POLITIQUE - Aux journées d'été, à Nîmes, la secrétaire nationale des Verts a répondu aux questions des lecteurs de 20minutes.fr...
Benji: Etes-vous prêts à faire alliance avec des élus PS pro-incinération ou pro-nucléaire?
On a des divergences. Quand on fait des alliances, c’est forcément avec des gens qui ne sont pas comme nous, c’est une évidence. En revanche, il y a des sujets sur lesquels on a des difficultés voire des impossibilités. Les alliances ne seront donc pas automatiques.
>> Suivez les journées d'été des Verts avec notre envoyée spéciale, sur 20minutes.fr et le blog des universités d'été.
PitCt: Alors que les Verts sont en passe de devenir la troisième force politique du pays, comment comptent-ils concilier leur engagement écologique avec le réalisme économique nécessaire à toute formation de gouvernement ? Je pense en particulier à votre positionnement sur des questions comme le nucléaire ou sur le soutien à des industries nationales fortes émettrices de CO2, mais pourvoyeuses de nombreux emplois (automobile, énergie, chimie, aéronautique...)? Merci de ne pas restreindre la réponse à la seule baguette magique de la croissance verte, qui exige d’abord une phase de transition et d’adaptation...
Je ne vais pas répondre par la croissance verte, car c’est considérer qu’on va remplacer la croissance actuelle, qui est plus qu’en panne puisqu’on a vécu une récession, par une autre croissance. On ne se rend pas compte que ce qui est en cause c’est la logique du modèle de développement, ultra-productiviste, qui produit pour produire et même plus pour répondre à des besoins. Nous, ce qu’on veut, c’est la conversion écologique de l’économie. C’est-à-dire, se dire qu’il y a un certain nombre de secteurs qui sont condamnés à plus ou moins brève échéance. L’honnêteté, c’est de le dire. Je pense par exemple au secteur de l’automobile.
On nous dit que c’est impossible de parler aux salariés de l’automobile, eh bien je peux vous dire que non, et qu’avec certains syndicalistes on a une vraie écoute car ils ont le sentiment qu’on dit les choses franchement. Pour rentrer dans le détail, la conversion écologique du secteur automobile, ça veut dire la disparition de 5 millions d’emplois dans le secteur traditionnel. Mais c’est aussi la création de 8,5 millions d’emplois dans le secteur de la mobilité, des transports en commun, de la rénovation du parc de tramways, d’une autre gestion de la mobilité, notamment avec la question des transports à la demande ou partagés. Cela fait une création nette de 3,5 millions d’emplois, non délocalisables.
Nous ce qu’on défend, c’est à la fois un plan d’urgence, qui réponde à la crise telle qu’elle est aujourd’hui et une vision à moyen/long terme qui nous permet justement de sortir de cette logique néfaste. La question de l’industrie de la chimie se pose, de l’agriculture et de la conversion de l’agriculture également.
Pour cette conversion, il faut considérer que les principaux acteurs sont des interlocuteurs et qu’on discute avec eux, et qu’ils soient des acteurs du changement. Il faudra prendre des mesures assez radicales: il faut que le transport soit évalué à son réel coût environnemental et social. Il faut considérer qu’un certain nombre d’industries sont inutiles: la chimie, par exemple, qui produit des insecticides ou des pesticides en masse pour l’agriculture, qui, pour une part n’en a pas besoin et qui contribue à la pollution.
On parle du
scandale des algues vertes. La cause c’est l’utilisation d’engrais et de nitrates dans l’agriculture. C’est un modèle périmé, dangereux pour la santé des populations et des agriculteurs, donc il faut changer. Et la démocratie, c’est quand on décide des orientations qu’il faut donner à notre société.
Tintin79: Comment peut-on être favorable à l’éco-taxe pour les particuliers, alors qu’elle n’aura que pour objectif de pouvoir supprimer la taxe professionnelle?
Je trouve ça stupide de considérer que la taxe carbone c’est une taxe de plus, et c’est un peu le parti pris du gouvernement, et encore plus stupide de remplacer la taxe professionnelle par la taxe carbone. Ce qu’il faut, c’est une véritable fiscalité écologique.
L’outil fiscal sert à faire de la politique. Donc là, il faut qu’on décide que les impôts, et la façon de les prélever, seront en lien avec les comportements, vertueux ou non. Cela permettra, par un mécanisme de compensation, d’aider ceux qui n’ont pas les moyens d’aller vers de nouvelles pratiques, notamment l’isolation des bâtiments d'habitation, l’achat d’appareils moins polluants, le développement des transports en commun ou partagés... C’est ça la logique: pénaliser ceux qui ne veulent pas évoluer et favoriser ceux qui le veulent.
Pour l’instant, le gouvernement a pris le chantier dans le mauvais sens, mais il a au moins dit le mot et dit qu’il y avait une nécessité de prendre en compte cette question de la production de gaz à effets de serre.
RB: En tant qu’ancienne syndicaliste, membre de diverses associations, adjointe au maire, et, depuis 3 ans, secrétaire nationale des Verts, dans quel domaine pensez-vous être le plus utile à vos idées/valeurs? En agissant au niveau national, mais sans accéder aux responsabilités, en exerçant votre responsabilité d’élue au niveau local ou en construisant des projets avec une association ou un syndicat?
Ça dépend des moments. L’histoire de ma petite et modeste vie, c’est que j’ai eu différents engagements et je pense que c’est une bonne méthode. L’objectif, ce n’est pas d’aller tout le temps pareil, et de faire tout le temps la même chose, mais de s’adapter à ses propres envies et ses propres compétences et s’adapter à la confiance que vous font les uns et les autres. Il n’y a pas de meilleure manière, il y a la manière qui nous correspond et qui correspond aussi à un moment de notre existence. C’est pour ça qu’il faut faire accéder aux responsabilités politiques le plus grand nombre de personnes. Je pense aux femmes, aux jeunes: il faut une diversité.
Propos recueillis par Oriane Raffin