IP tracking: Les transporteurs font-ils fluctuer le prix des billets en ligne en fonction de votre intérêt?

WEB – L'eurodéputée Françoise Castex demande une enquête de la Commission européenne pour avoir «une vision exacte de ce phénomène illégal»...

Anaëlle Grondin

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Un TGV de la SNCF, sur le LGV entre Perpignan et Figueras, le 27 janvier 2011

Un TGV de la SNCF, sur le LGV entre Perpignan et Figueras, le 27 janvier 2011 — DAMOURETTE/SIPA

Tout est parti d’un billet publié sur le blog SOS conso du Monde. La semaine dernière, une journaliste du quotidien se penchait sur une question que se posent de nombreux consommateurs: «Pourquoi les prix des trains et des avions varient d’une minute à l’autre»?  Après plusieurs réactions et témoignages d’internautes, Rafaele Rivais évoque alors sur son blog une pratique méconnue du grand public, appelée l’IP tracking.  Une méthode qui permet à un site marchand d’adapter ses tarifs en fonction de la navigation de chaque internaute.

Pour ce faire, le site en question enregistre la recherche d’une personne qui souhaite acheter un billet d’avion, par exemple, et l’associe à une adresse IP (qui correspond au PC utilisé pour cette recherche). Si jamais l’internaute décide de ne pas acheter le billet dans l’immédiat et qu’il réessaye un peu plus tard depuis le même terminal, le site proposera alors un prix légèrement supérieur, pour lui faire croire que le nombre de places s’est réduit et susciter l’achat. Une pratique de traçage dénoncée dans le numéro de février de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir.

«Il faut poser la question à tous les acteurs et faire du contrôle»

En prenant connaissance de ces méthodes sur le blog du Monde et après avoir cherché d’autres témoignages sur la Toile, l’eurodéputée Françoise Castex a saisit lundi soir la Commission européenne. «Je me suis rendue compte que plusieurs internautes en parlaient. Il faut faire une enquête pour qu’on sache réellement quelle est l’ampleur du phénomène», explique-t-elle à 20 Minutes. L’eurodéputée transmet sa demande à la Commission: «De plus en plus d’internautes européens, usagers de sites d’achat de billets en ligne, se disent victimes de l’IP tracking, utilisé par les opérateurs de transport européens. La Commission européenne estime-t-elle que ces pratiques sont conformes au droit de l’Union européenne? Le cas échéant, la Commission européenne a-t-elle prévu de diligenter une enquête à ce sujet? Si ces abus sont vérifiés, qu’a prévu de faire la Commission européenne pour y mettre un terme?»

«Il faut poser la question à tous les acteurs et aussi faire du contrôle», juge Françoise Castex, avant d’ajouter: «Pour le moment il semblerait que les sites de transports soient soupçonnés, mais je pense que cela va bien au delà» au vu «des articles, des plaintes et des observations faites sur des blogs».

Détection des abus difficile

Les différenciations tarifaires en fonction de la rareté des places «sont rentrées dans les habitudes des consommateurs, donc les gens ne sont pas étonnés d’avoir vu un jour une place à 30 euros et puis le lendemain la voir augmenter. Ce qui rend difficile la détection des abus», déplore Françoise Castex. Interrogées par Le Monde, la SNCF et Air France ont assuré qu’elles n’avaient pas recours à ce genre de pratiques pour vendre des billets de train et d’avion.

L’IP tracking ne pose pas un seul problème mais deux, selon l’eurodéputée: «Le problème du droit des  consommateurs et des pratiques de ventes que je pense illégales: on modifie le prix en fonction de l’attente et de l’intérêt estimé de l’acheteur. D’autre part cela pose aussi un problème de protection des données car vous êtes tracé et profilé à partir de votre adresse IP». Or «l’IP fait partie des données personnelles, cela a été reconnu plusieurs fois, notamment avec l’Hadopi».

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