- 20 Minutes

Christine Laemmel

Ma fille rentre en 4ème après avoir vécu une petite 5e. Elle des difficultés d'apprentissage. Atteinte d'une surdité moyenne elle a une belle dysorthographie et des petites atteintes de dyslexie. Comment puis-je l'aider à se motiver et à s'organiser? Car pour couronner le tout elle semble un peu flemmarde... Merci d'avance pour vos conseils. Une mère un peu désarçonnée.
La paresse est très très rare chez l’enfant. Ne rien faire recouvre bien de difficultés et  parfois de souffrances doublées de culpabilité. Un “Belle Dysorthographie”, dites-vous comme si vous l’applaudissiez. Face au handicap, le parent a du mal à s’en sortir de sa propre culpabilité et l’enfant à ne pas jouer sur la corde sensible du «c’est pas ma faute, chuis malade». Il y a un moment où les progrès sont là et la vie ouverte avec tous ses possibles. On peut jouer au foot sans avoir de pieds, alors... Si les résultats de récupérations lecture/écriture stagnent, que la pseudo paresse se prolonge, sachez que la zone de turbulence de l’adolescence est amorcée, que ce n’est de la tarte pour personne, alors, proposer de voir un psy... Pourquoi pas si les résultats ne suivent pas. D’autant que la 4ème est une classe coriace. La surdité et autres termes barbares, ne doivent pas tout expliquer de ce que vit votre jeune fille. Meilleur écoute ou entente à toutes les deux!

Comment faire comprendre à un enfant qu’il ne doit pas copier sur les autres? En CM2, mon fils, pourtant sans difficultés majeures, a été surpris plusieurs fois par la maitresse en train de copier. J’ai essayé de lui expliquer, mais je pense qu’il a arrêté plus parce que je l’ai grondé que parce qu’il a compris que c’est mal. Là, il entre au collège et j’ai peur que ça recommence…
Copier, c’est manquer du minimum de confiance en soi, c’est avoir peur de décevoir, de se faire disputer pour une mauvaise note. Plutôt que de vous allonger cette liste, j’ai un petit roman qui parait exactement sur le sujet début octobre aux ed. Talents Hauts. Il s’appelle «J’ai mal aux maths», mais son premier titre était: Copié? Collé! Connaître la souffrance et les lacunes qui terrifient votre fils est indispensable. Avoir la certitude que vous l’aimez MALGRÉ de sales notes. Ne pas le laisser avec l’idée qu’en plus de ne pas savoir, il fait quelque chose de mal. La morale n’a rien à voir là dedans et l’aider d’urgence à retrouver SA confiance est une priorité. Et puis, les autres sur lesquels  il copie ne sont pas des dieux infaillibles (cf mon roman) alors... Mais que celui qui n’a pas glissé les yeux sur la copie du voisin lève la main. Je ne le croirai pas! Il a besoin d’aide, de ne pas avoir honte et surtout qu’on ne l’étiquette pas tricheur à vie, ce qui est le pire dans une école lorsque votre réputation vous suit.  Aller au collège va peut-être le décharger de ce fardeau dont vous n’avez pas idée. Parlez-en avec lui comme d’une chance, d’une nouvelle vie. Bonne rentrée!

Chaque année, ma fille rechigne à l’idée d’avoir une nouvelle maitresse, comment lui faire vivre le changement en douceur?
C’est déjà une chance de ne pas avoir à changer de mère! Bon, je le prends à l’humour, mais cela signifie que votre fille s’attache à l’une et que la séparation n’est pas prise de gaité de cœur. C’est de cela qu’il faudrait parler. D’autant que la maîtresse d’avant, avec un peu de chance, est encore de ce monde et de cette même école. Savoir qu’elle pourra la revoir dans la cour peut être rassurant. Il s’agit d’une continuité qui rassure l’enfant qui vit souvent les remous de la vie des adultes et que leurs motifs leur échappent. Malgré ces ruptures annuelles, si une base de copains et une permanence de la vie de famille font un bon socle protecteur, rien de grave. Grandir est un processus de changement et de perte. Elle le sait depuis la première tombée des dents de lait. On perd pour avoir autre chose. La vie avance. Il n’y a pas de marche arrière. Les souvenirs (bons, c’est à espérer) et le bagage scolaire et affectif qu’elle a trouvé chez une maîtresse, elle le fera fructifier avec une autre. Les enfants des classes uniques de campagne qui ont le même enseignant de 5 à 10 ans, éprouvent souvent les pires conséquences de cet état de fait. Parlez-lui aussi des autres ruptures de la vie: les déménagements, les changements d’école ou de pays. Alors, faire une collection des meilleures maîtresses est déjà un privilège. Son inquiétude des «nouvelles têtes» finira par s’atténuer avec les expériences positives. Du reste, dites-lui qu’en sixième ce sera carrément mieux car au moins, quand on ne supporte pas un prof, il y en a d’autres... Ça la préparera d’avance. Vous pouvez en tous cas en conclure que votre fille, malgré cette vague inquiétude de rentrée qui ne devrait pas durer a plutôt un bon vécu de l’école. Le vivre en douceur? En lui rappelant que l’an dernier c’était déjà comme ça, que ça s’est bien passé; la preuve!

Ma fille de huit ans met deux secondes à se faire des amis. Mon fils de six ans lui est très timide et du coup souvent triste que sa sœur le laisse pour jouer avec ses amis alors que lui est tout seul. Que lui dire quand il vient s'en plaindre à moi et comment l'aider à se faire des copains?
Evitez d’écouter ses plaintes et renvoyez-le gentiment mais fermement vers les autres de son âge. Ne mettez rien sur le dos de votre fille. Elle a sa vie à faire et à part, occasions  rares, elle n’a pas à assumer son frère ni partager ses copains à elle. Il se peut que ce que recherche votre fils, ce soit de  rester avec vous et profiter d’un moment privilégié sous ce prétexte. Si vous êtes sûre de lui accorder ces temps exclusifs nécessaires dans le quotidien, envoyez-le dans le monde sans inquiétude. Il finira pas voler de ses propres ailes. Suffit qu’il ait un jouet particulier pour que d’autres enfants rappliquent au jardin public. Ne vous laissez pas trop attendrir: se faire des amis est un travail social que chacun a à faire, facile ou non. D’autant plus facilité quand on a la confiance et la conviction de sa maman (qui elle aussi a ses copines sur le banc public !)

Que dire à mon fils, qui entre au CM2, pour qu'il puisse se mettre au travail seul ?
Dire? Ou plutôt faire. Car tout dépend de ce que vous avez fait depuis ses débuts à l’école. Se mettre au travail seul, c’est avoir la confiance de ses parents, du parent présent (ou pas) voire au bout du fil. C’est avoir déjà reçu cette confiance depuis des années et sur tous les plans, pas seulement scolaire. C’est donc avoir un minimum de confiance en soi et (souvent dans un premier temps de l’enfance) la volonté de faire plaisir à ses parents, de les épater, de les rendre fiers.  Je vous déconseille le chantage, la menace ou la carotte. Cela ne fait qu’infantiliser l’enfant et le conserver en dépendance. Par contre, le «je compte sur toi», la vérification du travail et les encouragements ou félicitations doivent soutenir son moral et sa motivation. Ce n’est jamais facile de se remettre au travail après une journée de… travail. Il faut qu’il sache que vous prenez la mesure de cette difficulté. Mais chacun les siennes et vous avez votre part. Chacun travaille et rien n’est facile, mais c’est comme ça. Par contre, ne le laissez pas libre de tous les écrans et autres tentations informatiques. Une fois le pot de Nutella dévasté et le temps de souffler pris (de préférence de façon décontractée) retourner aux fourneaux est nécessaire car la 6ème, ça se prépare. Sachez doser les responsabilités, mais progressivement. «Tu fais les exercices et je te fais revoir les trucs à l’oral». Cependant, s’il ne se met jamais au travail et que ça ne donne rien, il faudra comprendre ce qui coince, quelles difficultés se cachent et s’il n’y a pas des angoisses sur tel ou tel sujet. Des inquiétudes qui empêchent la concentration etc. La paresse est beaucoup plus rare qu’on ne le pense dans l’enfance. Ouvrez l’œil, l’oreille et votre cœur!

Mon fils n’a jamais été en crèche, comment lui donner envie de se frotter à la vie en société ?
Mais la famille, c’est déjà une microsociété. Et les divers lieux et personnes qu’il a fréquenté depuis sa naissance (jardin public, bibliothèque municipale, marché, centre commercial, ciné) lui ont appris la diversité des Êtres et des modes de relation. Même gardé à la maison, il n’était sans doute pas sous cloche et coupé du monde? Cela dit, c’est bien pour des enfants et des parents comme vous et pour favoriser à tous les contacts sociaux, que Françoise Dolto avait inventé le concept de Maison Verte. Un jardin public en intérieur où les parents et les bébés peuvent se côtoyer sous l’œil compréhensif de quelques encadrants formés pour. Je pense que le «frottement» a eu lieu à votre insu, que votre fils n’est pas un hérisson, et que si vous vivez joyeusement ce moment de séparation et de fin d’une étape, lui le vivra très bien. Il y aura pour vous comme pour lui de belles richesses à en tirer et parfois même, pour le parent, un réel soutien de la part des adultes en place. N’hésitez pas à poser des questions aux professionnels. Mais à relire vos lignes, je suis soudain prise d’un doute: passe-t-il directement de “chez vous” à la «petite école» ? Dans ce cas, ma réponse ne diverge pas. La maîtresse saura accueillir votre fils avec tact. C’est vous qui aurez du mal à sortir de la classe à reculons. Belle vie à vous toute neuve!

Ma question porte très directement sur votre livre. Comment avoir choisi ces «comportements» là? Comment avez-vous fonctionné pour écrire (et illustrer) votre livre?
Pour écrire mes livres je me sers de mes souvenirs d’enfance, de mes souvenirs de mère, de mon travail de psychothérapeute et le tout est «rafraîchi» en permanence d’année en année par mes invitations à aller parler littérature dans les écoles; de la Maternelle à l’IUFM… Le plus beau compliment que j’aie reçu est celui d’un petit gars de CP qui a demandé à sa maîtresse comment j’étais venue dans la classe sans qu’on me voit! Cette nouvelle édition comporte un dépliant des 10 règles de vie de la classe. J’espère qu’au dos, la place ménagée, permettra à mes lecteurs d’y aller de leurs lois ! Alors, à vous ! Merci de m’avoir lue!

Mon fils commence pour la première fois de sa vie l’école cette année… Il a l’air content, enfin je crois qu’il ne réalise pas trop. Moi par contre je stresse et je ne veux pas lui transmettre ce stress. Comment faire?
Les premières fois des enfants sont parfois dures à vivre par les parents. Vous n’êtes pas au bout de vos surprises! Ce qui est, en effet difficile, c’est de trop s’identifier à l’enfant en lui collant sur le dos des «trucs» qui ne le concernent pas. Je suppose que pour vous l’école, ce n’était pas du gâteau, mais rien n’est héréditaire en matière scolaire et votre enfant a le droit de s’éclater là où vous avez souffert le martyre. C’est déjà formidable que vous ayez conscience de stresser. Le plus gros du travail est fait vis à vis de lui. Le reste serait de comprendre ce qui vous fait cet effet: qu’il grandisse et vous échappe? Le fait qu’il vous quitte le cœur léger à l’aventure? La séparation? Comme vous ne devez pas être seule avec lui, d’autres sons de cloche viendront le renseigner et il fera le tri en attendant d’expérimenter de lui-même. Si vous le trouvez vraiment trop désinvolte, il sera toujours temps de lui lire mon bouquin et surtout les 10 commandements de la maîtresse ! Quelques contraintes ne lui feront aucun mal, en tout cas moins que vos angoisses. J’espère qu’elles se dissiperont, sinon, vous pourrez vous faire aider. Bonne rentrée!

On a inscrit mon fils au judo il y a peu de temps. Quand il a compris qu’il n’allait pas faire que ça, et qu’il allait aussi aller à l’école, ça a été le drame. Comment lui expliquer que l’école, ça recommence chaque année?
Etrange! Il n’avait jamais entendu parler de l’école? Personne autour pour lui en parler? Il n’a ni visité ni su que cela le concernerait un jour? A moins que vous n’ayez parlé que d’Ecole de judo, ce qui a pu semer la confusion, je ne vois pas comment il n’a pas compris. On peut supposer qu’il n’a rien voulu en savoir: Il vous reste donc à valoriser au mieux cette étape de sa vie. Je suppose que c’est de l’école maternelle qu’il s’agit? L’équipement en fournitures «de grand», de vêtements appropriés, de doudou dont il ne faut pas le priver (quitte à le faire passer en douce dans le cartable de la grande école). Tout sera bon. Parlez-lui de l’obligation de scolarité: c’est la loi de tous et parlez-lui de vous et de votre parcours et de votre vécu et même de vos craintes d’enfant. L’école, ça se partage. D’ailleurs les livres de littérature jeunesse sont là pour aider les parents en panne de mémoire, coincés ou anxieux. Il faudra que votre fils comprenne que même pour devenir un judoka des jeux olympiques, il faut avoir étudié. D’ailleurs, écrire et lire en japonais un jour, ça peut s’apprendre aussi. Ça ouvrira son horizon. L’école ce sera son travail d’enfant, le judo sa passion (interchangeable, d’ailleurs). Bonne année et + !

Ma fille intègre une classe de double niveau (CP/ CE1) à la rentrée. Plus qu’un problème de niveau, je m’intègre de son intégration «avec les plus grands». Elle est en plus assez petite de taille et plutôt timide. Comment l’aider à s’intégrer?
Ah! En effet, la question de l’intégration a l’air de vous tracasser. Evitez de trop vous ‘intégrer’ ou vous laisser désintégrer par cette situation nouvelle. Le double niveau possède plein d’avantages. Souvenez-vous qu’au siècle dernier, les classes uniques (du CP et avant, au CM2 et plus) n’ont jamais empêché les enfants de réussir. Petite d’apparence, ne signifie pas petite dans sa tête. Votre fille va trouver ce qui lui sera bon à prendre dans ce contexte. D’ailleurs, dans notre société, il est plus confortable d’être un «petit modèle» qu’une grande bringue. Elle doit déjà savoir en jouer! Pour ce qui est de sa timidité, vous en aurez confirmation (ou pas) en échangeant des infos avec l’enseignant. On ne dira jamais assez combien la confiance entre parents et enseignants est capitale. D’autre part, suivant la place de l’enfant dans la famille et la promotion que représente d’aller à la grande école, on assiste souvent à belles éclosions! Je vous le souhaite et à elle aussi!

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«Qu’on renifle pendant la dictée au lieu de se moucher.» Moi j’aime bien. Mais la maîtresse déteste. Elisabeth Brami, écrivaine, dresse dans un livre destiné aux enfants, la liste de toutes ces petites choses que font les élèves, qui agacent la maitresse. Une jolie manière d’expliquer aux plus petits comment se comporter en classe. En images et avec des mots simples. «Moi j’adore, la maîtresse déteste», est publié aux éditions Seuil jeunesse.

Quelques jours avant la rentrée des classes, Elisabeth Brami, également psychologue dans un hôpital de jour pour adolescents, sera dans les locaux de 20 Minutes, pour discuter avec vous, parents, enfants ou professeurs.

>> Comment préparer ma fille à son entrée en sixième? Que dire à mon fils pour le rassurer? Comment lui faire comprendre en douceur la bonne attitude à adopter? Comment convaincre mon ado de se replonger dans ses cahiers?