Vous avez interviewé Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole de Nicolas Sarkozy

188 contributions
Publié le 2 avril 2012.

VOS QUESTIONS - La femme politique était l'invitée du chat politique 20 Minutes/Yahoo!...

J'ai le sentiment que nous bradons notre pays au plus offrant à l'étranger avec ces délocalisations frénétiques en laissant non seulement nos ouvriers sur la paille mais aussi en compromettant cette qualité française qui a pendant des siècles fait le renom de notre pays. La France s'en est  très bien sortie pendant des décennies en fabriquant sur son sol. Que comptez- vous faire pour remédier à cette situation?
Trop longtemps nos politiques publiques ont été construites pour une Europe de consommateurs, et pas assez pour une Europe de producteurs. On s’est focalisé par exemple sur la promotion de la concurrence entre entreprises européennes, sur les prix des produits, quelle que soit leur provenance, et pas assez sur leur origine et les conditions de leur production. Nicolas Sarkozy a pris des mesures pour améliorer la compétitivité des entreprises françaises, notamment la suppression de la taxe professionnelle qui aide bien les industries. Aujourd’hui il propose d’aller plus loin, et d’exiger la réciprocité. Par exemple réserver les marchés financés par de l’argent public en Europe à des entreprises qui produisent en Europe. En exclure les entreprises de pays qui n’ouvrent pas leurs marchés à nos produits. C’est possible, les Américains le font sur leur sol.
 
Vous avez fait une erreur sur l’estimation du coût du ticket de métro. Cela vous a été reproché. N'est-ce pas là une preuve de l'indifférence que porte les politiques aux Français d'en bas?
Mon erreur a été, alors que j’étais interrogée sur un prix que je ne connaissais pas, de répondre par le prix le plus proche qui me venait à l’esprit, celui du RER Paris-Longjumeau (4,65 euros pour votre information). J’aurais mieux fait de m’abstenir. Mais beaucoup des beaux esprits qui me critiquent n’ont pas leur vie en banlieue comme moi, ne prennent jamais le RER comme je l’ai pris longtemps tous les jours et je le prends encore souvent, et ne savent pas que la plupart des franciliens qui travaillent n’achètent pas le ticket au détail mais ont un pass navigo. Dans le fond, comme vous sans doute, je connais les prix de mon quotidien. Si je vous demande le prix d’entrée de la piscine municipale de Longjumeau, je pense que vous sécherez.
 
Le gouvernement vient de taxer les complémentaires de santé pour la deuxième fois. A chaque fois, ces taxes sont répercutées aux adhérents, ce que vous n'ignorez pas. N'y avait-il pas d'autres moyens de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, alors que tant de Français ont du mal à se faire soigner et ne peuvent pas, ou plus, se permettre d'avoir une mutuelle?
Bien sur, ce n’est pas de gaieté de coeur. Et il est plus difficile de mener une politique en cherchant à résorber le déficit, qu’en le laissant filer. Il a fallu faire des économies, et il faut continuer à en faire. Sinon, nous prenons le risque de nous trouver dans une situation à la grecque ou à l’espagnole. C’est pour préserver notre protection sociale, à laquelle nous sommes tous très attachés, que nous faisons ces efforts. Pour la deuxième année consécutive, nous avons maitrisé l’augmentation des dépenses de santé au niveau prévu (la dernière fois avant c’était en 1999). Pour la deuxième année consécutive, nous avons un déficit inférieur à ce qui était prévu (5,2% contre 5,7% en 2011, objectif que François Hollande qualifiait d”’inatteignable”). Si nous ne faisons pas ces efforts, le système s’effondrera et ce seront les plus fragiles qui en pâtiront. C’est comme pour les retraites: si Nicolas Sarkozy ne les avait pas réformées, nous risquions la faillite du système. Ceux qui ont les moyens, qui sont propriétaires de leur logement par exemple, ou qui ont un peu de bien de coté, s’en seraient sortis. Mais les autres?
 
L'UMP s'est moqué pendant des semaines de la non publication du programme socialiste alors qu'il n'avait même pas de candidat officiellement déclaré. Aujourd'hui, où est le programme de l'UMP? Quand va-t-il être révélé?
Le projet de Nicolas Sarkozy sera présenté cette semaine. Il a détaillé depuis son entrée en campagne un grand nombre de mesures. Sur l’éducation (prolongement en 6eme et 5eme du socle commun, horaires étendus pour les profs au collège et au lycée), sur la jeunesse (banque de la jeunesse), sur la compétitivité (financement d’une part de la protection sociale par la consommation, notamment les importations, plutôt que par les charges), formation des chômeurs, protection des frontières extérieures de l’Europe, …. . Il va en présenter une synthèse, une mise en perspective, avec un chiffrage. Il ne s’interdira pas pour autant de faire de nouvelles propositions après. Ce qu’il faut bien comprendre je pense c’est la différence de philosophie entre les candidats. François Hollande dépose une fois pour toutes sur la table une liste de 60 mesures comme on se débarrasse d’une étape obligée. Après il en renie certaines, il en modifie d’autres et au bout du compte plus personne ne sait ce qu’il y a dedans. Et cela n’a pas d’importance car il ne fait pas campagne sur le fond mais sur la polémique, la petite phrase, ce qu’il pense être l’antisarkozysme. Nicolas Sarkozy lui fait des propositions, les unes après les autres. Il les détaille, il les précise. Il ne change pas de discours selon l’auditoire. On est d’accord ou pas avec ses propositions -je suis prête à discuter avec vous de chacune, pour tenter de vous convaincre peut être!-, mais on sait où on va. 
 
Nicolas Sarkozy avait promis le gagner plus pour ceux qui travailleraient plus. Comprenez-vous qu'un grand nombre de français, qui avaient voté pour vous en 2007 soient amèrement déçus et ne souhaitent renouveler leur vote?
Nous sommes passés par une série de crises mondiales comme on n’en avait pas connue depuis longtemps: crise de la dette, crise économique, …. Alors, oui, tout ne s’est pas passé comme prévu. Mais dans cette tempête, la France a tenu bon. Dans ce contexte, il faut comparer nos résultats à nos voisins. La France se porte mieux, sur le pouvoir d’achat, sur l’emploi, que nos voisins. Pour ceux qui travaillent, Nicolas Sarkozy a mis en place les heures supplémentaires défiscalisées. 9 millions de Français en profitent. François Hollande veut les supprimer. Nicolas Sarkozy souhaite non seulement les garder mais aussi aller plus loin, en baissant les cotisations salariales au niveau du SMIC (entre 1 et 1,4 SMIC précisément). Ceci ferait 1070 euros brut (840 euros nets) en plus au niveau du SMIC. Ce sera financé, pour un montant de 4 milliards par un redéploiement de la Prime pour l’Emploi (2,5 milliards) qui fonctionne mal (elle devait accompagner le retour à l’emploi, et elle est versée plus d’un an après la reprise d’un emploi), et la fin de certains avantages sur les dividendes qui profitent aux plus favorisés (1,5 milliards d’euros).
 
Pensez- vous que la France a réellement les moyens de se repositionner sur les accords européens, comme le dit Nicolas Sarkozy?
Oui, Nicolas Sarkozy a le talent, l’expérience et le leadership pour faire bouger l’Europe. Il l’a montré sur la réforme de la gouvernance de la zone euro. La France militait depuis longtemps pour une gouvernance économique, plus politique, de la zone euro. Il l’a obtenu. Il propose aujourd’hui de faire le même chemin sur les accords de Schengen. Ceux-ci fonctionnent bien pour la libre circulation des personnes. C’est la jambe valide des accords. Mais il y a une jambe malade: la protection de la frontière extérieure. Entre la Grèce et la Turquie, par exemple, c’est une passoire. Il faut que les politiques reprennent le pouvoir en Europe sur ce sujet. Le ministre de l’Intérieur Allemand a écrit récemment une tribune pour dire qu’il partageait ce point de vue. Beaucoup sont d’accord en Europe. Nicolas Sarkozy fera bouger les choses, comme sur l’euro.
 
Que pensez-vous des concours de petites phrases venant si bien de la gauche que de la droite et qui nuisent à la fois au débat politique et à l'intérêt des gens pour cette élection?
Je pense qu’une campagne présidentielle se joue sur les idées, les propositions, la vision. Les Français ont droit à un débat de qualité, ils le réclament. Mais objectivement, ces dernières semaines, les propositions c’est Nicolas Sarkozy qui les fait. En face, François Hollande esquive. Une pirouette, une petite phrase. Jamais de réponse, jamais de contre propositions qui permettrait d’engager le débat. Ce week end c’était flagrant: Nicolas Sarkozy propose une banque de la jeunesse pour financer les études, les cautions et les garanties de logement pour tous les étudiants qui en ont besoin, ceux notamment dont les parents gagnent trop pour qu’ils aient accès aux bourses et pas assez pour pouvoir aider leur enfant. Ceci serait remboursé après les études, après le versement du premier salaire et proportionnellement au montant de ce salaire. Cette idée a déjà été mise en oeuvre dans d’autres pays. François Hollande, depuis l’ile de la Réunion, a répondu par une petite phrase de cour d’école. Alors oui, je comprends que certains Français soient déçus du faible niveau du débat.
 
Que propose Nicolas Sarkozy pour que les gens s'intéressent à nouveau à la politique ?
La vérité. Il a voulu une campagne de contact direct, de rencontres. Il répond à toutes les questions: sur son bilan, sur ses propositions, sur sa personne. Il ne cache pas aux Français que nous traversons la crise, que des efforts sont nécessaires. Mais au prix de l’effort, il propose un avenir. Une France forte qui protège chacun et permet aux talents de s’exprimer. Et il a la crédibilité de l’expérience et du bilan: bien sur, avec la crise, les résultats sont plus difficiles à obtenir. Mais aucun Président de la République n’aura plus scrupuleusement mis en oeuvre ses engagements. Et beaucoup de ces engagements, que la gauche a combattus, elle dit aujourd’hui qu’elle les garderait: service minimum dans les transports, autonomie des universités, Grenelle de l’environnement, ….
 
En tant  qu'ancienne ministre de l'Ecologie, du Développement durable bien que vous êtes favorable au maintien de l'industrie nucléaire en France, ne pensez-vous pas que d'ici 15 ans il faudrait envisager d'investir massivement dans les énergies renouvelables?
Bien sûr, et c’est ce qu’on fait. Les énergies renouvelables sont porteuses d’innovation et d’emplois. Avec le Grenelle, nous avons pris l’engagement de les faire passer de 9% (taux stable depuis des décennies, avec l’entrée en service des derniers grands barrages) à 23%. Aujourd’hui, nous avons bien progressé puisque nous sommes a 13%. Et nous amplifions l’effort. Par exemple avec l’éolien off shore dont j’avais lancé l’appel d’offre. Les résultats devraient être annoncés cette semaine. On doit créer une filière industrielle avec 10000 emplois à la clef sur la façade Ouest de la France. Ou avec la biomasse dont j’ai remonté les tarifs de rachat au niveau de l’Allemagne.
 

Le chat est terminé. Merci à tous pour vos nombreuses questions.

----------------------------------------

Présentation du chat:

Jusqu'au 6 mai 2012, date du second tour de la prochaine présidentielle, la rédaction de «20 Minutes» en partenariat avec Yahoo! reçoit plusieurs personnalités politiques pour un chat avec les internautes et une interview vidéo.

Après une première expérience au ministère de l'Économie en tant qu'agent contractuel en 1997, Nathalie Kosciusko-Morizet rejoint l'UMP dès sa création en 2002. Elle va y connaître une ascension fulgurante. La même année, elle devient à seulement 28 ans députée de l'Essonne. Secrétaire d'état à l'écologie de 2007 à 2009, puis au numérique de 2009 à 2010, NKM devient ministre dans le gouvernement François Fillon III, en 2010. Maire de Longjumeau depuis mars 2007, cette férue de culture, d'écologie et de nouvelles technologies est choisie en février 2012 par Nicolas Sarkozy pour être sa porte-parole à l'élection présidentielle.

Cédric Garrofé
Mots-clés
Newsletter
La MATINALE

Recevez chaque matin
l'actualité du jour

publicité
publicité
publicité

publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr