VOUS INTERVIEWEZ - Les auteurs d'une enquête vous ont répondu...
L’Ecole vide son sac est une enquête sur les arcanes d'une institution en plein désarroi. Sans parti pris, les auteurs expliquent pourquoi le système scolaire français, autrefois présenté comme l'un des meilleurs au monde, se porte si mal. Pour ce faire, Sandra Freeman et Pierre Guyot sont allés à la rencontre des élèves, ont discuté avec leurs parents et interrogé historiens, sociologues, médecins et magistrats. Ils ont recueilli les témoignages des profs, inspecteurs, recteurs et ministres.
En ce mercredi de rentrée scolaire, ils ont répondu à vos questions:
Je me demande s'il serait opportun de supprimer histoire ou latin pour ceux peu doués. Une vraie évolution favorable serait de pousser un élève sur ce qu'il aime faire: histoire pour les doués, mécanique auto pour ceux qui pigent bien, idem la cuisine pour d'autres. Un système à la carte en somme. Possible?
LEROUX1460
L'unité des programmes, c'est aussi l'unité de la nation (tradition jacobine!). Ceci dit un système plus adapté à chaque gosse est plutôt séduisant mais elle n'est pas un self service. De toute façon, comment faire en l'état actuel des choses, notamment dans les établissements scolaires les plus "difficiles"? A l'Elysée, des conseillers de Nicolas Sarkozy nous ont confirmé en "off" que vraiment changer les choses en ZEP nécessitait un budget supplémentaire d'environ 2 milliards d'euros, au delà des (importantes) économies qu'il est possible de faire en restructurant une administration et un système parfois absurde. Les Français sont-ils prêts à payer? Un pays a l'école qu'il mérite...
Bonjour, est-il vrai que la nouvelle politique est de supprimer à plus ou moins long terme, les maternelles?
Adomus
Absolument pas entendu parler de ça... Pour info, dans le bouquin, nous racontons ce qui s'est réellement passé lorsque Xavier Darcos a pris la parole à propos des profs de maternelle, lorsqu'il expliquait qu'il était inutile de faire un bac+5 pour changer des couches. La réalité des propos de l'ancien ministre (facile à vérifier sur le net) concernait en fait les jardins d'enfants (avant la maternelle) et pas les profs. Nous racontons dans notre enquête qui a volontairement déformé les propos du ministre (dont nous ne sommes vraiment pas les avocats dans ce livre!!) pour provoquer une polémique...
J'ai 35 ans, ai vécu 15 ans dans un collège de campagne car mes parents y étaient Agent (non enseignants). J'ai pu faire des études Bac 5. Le collège dans lequel j'ai grandi et "appris" n'est plus que l'ombre de lui-même : 40% d'effectifs en moins, des directeurs qui se succèdent mais qui se planquent dans leurs bureaux, des gestionnaires (qui gèrent les commandes pour la cantine) qui ne savent même pas se faire cuire un steak (bibliothécaire de formation, sans formation ensuite). Il y a 20-30 ans, le chef d'établissement était respecté par les élèves ET les parents. Il n'hésitait pas à remuer ciel et terre au moindre incident. Il se chargeait aussi de trouver des entreprises pour ceux qui souhaitaient partir en apprentissage. La conseillère d'éducation surveillait tout et il ne se passait pas un jour sans qu'on ait une remontrance. Les profs (les anciens) étaient dans ce collège depuis 20 ans, connaissaient les familles des élèves, et surtout, avaient choisi leur métier par vocation. Ils avaient un enthousiasme débordant et communicatif. Les parents d'élèves et les enseignants se démenaient tous les ans pour qu'on puisse partir 1 semaine en Ardèche en 4ème et les asso de parent d'élèves essayaient de trouver des fonds. Mes profs de sport (50 ans à l'époque) allaient courir avec nous pendant les fameux cycles d'endurance, pour motiver ceux qui traînaient la patte. Mes parents avaient le droit d'engueuler les élèves à la cantine qui ramenaient un plateau dégueulasse ou qui avaient saloper le réfectoire. Et ils étaient appuyer par les surveillants et le directeur. Tous les ans , il y avaient des bouffes entre profs, personnel non-enseignant. 20 ans... un gâchis non?
Rugbyone
D'accord avec vous : Les choses ont énormément changé depuis le début des années 90. Les motivations pour devenir enseignant ont changé (d'abord le confort perso plus que la vocation), les formes de violences scolaires ont changé, le rapport à l'enfant roi aussi... Surtout, le nombre d'élèves ne cesse d'augmenter et disons le clairement, les nouveaux qui intègrent le système scolaire ne sont pas les élèves les plus faciles à gérer (ce sont les couches de la population les moins aisées qui accèdent désormais à l'école). Le souci présente de multiples facettes: L'école , les méthodes pédagogiques ne sont pas adaptées pour ces mômes qui n'arrivent pas égaux aux autres à l'école (un gamin entre en maternelle en maîtrisant de 400 à 1200 mots de vocabulaire suivant son origine sociale) et l'école ne fait ensuite qu'amplifier ces inégalités...
Pensez-vous vraiment que ce soit les réformes qui puissent mettre a mal l'enseignement et par conséquent favorisé l'enseignement privé? Ou que n'importe quel parent qui constate que sur un ans son enfant n'a jamais eu une semaine de cours reflétant entièrement son emploi du temps en raison des absences, formations de prof, accompagnement de sortie scolaire, congés maternité, et surtout les grève en tout genre. Que finalement a enseignement aussi bon (ou mauvais), autant le mettre dans une école privé qui elle aura au moins remplis la totalité des heures annoncées en début d'année sur les emploi du temps.
PasdHesitation
Ce n'est pas une question... c'est l'expression de votre avis. Cependant, il est exact que certains parents se tournent aujourd'hui vers l'enseignement privé parce qu'ils sont déçus du public. C'est aussi l'une des conséquences de l'attitude de l'Education nationale pendant des décennies qui n'a pas voulu laisser de place aux familles dans l'école. A l'arrivée, le pouvoir que les parents n'ont pas obtenu dans l'école, ils l'exercent sur l'école à travers une attitude assez "consumériste". Les parents n'hésitent plus à changer leur gosse d'école ou de système s'ils sont insatisfaits.
Bonjour Sandra Freeman et Pierre Guyot. Les problèmes, on les connaît, certains existent depuis des années, de nouveaux apparaissent, votre livre (que je n'ai pas lu) doit bien les exposer au travers de tous les témoignages recensés. Je partage ma vie avec un spécimen de l'éducation nationale qui a toujours la flamme et la vocation (pas intactes par rapport à ses début mais toujours là) malgré les tempêtes régulières et les coups portés, à l'occasion, par les étudiants, les parents ou le gouvernement, quand ce ne sont pas les collègues démotivés amorphes qui s'en mêlent. Les discussions sur le sujet sont souvent passionnées et les conclusions maigres, on en revient au statut du professeur d'antan, respecté de tous pour le savoir qu'il était en mesure d'inculquer. Alors, les problèmes, les constats qui font tourner en rond, on en a lu, on en lit ici et on en lira ailleurs. Mais les solutions? En parlez-vous dans votre livre ou est-ce encore un énième livre pavé dans la marre?
nilslof
D'abord bonjour aussi. Nous pensons que dans le grand public (et même parfois chez les enseignants!), les problèmes ne sont peut-être pas si bien connus que cela... Nous avons nous aussi rencontré des "spécimens" de profs passionnés par leur boulot (en fait, nous avons rencontré des profs qui majoritairement faisaient plutôt bien leur métier. Une petite partie qui vivait leur job comme un sacerdoce et se donnait à 200% et une petite partie de "bras cassés", voire de brebis galeuses...). Notre objectif avec cette enquête était d'enquêter journalistiquement sur un sujet passionnel, riche en clichés et en images d'Epinal, pour tenter de faire une photo "objective" de ce qui ne va pas au sein de l'Education nationale. Des solutions? Pas vraiment. Mais il nous semble indispensable, avant même d'aborder le sujet des solutions, de franchir cette étape qui consiste pour l'ensemble de la société à s'asseoir autour d'une table et de répondre à cette question centrale mais qui reste à ce jour sans réponse (ou avec trop de réponses différentes, ce qui revient au même): Que voulons-nous de notre école? Former les futurs élèves de polytechnique ou de l'ENA ou accueillir et scolariser tout le monde? Eduquer et instruire les enfants ou les préparer à leur future vie professionnelle?
Vous nous dites que l'école n'est pas assez connectée à la société mais le problème c'est que l'école (son parc immobilier) n'est utilisée que par l'éducation nationale, pendant le temps scolaire. Souvent les associations, les clubs de sports locaux manquent de locaux. Pourquoi ne pas utiliser le parc immobilier de l'éducation nationale le soir, le week-end, pendant les vacances pour faire des activités (expositions, conférences, théâtre, etc..) qui permettraient aux jeunes comme au moins jeunes de voir l'école sous une autre forme qu'uniquement scolaire. L'école pourrait, peut-être, faire venir "sur son terrain" des parents qui n'y viennent jamais pour rencontrer les professeurs.
Lekhmervert
Cette idée est une des idées de Nicolas Sarkozy... Reste à voir si elle sera réellement mise en place. Par ailleurs, l'une des particularités de l'école française est d'être fermée plus de la moitié du temps! Une école primaire n'accueille des élèves que 140 jours par an! Résultat : Les heures de cours des enfants s'accumulent sur peu de jours et font de leurs semaines de véritables marathons de travail (autant que des salariés adultes). Par ailleurs, cette déconnexion entre la société et l'école concerne aussi le manque d'équipement informatique à l'école quand internet et téléphonie mobile font totalement partie de la vie quotidienne des enfants et des ados.Même chose avec la coupure entre le laisser aller de l'éducation de la plupart des familles face à des enfants devenus "rois" et l'exigence de la part de ces mêmes familles d'autorité en ce qui concerne les profs... A l'arrivée, la France est le pays où les enfants s'ennuient le plus à l'école et nous detenons dans les études internationales le record du monde du "mal-être" des élèves.
Que pensez-vous de cette aberration qui consiste à confier à des femmes et hommes politiques la réforme du secteur public de l'éducation alors qu'ils envoient leur progéniture en école privée? N'y-a-t-il pas là une occasion de baisser le niveau d'un côté pour augmenter les chances de débouchés de l'autre?
Fran
Les enfants de Xavier Darcos ont été scolarisés dans le public. Deux des quatre enfants de Luc Chatel sont dans le privé. Deux autres dans le public...
Beaucoup de "on dit" sur le taux de prof issu du monde du privé dans l'enseignement public, quoi qu'il en soit sur l'ensemble de mon parcourt dans l'enseignement publique, je n'ai rencontré qu'un seul et unique prof issu du privé. Pour mes enfants 13ans et 9 ans, encore aucun. Le tout en région parisienne (pour situer) Comment voulez-vous que l'école soit connecté à la société quand elle ignore dans sa totalité le fonctionnement de cette dernière? A bien y regarder un prof, a commencé étudiant, puis a fait l'iufm, puis est devenu prof. Grosso modo, il n'est jamais sorti des murs d'une école. Difficile dans ces conditions d'avoir une vue objective et surtout réaliste du monde auquel ils sont sensés préparer les élèves.
PasdHesitation
Ce que vous dites est parfaitement exact. Pendant très longtemps, les profs, mais aussi tous les rouages administratifs (rarissime de trouver un chef d'établissement qui n'a pas été prof avant, un recteur qui n'a pas été enseignant d'université, etc.), ont été des purs produits de l'Education nationale. Cependant, le profil des nouveaux enseignants changent depuis plusieurs années. Et il vrai qu'une proportion de plus en plus importante de gens qui ont connu une carrière professionnelle dans le privé se laisse aujourd'hui séduire par le statut d'enseignant. Hélas, et tous, syndicats, politiques et profs le reconnaissent, c'est plus souvent le statut de prof que le métier de prof qui attire les nouveaux postulants. De plus en plus, la motivation principale est celle du temps libre et la possibilité pour un prof de pouvoir s'occuper de ses propres gamins qui l'emporte. Résultat : Etre prof devient un "deuxième salaire" dans beaucoup de couples et le métier se féminise à la vitesse "V" (En primaire, 80% des enseignants sont des enseignantes, dans le secondaire plus de 60%).
Bonjour, le fait que l'école se porte de plus en plus mal n'est il pas une résultante globale de l'action politique menée au cours de ces 2 dernières décennies et cela ne cache-t-il pas une volonté de mutation vers une privatisation de l'enseignement publique par sa mise sous tutelle au profit d'associations ou d'organismes toutes tendances confondues (politiques, religieux ou simplement à but lucratifs). Simple rumeur malveillante ou inéluctable réalité à moyen terme?
reiD
"Mise sous tutelle d'organismes politiques, religieux ou à but lucratif"? Sincèrement, nous n'avons rien constaté de tel. Les syndicats d'enseignants affirment néanmoins que la politique menée par Xavier Darcos avait pour objectif de mettre à mal l'école publique et, de ce fait, favoriser le système privé.
Vouloir individualiser l'enseignement au maximum alors que l'école est justement un lieu d'enseignement collectif (c'est la définition) n'est-ce pas incompatible?
pasdupe
Beaucoup de choses sont paradoxales dans la façon de concevoir l'enseignement. Beaucoup de profs que nous avons rencontré se plaignent de devoir choisir entre enseigner comme il le faudrait (en faisant la part belle aux méthodes pédagogiques et en laissant les enfants "apprendre par eux-mêmes) et boucler le programme à la fin de l'année. Encore et toujours entre ces deux attentes contradictoires de la part de la société : Il faut que les enfants soient heureux et s'épanouissent et en même temps qu'ils restent performants avant tout...
Dans les années 80, les entreprises nationalisées étaient garantes de "l'intérêt vital" de la France. Ces monopoles étaient des gouffres financiers et servaient notoirement mal leurs clients. Nul ne songerait aujourd'hui à nationaliser Orange, ex PTT! Aujourd'hui, l'Education Nationalisée est dans la même situation: une "vache sacrée", garante de "l'identité française", "ciment de la nation" (rien que ça), mais qui sert notoirement mal ses clients (élèves et parents). Pourtant, personne n'aborde la question de front: s'il faut que la "Nation" subventionne "l'éducation", pourquoi ne pas subventionner l'élève, au lieu de subventionner un monopole notoirement in-efficient? Pourquoi un producteur unique, alors qu'une multitude de producteurs en concurrence sera toujours plus efficace qu'un gros monopole public? Le "chèque éducation" semble une solution apte à créer la concurrence entre écoles (qui chercheraient à capter le chèque-éducation de l'élève-client). Cela enclencherait un processus d'amélioration, par les initiatives partant de la base des professionnels de l'éducation (qui sont quand même les mieux placés pour savoir comment mieux servir leurs clients) La Suède socialiste l'a fait dans les années 90, pourquoi pas nous?
EcoGuy2
Cette idée est en totale contradiction avec la tradition de l'école publique en France: Jacobine, laïque et garante à la fois de l'unité de la nation et de la formation des élites dont a besoin cette nation pour fonctionner. L'idée d'une mise en concurrence des écoles, voire des systèmes scolaires peut en effet fonctionner en Scandinavie. Mais le modèle social (et la situation sociale!!) n'a pas grand-chose à voir avec la France. D'autres expériences, comme la suppression de la carte scolaire en Grande-Bretagne il y a quelques années, n'a pas eu les effets positifs escomptés et les Anglais tentent aujourd'hui de faire marche arrière.
A votre avis pourquoi notre institution s'est autant dégradé?
fatfat
L'Education nationale doit faire face à un paradoxe. L'école en France a, de tout temps, été conçue pour former les élites qui dirigeront la nation (via les grandes écoles notamment, spécificité bien française). Le système scolaire est donc fait pour les bons élèves et peu adaptés à l'accompagnement des "mauvais" élèves. Dans le même temps, la société demande dans le même temps à l'école d'accueillir de plus en plus d'élèves (y compris ceux qui auparavant n'accédaient pas à la scolarisation). L'Education Nationale a bien du mal a remplir ces deux missions totalement antagonistes.
Pour éviter les décrochages scolaires dans un premier temps et l'abandon des études dans un second temps, il est inadmissible que des jeunes entrent dans le secondaire sans savoir lire, écrire et compter correctement. A la fin du CM2 ne serait il pas possible de faire passer des tests aux enfants, ce qui permettrait de contrôler le niveau des élèves et aussi de contrôler la qualité de l'enseignement primaire?
papas
Xavier Darcos a lancé l'année dernière une série de tests d'évaluation des élèves dans les classes de CM2. Mais beaucoup d'enseignants ont refusé de réaliser ces tests, redoutant que ces derniers ne servent en fait à un "classement des écoles" et à une mise en concurrence des établissements entre eux. Plus qu'une question d'évaluation (on sait aujourd'hui que 15 à 20% des élèves quittent l'école primaire sans maîtriser ni la lecture ni l'écriture), c'est celle de l'accompagnement des enfants en difficulté scolaire dès le CP qui est importante.
Vous dites que vous avez rencontré des «spécimens» de profs passionnés pour dire plus loin que la plupart faisaient correctement leur travail. Attention, c'est avec ce genre de propos qu'on détruit une profession pour quelques brebis galeuses.
Kriek
Notre boulot n'est pas de détruire ou d'encenser une profession. Notre boulot consiste à dire ce que nous avons vu et constaté.
Fallait nous le dire qu'on poserait des questions à des représentants de la politique de l'UMP, on se serait abstenu, on connaît les réponses à l'avance. Tout ce que font Darcos puis Chatel c'est génial, ceux qui s'y opposent sont nuls.... Médiocre, 05/20
Fran
Nous sommes très, très loin de ça dans notre enquête... Lisez le bouquin et jugez par vous-mêmes!
Le chat est fini.