial de contacter les autorités locales en cas de menace ou de danger afin que la situation puisse également être gérée hors ligne».

En juillet dernier, l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) s’était félicitée que Twitter ait fourni au procureur de Paris «les données susceptibles de permettre l'identification de certains auteurs que le procureur considère comme ayant violé la loi française», après l’affaire du hashtag antisémite #unbonjuif. Mais l’association souhaite une amélioration du dispositif de signalement des contenus abusifs sur Twitter. «Il faudrait être capable de signaler le caractère raciste d’un contenu abusif pour mieux prendre le cadre légal en France, qui n’est pas le même qu’aux Etats-Unis», indique à 20 Minutes le président de l’association, Jonathan Hayoun.

«Récemment nous avons amélioré nos outils sur mobile et sur le web pour faciliter ces signalements et nous avons augmenté les effectifs de nos équipes dédiées au support utilisateur», précise-t-on chez Twitter France. Ce qui ne semble pas convaincre SOS Homophobie.

Concernant les discours de haine chez SOS homophobie, «on n’est pas du tout satisfait», même après la rencontre avec les responsables de Twitter, à l’initiative de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement et ministre du Droit des femmes, qui s’était emparée du dossier il y a près d’un an. «Twitter n’a pas tenu ses engagements, comme dédier une personne pour recevoir les signalements de tweets haineux, explique à 20 Minutes Elizabeth Ronzier, présidente de l’association. Ils ont simplement limité l’accès en France à une poignée de tweets homophobes. Et aujourd’hui, quand on demande à ce qu’un hashtag soit désindexé, ils ne le font plus. Les tweets homophobes ne sont pas supprimés, et leurs utilisateurs jamais inquiétés.» 
 

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