Le titre de votre livre s'appelle comment le web change le monde. OK, c'est difficile de le contester. Mais est-ce réellement positif ? Je note qu'avec le net, de nombreuses dérives se multiplient : beuveries géantes, diffamation, théorie du complot, racisme, pédophilie, viols, arnaque... (Federefou)
Ce n’est ni positif, ni négatif, ni neutre. C’est un espace de lutte sur lequel nous devons toujours être attentifs et nous mobiliser pour que le positif qui n’est jamais donné, l’emporte.
Pourquoi Twitter n’émerge t’il pas en France? (elio)
Twitter n’émerge pas en France car ils n’ont pas encore ouvert de bureaux en Europe et donc que les marques ne se le sont pas encore approprié. Mais cela va changer avec l’ouverture du bureau de Londres.
En quoi l'explosion du web mobile a changé le comportement des internautes ? (cedric1985)
Parce qu’ils emportent leur identité, leur univers, leurs outils dans la poche ou dans le sac. Le mobile est une sorte de moi augmenté toujours connecté. La capacité de capteur du mobile (caméra, GPS, accéléromètre...) permet d’ajouter une couche virtuelle à la couche physique, ce qui rend l’expérience digitale plus riche. Au niveau mondial, le mobile contribuera énormément à transformer les internautes en webacteurs, une des thèses centrales de notre livre.
Le mois dernier, Facebook a perdu plusieurs millions d'utilisateurs actifs aux États-Unis. Est-ce le début de la fin pour le site de Mark Zuckerberg? D'autant plus que Google vient de lancer son réseau social... (Benito45)
Les gens de Facebook disent que c’est faux parce que les données utilisées par InsideFacebook, le cabinet d’étude, qui a publié ces chiffres ne sont pas complètes. Nous sommes tentés de les croire. Il est en revanche possible que sur certains marchés, Facebook atteigne un certain niveau de maturité. Quelques dizaines de minutes passées ce matin sur Google+ semblent indiquer une approche des réseaux sociaux qui séduira certains d’entre nous, notamment grâce à Circle qui permet de mieux distinguer entre les groupes d’amis avec lesquels on veut communiquer. Par exemple, le patron ou les parents peuvent être plus facilement tenus à l’écart. Ce n’est donc pas le début de la fin mais une compétition accentuée qui devrait nous permettre si nous sommes malins de mieux gérer nos relations online.
Vous parlez du Web, mais quid du mobile? C'est là, la vraie révolution des usages... Et ce n'est pas tout a fait du web, mais plutôt du web fermé sur des applications. Quelles prévisions faites vous sur l'évolution du mobile en France dans l'année a venir? (socialniste)
Chris Anderson, le rédacteur en chef de Wired, a eu un grand impact en annonçant la mort du web et le triomphe des applications mais il s’appuyait sur une présentation très discutable des données et une analyse partiale. Les applications ont des avantages (sécurité, modèles d’affaires, simplicité …) mais elles ne sont la plupart du temps qu’une façon commode et complémentaire d’accéder aux informations et aux modes d'interaction que nous trouvons sur le web. Le mobile en France, dans les années à venir, sera de plus en plus marqué par les smartphones et en particulier par les smartphones moins chers. Ne pas oublier les tablettes.
Comment pensez vous que le Web va changer la présidentielle 2012? Avez-vous des observations déjà sur ce sujet? Quelles tendances? (Pipo34)
Global Post, une agence de nouvelles internationales online vient de publier un classement de l’utilisation des réseaux sociaux par les chefs d’Etat et les gouvernements du monde. On constate un redoutable retard entre leur intérêt pour ces outils nouveaux et les pratiques de leurs concitoyens. François Fillon a 15 000 amis et fans. Nicolas Sarkozy qui n’apparaît pas dans l’enquête a 450 000 fans sur sa page Facebook. Mais tous ces messieurs et dames, toutes tendances confondues, utilisent plutôt ces outils pour diffuser leurs faits et gestes et les communiqués de presse. Ils ne donnent pas l’impression d’avoir compris les vertus démocratiques de la communication horizontale. Au boulot! Et s’ils ne s’y mettent pas, forcez-les à le faire...
Le créateur de Facebook dit qu'il n'y a plus de vie privée. On en est où sur ce point, selon vous? Comment voyez vous la frontière entre vie privée et publique évoluer? (Jeremy404)
Le débat est réel et complexe. Il repose sur le fait que de plus en plus, nous avons une identité digitale (profil sur Facebook, pages sur MySpace, blogs...) et qu’il nous faut gérer la dimension visible de cette identité, la permanence des données, l’accès de ces données, l’éventuelle monétisation, par exemple par Facebook. La frontière entre vie privée et vie publique a une composante digitale, qu’il va nous falloir apprendre à maîtriser. Nous croyons pour cela en la force de l’apprentissage mais aussi de la négociation, notamment avec les sites qui utilisent nos données et bien sûr à l’importance de la rébellion. Comme avec les politiques, nous devons nous faire entendre. Les grosses boîtes ont un intérêt manifeste à utiliser comme elles l’entendent des données qui nous appartiennent. Mais elles ne peuvent pas se dresser contre les sentiments clairement exprimés de leurs utilisateurs. Nous devons donc apprendre d’une part mais aussi lutter pour qu’on respecte notre identité.
Comment expliquer l'échec des réseaux sociaux politiques en France ? (La coopol du PS ne fonctionne pas très bien et les créateurs de possible de l’UMP n’existe plus) (sousouphe)
Obama a utilisé Facebook et n’a pas cherché à créer un réseau social. Les politiques doivent aller où sont les gens et non pas les faire venir à eux, notamment pour instrumentaliser leur paroles. Obama a autorisé des opposants à le critiquer sur sa page Facebook. Prenons en de la graine. Mark Zuckerberg, pour sa part, dit qu’on ne crée pas des communautés mais qu’on leur offre des outils d’organisation élégante.
Je ne sais pas si vous souvenez de cette mobilisation facebook autour d'un événement, le No Sarkozy day. Le groupe avait plus de 340 000 membres sur facebook, et les organisateurs prévoyaient déjà des manifestations monstres en France. Résultat, le jour j, un bide monumental avec moins de 1000 participants... Cette influence du web, n'est-elle clairement pas une arnaque? Ou du moins, n’existe t’il pas des différences selon les pays et les cultures et la société dans laquelle les acteurs se trouvent ? Je ne suis pas certain du tout que la révolution en Tunisie aurait connu la même issue en France... (dlioj)
Les cas d’échec abondent mais ce qui est surprenant c’est le nombre de succès, leur importance et leur impact. Près de nous, les Espagnols qui ne sont pas si différents ont montré qu’ils pouvaient secouer le panorama politique en se mobilisant, notamment grâce aux medias sociaux. Comme en Tunisie et en Egypte, ils embrayaient sur une vraie colère et sur une vraie crise. Nous n’avons aucun doute, si les conditions politiques et sociales étaient réunies, en France aussi les webacteurs sauraient trouver le chemin du web pour s’organiser. Restera comme toujours à descendre dans la rue.
Je note que nous allons tous, tôt ou tard, devenir connectés entre-nous. Internet n'est-il pas l'outil par excellence pour garantir la paix dans le monde? (Marie87)
Le web n’est qu’une plate-forme, à nous de l’utiliser pour faire la paix, la guerre ou l’amour. Les récents évènements du Moyen-Orient montrent que les dictateurs eux aussi peuvent s’en servir. La différence est que les connexions dont vous parlez nous permettent de nous faire entendre sans passer par une organisation existante. N’oublions pas qu’il en va toujours de même des gens que nous combattons.
Bonjour, je me souviens avoir lu un article de blog en 2008 sur l'ancienne version de votre livre. J'ai un peu de mal à comprendre ce que vous appelez l'"alchimie des multitudes". Je vais acheter votre livre mais, pouvez-vous m'expliquer brièvement de quoi il s'agit? (JPB)
Nous voulions simplement dire par là que nous ne pensons pas qu’il existe en tant que telle une “sagesse des foules” ou une “intelligence collective” qui seraient permises par le web. Il existe plutôt une multitude diverse de gens (qui font des choses) qui peuvent donner de l’or ou pas, d’où l’”alchimie des multitudes”.
Pourquoi y a t'il tant de rumeurs sur le web? Quelle influence ont-elles? Peut-on vraiment lutter? (Chouf la gazelle)
Il n’y a pas plus de rumeurs sur le net que dans la vraie vie, il y a juste un outil extrêmement puissant. L’avantage est qu’on peut facilement avoir recours aux webacteurs pour faire le tri.
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Il y a plus de deux milliards d'internautes sur notre planète, soit un quart de la population mondiale. La croissance est si rapide qu'il pourrait y avoir près de 3 milliards de connectés d'ici à la fin 2011.
Le rôle d'Internet a été unanimement qualifié de majeur dans le succès des récentes révoltes arabes, entraînant notamment la chute de Ben Ali en Tunisie et d’Hosni Moubarak en Egypte. Dans l'affaire DSK, c'est un militant UMP qui a annoncé par un tweet et en avant-première mondiale l'arrestation de l'ex-directeur général du FMI.
Au fil des années, le profil de l'internaute a grandement évolué. Celui-ci ne se contente plus seulement d'aller chercher de l'information, il en produit aussi en alimentant notamment les réseaux sociaux et les blogs.
Pour comprendre ce phénomène, Francis Pisani, journaliste et animateur du blog Transnets, et Dominique Piotet, président du cabinet de conseil en stratégie digitale RebellionLab, publient Comment le Web change le monde (éditions Pearson pour 22€).
Pour cet ouvrage, les auteurs ont été à la rencontre des meilleurs experts de la Silicon Valley pour comprendre ce Web participatif qui semble avoir une grande influence sur la société et leurs acteurs.