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Mélissa Bounoua

L’Unef a appelé les lycéens et les étudiants à descendre de nouveau dans la rue mardi pour protester contre la réforme des retraites. Le texte, qui devrait être adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat dans le courant de la semaine, suscite encore beaucoup de mécontentement.

Très critique sur la position du gouvernement qu’il soupçonne d’avoir «voulu faire monter la pression avec les jeunes» lors des manifestations lycéennes et étudiants des semaines passées, Jean-Baptiste Prévost rappelle qu'on peut revenir sur une loi une fois qu'elle a été votée, comme cela avait été le cas avec le CPE en 2006.
 
Avant la manifestation de mardi, le président de l’UNEF a répondu à toutes vos questions sur la mobilisation des jeunes, la réforme des retraites, et la journée d’action.
 
Retrouvez ses réponses ci-dessous.

Bonjour, Quelle est votre position face à la question de la légitimité populaire des Assemblées Générales?
marc5340

Personne ne conteste la légitimité des parlementaires, encore moins la légalité du processus actuel. Je suis républicain. Mais je me permets de faire cette remarque: l'assemblée et le Sénat parviennent à un accord sur la réforme des retraites. Un détail: 70% des français sont contre. A part ça, la démocratie se porte bien? Dans un pays moderne, la démocratie politique ne peut pas ignorer la démocratie sociale. Un tout petit peu d'espace aux corps intermédiaires constitutionnellement reconnus suffirait... C'est trop demandé? Quand on gouverne contre le pays, la population ne l'accepte pas et se met en mouvement. Il n'est pas normal que ce soit moi, étudiant, qui soit obligé de rappeler ces règles de bon sens au gouvernement.

Je crois que l'Unef défend le projet de compter les années d'études dans les annuités prises en compte pour la retraite. Mis à part le fait qu'on a tout simplement pas les moyens de payer ceci (à pression fiscale constante), je m'interroge sur l'équité d'une telle mesure : non seulement faire des études assure (sur une carrière entière) un accroissement des revenus, mais en plus cela donnerait lieu à un avantage sur la retraite.
Que pensez vous de cette objection ?
benoitannexe

Cette proposition est finançable : c'est à cela que devrait servir le fond de réserve pour les retraites, mis en place pour garantir la retraite des générations futures. Nous proposons en plus que les étudiants s'acquittent du paiement d'une cotisation symbolique, afin de matérialiser leur affiliation à une caisse de retraite, comme c'est le cas pour la Sécurité sociale étudiante. Pour la prise en compte des stages, cela peut s'envisager par le biais de cotisation employeurs. On ne peut pas dire aux jeunes "aller à l'école pour réussir dans la vie", "obtenez un diplôme pour trouver un boulot", et ne pas le prendre en compte dans le calcul des retraites. Pénaliser la poursuite d'études, c'est appauvrir notre pays demain. Je rappelle que la France ne souffre pas d'un trop plein d'étudiants, mais d'un manque de diplômés par rapport à ses voisins. Et que des jeunes plus qualifiés, sont demain plus productifs : investir dans la formation des jeunes générations n'est pas un coût, cela rapporte à la société dans son ensemble!

Que proposez-vous pour améliorer et garantir pour chacun une pension de retraite équivalente au coût de la vie concret et réel du moment?
richiou

Il y a bien évidemment un problème de financement des retraites auquel il faut répondre. Mais la seule réponse, ce n'est pas forcément de travailler plus longtemps! La moitié des déficits actuels des régimes de retraite est dû à la la crise, et à la baisse du nombre de cotisant. Si on donne du travail aux 25% de jeunes actuellement au chômage, ce qu'il demande d'ailleurs, cela fera des recettes nouvelles! On est prêts à les payer les retraites de nos ainés, mais on en a pas les moyens! Après, j'ai vu que les propositions de taxer certaines revenus, qui ne sont pas mis à contribution aujourd'hui, n'ont pas été prises en compte, ni même sérieusement discutées. Dans une société comme la nôtre, bien plus riche qu'en 1945 quand les retraites par répartition ont été instaurées, on doit pouvoir répartir autrement les richesses produites. Sinon,on renonce à tout, à commencer par le droit au bonheur demain pour les jeunes. Car enfin il s’agit quand même de notre vie bordel ! Je vous rappelle qu’on ne vit qu’une fois. On a quand même le droit de vouloir vivre dignement ! La seule chose qu’on nous propose c’est d’être chômeur à 25 ans et de finir vieux et pauvres? Pouvez-vous me dire à quoi ont servi des siècles de civilisation, de savoirs de connaissances , de richesses aussi, si c’est pour nous dire qu’on doit accepter que notre avenir se résume à la régression sociale et à vivre moins bien que nos parents? C'est une bien curieuse conception du progrès de civilisation...

Bonjour JB, pourquoi est-ce-que la contestation étudiante est toujours plus forte dans certaines facs (Rennes 2, Toulouse le mirail?) et dans certaines filières (lettres, sciences sociales?)? Est-ce que les étudiants en droit ou en sciences dures sont trop disciplinés (ou s'en fichent complètement de leur avenir ?)
boisblanc

La réalité est plus complexe : les universités de Caen, de St-Etienne, de Pau sont très mobilisées, et ne sont pas forcément celles en pointe des précédentes mobilisation. J'y vois le signe d'une mobilisation plus forte que ce que l'on pense, et d'une inquiétude largement partagée chez les étudiants face à l'avenir. Par ailleurs, 84% des 18-25 ans se déclarent opposés à cette réforme, et on le sent dans toutes les universités ! Après, faire grève, ne pas aller en cours, c'est un sacrifice personnel, c'est dur, cela a des conséquences. Les étudiants ne le font pas par plaisir, mais par nécessité, pour être entendu... Cela se sent dans la construction du mouvement.

Aujourd'hui, le rythme des manifestations des syndicats pro est plus espacé. Doit on y voir le signe d'une mobilisation qui ralentit pour arriver à sa fin ? Ou au contraire, qui se stabilise pour s'installer dans la durée?
Si le mouvement actuel venait à ne pas obtenir gain de cause, comment pourrait-on par la suite espérer motiver les étudiants à se mobiliser à nouveau?
Quelle est la position de l'UNEF quant au blocage d'universités?
Artheval_Pe

Je crois que le mouvement actuel est profond, il dure, il est soutenu par la majorité de l’opinion. Les prochains rendez-vous de mobilisation démontrent que la volonté de le poursuivre est unitaire. Pour l’UNEF, c’est aux côtés des salariés que nous envisageons la suite. Nous sommes entré dans une mobilisation massive qui prend plusieurs formes : les initiatives de mobilisation sont quotidiennes. C’est encourageant pour la suite.
L’UNEF appelle les étudiants à inscrire leur mobilisation dans la durée, aux côtés des salariés. C’est ensemble que s’envisage la suite. Nous appelons les étudiants à se réunir en AG et à y voter leurs modalités d’action. Le blocage est un moyen, notamment pour permettre aux étudiants de se joindre aux manifs, pas une fin en soi. Je constate d’ailleurs que lorsqu’il est voté les jours de manifs, le déblocage est ensuite voté pour poursuivre l’élargissement du mouvement.

Jusqu'où les étudiants, ou en tout cas l'Unef, sont-ils prêts à aller sur la réforme des retraites? Le texte doit être voté mercredi puis promulgué mi-novembre. Allez-vous demander le retrait? Pensez-vous vraiment que le scénario CPE puisse se reproduire sur une réforme bien plus importante? N'est-ce pas une illusion?
popline

L'histoire a démontré, effectivement, qu'il était toujours possible de discuter d'une réforme même quand elle a été votée. Le calendrier d'adoption définitive du texte nous emmène jusqu'au 15 novembre. D'ici là, nous appellons les étudiants à manifester aux côtés des salariés, les 28 octobre et les 6 novembre prochain. Nous sentons beaucoup de détermination chez les étudiants et chez les jeunes, que l'on cherche à délégitimer et dont on ne cesse de mépriser les inquiétudes et les aspirations. Le calme et la confiance sont aujourd'hui de notre côté. Le gouvernement va peut être gagné un vote dans l'hémicycle, mais il a d'ores et déjà perdu la bataille de l'opinion.

Bonjour,
Aujourd'hui vous êtes dans la rue contre la réforme des retraites. Pourquoi ? Etes-vous contre la réforme ou demandez vous des aménagements? Si vous êtes contre, comment pensez-vous que le système par répartition peut encore assumer son rôle sachant que le rapport entre cotisant et bénéficiaire n'est plus le même qu'il y a 20 ans ?
cho B

 On appelle cela comme on veut : une pause, un retrait, une renégociation. Mais il faut que le gouvernement arrête tout, suspende la procédure de promulgation, et ouvre des négociations. Les jeunes veulent parler de leur avenir, on le leur a toujours refusé ce droit. Eric Woerth a même refusé de rencontrer l'Unef en mai dernier pour entendre nos propositions sur la prise en compte des années d'études ! Mais je constate que jusqu'à présent, le gouvernement a opposé une même fin de non recevoir à toutes les demandes, des plus modérées aux plus déterminées. Il ne nous laisse pas d'autre choix que de continuer.

Bonjour,
Quelles sont les autres pistes pour faire avancer le débat avec le gouvernement? Sachant que les manifestations et les blocages sont sans effet...
J'espère que qu'a l'avenir vous vous efforcerez de corriger l'image des syndicats sans reproduire les mêmes erreurs que vos ainés, le peuple veut d'avantage de transparence et d'exemplarité de la part des syndicats.
Bonne continuation
xixix

La démarche adoptée par les syndicats de salarié a je crois montré son efficacité : le mouvement n'a cessé de s'amplifier, dans le calme et la bonne humeur, en rassemblant toujours plus de salariés, grévistes ou non notamment les jours de manifestation, avec un fort soutien populaire. Je crois que face à un pouvoir qui n'entend rien, il faut poursuivre dans cette voie. Le gouvernement va sans doute gagner la bataille dans hémicycle, mais il l'a d'ores et déjà perdu dans l'opinion. Pour ce qui concerne les jeunes, je crois qu'ils ont jusqu'à présent fait preuve de maturité et de responsabilité. Saluons cette maturité : le gouvernement nous a montré qu'il en était lui même incapable, en refusant d'ouvrir le dialogue sur un débat aussi important pour notre avenir.

Cher Camarade,
Le mouvement s'est amplifié ces dernières semaines. Il est vrai que les lycéens ont joués un role important dans les manifestations (par leur forte présence, et leurs actions coup de poings...) Les étudiants eux sont beaucoup moins mobilisés. Serait-il envisageable d'appeler à une banalisation totale des cours et des travaux dirigés pour toutes les universités les jours de grèves? Cela permettrait aux étudiants boursiers de ne pas avoir de problème avec le CROUS et de pouvoir manifester librement avec les autres étudiants. En effet , beaucoup de facs n'autorisent pas ces absences ( l'université de Bourgogne par exemple), et rends donc impossible la grève. La grève est un droit, rendons-le à tout les étudiants. Merci d'avance
al827910

Bonjour. Je crois effectivement qu'il faut privilégier les modalités d'action qui permettent le rassemblement du plus grand nombre. L'UNEF ne croit pas à l'efficacité d'un radicalisation minoritaire, mais bien à la force du nombre pour faire reculer le gouvernement. Nous privilégions les actions de barrages filtrants, qui permettent d'informer le plus grand nombre et de poursuivre la construction du mouvement. Certaines AG massives décident de voter le blocage les jours de manifestations nationales, afin de permettre aux étudiants d'aller dans les cortèges : dans ce cas, nous le soutenons. Je constate que le déblocage est souvent voté ensuite par les mêmes AG, ce qui prouve que les étudiants font preuvent de maturité et souhaitent construire leur mouvement aux côtés des salariés. Dans les autres universités, nous demandons effectivement aux président d'université de banaliser les cours ou de donner des dispenses d'assiduité les jours de manif. Cela s'est notamment produit le 12 octobre dernier, lors de la "journée fac mortes" à laquelle l'unef avait appelé.

Quels sont les critères qui poussent l'unef à manifester contre la reforme des retraites ?
xian

Cette réforme concerne les jeunes. Non seulement elle va leur fermer un peu plus les portes de l’emploi dans les toutes prochaines années, en s’acharnant à maintenir au travail les séniors jusque 62 ans ou 67 ans, mais elle les prive également du droit futur à une retraite financée par la solidarité. 80% des postes à pourvoir dans d’ici à 2015 sont dus à des départs en retraites, d’après le ministère du travail : comment peut-on expliquer aux jeunes que cela n’aura pas de conséquence sur leurs conditions d’accès à l’emploi, alors que le chômage des jeunes frise les 25% ? Nous revendiquons également la prise en compte des années d’étude, de stage, et d’inactivité forcée afin d’ouvrir des droits à la retraite pour les jeunes demain. Sinon, cette réforme pénalise la poursuite d’étude : est-ce acceptable ? Ma génération va payer des cotisations pour payer les retraites pendant les 40 prochaines années, il est normal qu’on lui garantisse le droit à une retraite en retour.
Mais au-delà des retraites, je crois que les jeunes se saisissent de cette mobilisation pour rappeler à la société que leurs problèmes de formation, d’emploi, d’avenir ne sont toujours pas réglés. Nous revendiquons depuis des années une place dans la société, de la reconnaissance sociale, et un droit à l’avenir. Il ne faut pas s’étonner que les jeunes le rappellent aujourd’hui.

Jean-Baptiste,
Depuis le début des vacances scolaires, bizarrement quasiment plus aucun lycéen n’est dans la rue alors que la semaine dernière ils juraient faire grève pour les retraites et non pas juste pour sécher les cours. J'ai comme l'impression que finalement ils voulaient juste sécher les cours non ? A penser d'abord à leurs vacances plutôt qu'à leur retraite, ils ont l'air vachement plus crédibles maintenant c'est sûr!
Scheu
Cette semaine est bien évidemment particulière : notre objectif, c’est de poursuivre la mobilisation aux côtés des salariés. On marche ensemble désormais. Cette semaine, nous souhaitons faire passer le cap des vacances à la mobilisation, et préparer les journées de grèves et de manifestations des 28 octobre et 6 novembre prochains. Le calendrier a évidemment une incidence sur les capacités de mobilisation des jeunes. C’est aussi le cas pour les salariés. Mais les vacances universitaires ne sont pas celles dans les lycées : seuls deux tiers des universités de province ont des vacances, et encore, pas forcément dans toutes les filières. Donc les jeunes continueront le combat. Par ailleurs, je crois qu’il est un peu trop facile de balayer d’un revers de main les inquiétudes des jeunes en disant « tout ça c’est pour sécher les cours ». Tant que leurs problèmes d’emploi, de formation, de logement, de statut social, d’accès au logement, à l’autonomie ne sont pas résolus, il ne faudra pas s’étonner de les voir manifester…