Le réseau social ask.fm.
Le réseau social ask.fm. - CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

P.B.

Si vous êtes né avant 1990, vous n'aviez sans doute jamais entendu parler d'Ask.fm jusqu'à ces derniers mois. Le récent suicide d'Hannah Smith, une ado britannique harcelée sur ce réseau social par des commentaires anonymes, a relancé le débat sur la protection des mineurs en ligne. Sans qu'aucun idée nouvelle ne soit véritablement avancée.

Ask.fm, c'est quoi?

L'anti-Facebook. Ici, les profils sont publics et les commentaires souvent anonymes. Ce réseau social basé en Lettonie a été fondé en 2010 par les frères russes Mark et Ilja Terebin. Comme chez son concurrent américain Formspring, l'utilisateur crée un compte et n'importe qui peut lui poser des questions, souvent de manière anonyme. Ask.fm revendique 65 millions d'inscrits, dont 13 millions d'utilisateurs quotidiens, à une immense majorité de moins de 18 ans. Ces derniers mois, la progression a été fulgurante, avec la création de 300.000 nouveaux comptes chaque jour. Selon des chiffres Médiamétrie de juin, 1,3 million de Français utilisent le service.

Pourquoi une polémique aujourd'hui?

Hannah Smith, 14 ans, s'est suicidée le 2 août. «T'es grosse», «T'es moche», «Tu devrais boire de l'eau de Javel», «Fais nous une faveur et meurs» sont quelques uns des messages qu'elle a reçus avant de se pendre. Au Royaume-Uni et en Irlande, Ciara Pugsley, 15 ans, Erin Gallagher, 13 ans et Joshua Unsworth, 15 ans, se sont suicidés dans des circonstances similaires entre septembre 2012 et juin 2013. Une enquête a également été ouverte aux Etats-Unis après la mort d'une ado de 12 ans, à New York, en mai.

Qu'est-ce qui attire les ados?

«Je m'ennuyais un après-midi quand j'ai reçu une invitation via Facebook», raconte Amy, une étudiante californienne qui utilise Formspring, un service similaire, depuis trois ans. «Au début, c'est fun, c'est un peu comme un jeu d'action ou vérité, et l’anonymat rajoute du piquant», estime-t-elle. Les trolls, selon elle, font partie du jeu. «Quand on te demande ''tu suces'' ou si t'es une ''salope'', il ne faut pas le prendre au sérieux.» Si elle reconnaît que les ados plus fragiles peuvent souffrir, Amy estime que jeter la pierre à Ask.fm est trop facile. «En grandissant, on peut être pris pour cible dans la cour de récré, par SMS anonyme ou sur Facebook. Les bullies («tourmenteurs», en VF approximative) trouveront toujours un moyen.» Régulièrement attaqué à l'école, Mic Wright, un blogueur du Telegraph, acquiesce. Selon lui, c'est «aux parents et aux éducateurs d'être vigilants». «Si Ask.fm ferme, un autre site prendra sa place», conclut-il.

Modération a posteriori

Comme sur Facebook, Twitter, ou Instagram, les commentaires sur Ask.fm sont modérés a posteriori. Sauf que les 50 modérateurs externes du site ne sont pas assez nombreux pour s'occuper de 30 millions de questions-réponses quotidiennes, même avec un classique bouton pour signaler les contenus choquants. Pour calmer la polémique, les créateurs du site ont proposé aux autorités de leur fournir l'identité des auteurs des messages adressés à Hannah Smith.

Ask.fm peut-il fermer?

C'est peu probable. L'appel au boycott de David Cameron été entendu par plusieurs annonceurs, dont Vodaphone, qui ont retiré leurs publicités. Mais le Royaume-Uni n'a aucune autorité sur un site letton avec un nom de domaine en .fm (Etats fédérés de Micronésie). Seuls les fournisseurs d'accès à Internet britanniques pourraient bloquer le site, si une décision de justice les y obligeait.