La porte-parole du gouvernement et ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, le 9 janvier 2013, à Paris.
La porte-parole du gouvernement et ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, le 9 janvier 2013, à Paris. - B.LANGLOIS / AFP

Corentin Chauvel

Après le déferlement de tweets et de «hashtags» à caractère raciste, antisémite ou homophobe aperçu ces derniers mois sur Twitter, le gouvernement français a décidé d’agir. Si elle n’a pas caché la difficulté de sa mission, la porte-parole du gouvernement et ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a expliqué les raisons de sa démarche lors de la conférence ReputationWar, consacrée à l’e-réputation, qui se tenait ce vendredi à Paris.

«Grosse utilisatrice d’Internet et des réseaux sociaux», Najat Vallaud-Belkacem s’est dit «particulièrement sensible» à la question de la lutte contre les discriminations. «Le sujet est grave, on est dans une société loin de s’être débarrassée de tous les rejets», a-t-elle insisté, pointant du doigt, avec les associations, «la tribune exceptionnelle» qu’offre Internet pour «quelques groupuscules».

Les utilisateurs de Twitter, «des justiciables comme les autres»

Pour la ministre, Internet n’est pas «une zone de non-droit» et les propos haineux «sont des délits, c’est le Code pénal qui le dit». «Twitter permet à des individus de commettre des délits», a-t-elle accusé. Or, «les utilisateurs de Twitter ne sont pas des personnages de fiction, ce sont des justiciables comme les autres», a-t-elle encore appuyé. Considérant que le réseau social «n’a aucun intérêt à laisser ces déferlements sans réagir», Najat Vallaud-Belkacem a expliqué qu’elle avait dans un premier temps écrit à Twitter pour déterminer «un certain nombre de pistes possibles» afin de remédier à la diffusion des tweets incriminés.

La porte-parole du gouvernement a ensuite participé mercredi à une conférence téléphonique avec le vice-président de Twitter, de laquelle elle est sortie «assez optimiste et combative». Najat Vallaud-Belkacem a déclaré avoir obtenu «un certain nombre d’engagements dans le sens de l’application de la loi». Pour le moment, son principal objectif est une indexation des «trending topics» et «hashtags» permettant «de ne plus mettre en une les messages les plus haineux».

«Adopter les législations existantes aux réseaux sociaux»

Najat Vallaud-Belkacem a concédé que la constitution des trending topics n’était pas humaine, mais le fait d’un algorithme. «Mais c’est éditorial, c’est un choix de la firme, on peut refuser de voir apparaître ces messages», a estimé la ministre. L’anonymat sur Internet rend, lui, plus difficile des actions plus approfondies à l’heure actuelle.

«J’espère qu’on arrivera à désamorcer cette situation», a-t-elle souligné, précisant qu’il ne s’agissait pas de «créer une loi spécifique pour Internet», mais bien d’«adopter les législations existantes aux réseaux sociaux». «Il y a une différence d’appréciation de la liberté d’expression, mais Twitter intervient sur un certain nombre de principes internationaux (appel au meurtre, pédophilie, etc.), on peut trouver un moyen pour que le réseau social s’adapte aux pays dans lesquels il se trouve», a-t-elle conclu. Twitter n’a qu’à bien se tenir.