VOUS AVEZ INTERVIEWÉ - Jean-Michel Perron, responsable de l’Agence des usages des TICE, vous a répondu...
En Grande-Bretagne, apprendre à Twitter est aussi important que savoir placer la Seconde guerre mondiale sur une chronologie,
a-t-on appris la semaine passée en analysant le contenu de la réforme des programmes du primaire.
Et en France, quelle est la place des savoirs informatiques et des usages de l'Internet? Jean-Michel Perron, responsable de l’
Agence des usages des
TICE, a répondu à vos questions.
Ses dernières réponses:
Pensez-vous qu'il soit réellement utile d'apprendre aux enfants internet, alors qu'ils sont déjà très informé sur le sujet, que de leur apprendre la prudence à utiliser internet? Et pensez-vous que l'histoire soit moins importante qu'un internet qui sera largement dépassé quand ils auront 15 ans?
ninon_de_lenclos
Il est très important (et c’est vraiment le rôle de l’éducation) de s’attaquer aussi aux problèmes d’éthique, de sécurité et donc d’apprendre aux élèves un usage raisonné de l’Internet. Beaucoup d’élèves utilisent des applications de conversation en direct ou des applications de réseaux sociaux mais ne réfléchissent pas sur les sources d’information qu’on leur livre dans un moteur de recherche. Pourtant cette éducation à la recherche est essentielle pour faire le choix d’une information ou pour même comparer plusieurs informations. Plusieurs études internationales ont montré les carences des élèves dans ce domaine. Les apprentissages fondamentaux ne rentrent pas en compétition avec ces compétences nouvelles à acquérir. Faisons confiance aux enseignants qui s’approprient chaque jour ces évolutions même si le temps de la pédagogie n’est pas celui de l’innovation technologique.
Je fais partie de celles qui pensent que si internet était un outil utilisé à part entière dans l'éducation et placé au centre des apprentissages nos enfants serez plus performants. Pensez-vous qu'il faudrait développer des outils ou sites spécifiques pouvant être utilisés en classe par exemple par vidéo-projection? Un documentaire en images sur l'histoire par exemple ne serait-il pas un moyen de capter l'intérêt des jeunes et des enfants?
Christineessonne
Il existe déjà beaucoup de ressources numériques en ligne qui ont une vocation éducative. Si vous êtes enseignante, vous pouvez aller sur SIALLE et vous trouverez des logiciels libres éducatifs à télécharger, allez sur le SITE.TV et vous trouverez un catalogue de vidéos utilisables en classe dont certaines concernent évidemment l’enseignement de l’Histoire. Sur le développement de ressources spécifiques web, vous avez raison, il y a encore beaucoup à inventer ; du côté des jeux sérieux par exemple.
A quand l'obligation d'utiliser des logiciels libres pour réduire les coûts?
Gplatret
Est-on sûr de réduire les coûts? Je n’ai pas lu encore d’études précises sur un déploiement massif et sur les économies réalisées. Ces éléments me manquent pour donner un avis à ce sujet. Car il faut parler d’installation, de maintenance, de formation, d’appropriation, d’économie de temps dans la réalisation de tâches spécifiques avec un tableur ou un traitement de textes par exemple, etc. pour évaluer les réductions.
Il faut savoir qu'Open office accepte les fichiers venant d'Excel, Word, powerpoint donc la compatibilité est totale. Sinon pourquoi ne pas apprendre à créer un site web? On enseignerait le HTLM et Java à partir d'un certain niveau, collège ou lycée pour ce faire.
lmp
Il y a beaucoup d’exemples de site web créé par des élèves avec leur professeur car les enseignants ont perçu très vite que la production d’un écrit fonctionnel lu par d’autres pouvait justement obliger leurs élèves à écrire sans fautes d’orthographe, dans une langue compréhensible. Et puis quelle motivation pour les élèves de voir leur production en ligne ! D’ailleurs les blogs, dans le cadre des apprentissages disciplinaires explosent. Il n’y a pas besoin pour cela à apprendre la programmation en HTML ou en Java.
Par ailleurs, il y a effectivement actuellement une réflexion assez présente sur enseigner ou non l’informatique. Actuellement les programmes scolaires ne prennent pas en compte cette réflexion portée par des associations et des scientifiques.
C’est comme le Conseil général de certaines régions qui prêtent un pc portable aux troisièmes (en Bretagne il me semble). C'est bien beau mais ils ne sont jamais utilisé en classe! quel intérêt?
ancien_ guizmo
Il y a plusieurs opérations de ce type, une dans les Landes, une dans les Bouches du Rhône, une en Ille et Vilaine et une en Corrèze de mémoire (pardon si j’en oublie). Ces opérations sont récentes et les résultats sur les impacts sont encore peu connus mais je vous engage à aller voir sur les sites des conseils généraux et vous verrez qu’il n’est pas du tout sûr qu’il n’y a pas d’usage en classe et hors la classe, bien au contraire, plusieurs enquêtes d’impact sont d’ailleurs en ligne. Je suis d’accord pour dire qu’il y a, à côté de l’équipement, beaucoup à faire sur l’accompagnement des enseignants et des élèves. Dans toutes les opérations dont vous parlez le réseau SCEREN est engagé pour accompagner et si vous allez sur les sites des CRDP ou des CDDP vous verrez aussi des exemples d’usages innovants qui sont liés à ces opérations d’équipements massifs.
Je suis assistante d'éducation et ne fait en fait que l'informatique dans l'école primaire où je travaille. Bien sur que c'est important pour les enfants de connaitre l'outil informatique puisqu'ils en auront besoin dans leur vie quotidienne future et que déjà en CP on constate une grande disparité entre ceux qui sont équipés à la maison et ceux qui ne le sont pas. Nous sommes libres d'utiliser les logiciels que nous voulons et utilisons donc au maximum des logiciels libres (les dirigeants voient surement ça de manière économique, perso ça me convient pour les valeurs auxquelles je crois), alors c'est sur qu'on est sous windows xp mais on utilise openoffice et firefox et des jeux éducatifs libres créés par des instits et distribués gratuitement sur le net. Par contre pourquoi les "enseignants" d'informatique ont le statut d'assistant d'éducation ? Donc 6 ans de contrat maximum et payé au mieux 63% du smic (puisque forcément on peut pas travailler 35h dans une école qui accueille les enfants 24h). Résultat les personnes sont bien obligée de chercher autre chose et quittent ces postes même si par ailleurs ça leur plait. Donc on finit par engager un peu n'importe qui, avec aucune formation mais si on essaye de privilégier d'expérience (perso j'ai vu l'ancienne personne à mon poste en tout 30 minutes donc il m'a vaguement dit 2, 3 bricoles et puis débrouille toi le jour de la rentrée). Donc les personnes ne restent pas assez longtemps pour monter un vrai projet pédagogique avec les enseignants. A quand un vrai statut pérène pour nous?
Ysabel
Vous avez raison de parler de situations très différentes en fonction du milieu social, la dernière enquête du CREDOC montre que la moitié des ménages disposant de – de 1500 euros par mois n’utilisent jamais l’ordinateur alors que l’usage est de plusieurs heures quotidiennes dans les milieux les plus favorisés. Vous avez aussi raison de parler de valeurs car c’est aussi un des éléments importants dans l’appropriation d’une innovation. Je crois que l’expérience acquise lors de cet emploi vous a aussi permis de percevoir que vous étiez très intéressée par l’enseignement qui est un métier gratifiant et difficile à la fois. Peut-être des études complémentaires vous permettraient d’accéder au concours? En ce qui concerne un vrai statut, il faudrait poser la question à des responsables politiques.
A quand des ordinateurs sous Linux officiellement installés dans les écoles, collèges et lycées français, c'est très fiable comme système d'exploitation et contrairement à windows il y a bien moins de virus ou de troyens car les virus se basent sur un .exe format inconnu sur linux. En plus cela permettrait de promouvoir le logiciel libre en n'utilisant que des logiciels libres y compris pour le système d'exploitation, pour ce dernier aucun problème, le téléchargement est libre, gratuit et sans virus après il s'installe tout seul ensuite on a un PC qui ne dépend plus du big brother de Microsoft. En plus en cas de besoin on peut modifier le système ou les logiciels pour les adapter à ce qui est nécessaire. Cela n'est pas permis avec les logiciels propriétaires dont windows fait partie.
lmp
Les fans des logiciels propriétaires trouveraient des justificatifs pour contrer tous les arguments cités dans ce post. Je crois que les enseignants ont surtout besoin des solutions qui leur conviennent le mieux dans l’acte pédagogique d’où l’extraordinaire travail d’information qu’il faut continuer à faire sur toutes les solutions existantes sans esprit partisan. Je pense que deux risques coexistent lorsque l’on enseigne avec les TIC, un risque pédagogique à maîtriser qui fait souvent peur aux débutants mais parfois jusqu’au dernier jour d’enseignement (comment vais-je organiser au mieux mon activité? Quels documents vais-je proposer à mes élèves (surtout avec Internet?), quelle progression dans l’acquisition des notions vais-je choisir? etc.) ; mais aussi un risque technologique, est-ce que je connais bien les fonctionnalités du logiciel, est-ce que je ne vais pas être débordé par mes élèves? Est-ce que tout va bien fonctionner (nous avons tous connu un bugg au moment crucial de la séance d’apprentissage!). Le travail d’information sur ces sujets et d’identification des représentations des enseignants sur l’usage des outils technologiques est, à mon avis, un enjeu bien plus important car il conditionnera l’acceptation ou non des évolutions actuelles comme les projets d’Espace numérique de travail qui se généralisent en France.
Ce n'est pas sur internet qu'ils vont apprendre l'orthographe et la grammaire, ni même le français.
Archibald
La question est récurrente mais à mon avis il vaut mieux se poser plutôt celle-ci: «Comment les élèves vont-ils apprendre l’orthographe, la grammaire, le français avec l’Internet?» ;-))
S'agit-il de former à l'informatique ou à l'utilisation des logiciels Microsoft? Qu'en est il du logiciel libre à l'école? le B2i n'est il pas trop restrictif?
Saian
Il s’agit de former les enseignants et les élèves à l’usage des TIC. A mon avis, tous les logiciel qui existent, qu’ils soient libres ou pas ont un coût même quand ils sont réalisés par des communautés d’utilisateurs. Ils ont parfois des potentialités proches, parfois pas mais c’est toujours l’utilisateur qui a le dernier mot. Je crois que notre travail à l’Agence est d’informer le mieux possible les enseignants sur toute l’offre technologique existante, libre ou pas. Nous ne privilégions aucun industriel ou communauté. Nous devons aider les enseignants à mieux cerner ce qui est utile à la réussite de leurs élèves, ce qui facilite leur travail, ce qui les amène à réfléchir sur le bien fondé ou non de l’usage d’un logiciel dans l’acte pédagogique. Ensuite, à eux de choisir en fonction de leur sensibilité ou leurs valeurs.
Nos produisons pour justement leur donner un peu d’aide sur ces évolutions qui peuvent impacter sur l’apprentissage de leurs élèves, une rubrique de notre site sur ce que la recherche scientifique dit de l’usage des TIC dans les activité d’apprentissage et nous proposons des recommandations pour mieux utiliser les TIC. Il n’y a jamais de référence à des marques, il n’y a que des problématiques d’usage.
D'une manière générale, je ne pense pas qu'il faille apprendre les TIC mais plutôt les intégrer dans les méthodes d'enseignement. Et vous?
ancien_ guizmo
Oui, quand on se déplace dans les établissements scolaires et que l’on voit comment les élèves s’approprient les outils technologiques, (et je parle essentiellement des fonctionnalités des logiciels et des matériels), il n’y a pas de craintes à avoir sur l’apprentissage aux fonctionnalités des outils. Vous avez raison c’est bien, l’intégration dans les méthodes d’enseignement et dans les activités d’apprentissage qui se révèle être passionnant. Regardez par exemple ce reportage sur des élèves qui utilisent les lecteurs mp3 (ils savent s’en servir n’est-ce pas) Podcl@ss, langues vivantes et baladodiffusion. C’est bien l’activité et le changement de méthode d’apprentissage induits qui sont en cause ! Et c’est là que les professeurs sont le plus sollicités. Il est bien connu que pour changer, ses pratiques professionnelles, il faut qu’un certain nombre de conditions favorables soient réunies. D’abord bien connaître les potentialités des outils (la baladodiffusion, tout le monde ne connaît pas), ancrer les fonctionnalités dans des pratiques existantes (les activités d’écoute dans le cadre de l’apprentissage d’une langue, cela a toujours existé), comprendre les éléments de plus value de l’usage (convenez que les outils numériques comme les mp3 sont d’une utilisation simple, souple (quand on veut, où l’on veut).
L'école française a plusieurs wagons de retard sur l'apprentissage de l'outil informatique qui se fait dès la maternelle ailleurs. Mais les grèves coûtent sans doute trop cher pour équiper les écoles et former les enseignants. Non?
Sonia
En France, l’apprentissage de l’outil (des outils plutôt non?) se fait au travers des apprentissages disciplinaires de l’école primaire au lycée puis à l’Université. Depuis l’année 2000 a été mis en place un référentiel de compétences, le B2i (Brevet Informatique et internet) qui se poursuit par l’obtention du C2i (Certificat informatique et Internet) à l’Université. Ces compétences sont validées dans toutes les disciplines et par tous les professeurs. Evidemment, il faut que les établissements soient équipés suffisamment, que les professeurs connaissent bien le référentiel et comment valider ce que l’élève sait faire ou pas. Depuis 2008, lors de la délivrance du diplôme national du brevet, le B2i est pris en compte. Il faudra effectivement du temps pour informer toute la communauté éducative sur ce référentiel mais beaucoup d’équipes éducatives ont pris la mesure de l’enjeu. Un exemple (Mise en œuvre du B2i au collège de Montmoreau). L’idée est intéressante quand même ! Elle permet à tous parents, élèves, enseignants de s’appuyer sur ce référentiel pour évaluer des compétences utiles à tout citoyen dans une société numérique. C’est une forme utile de lutte contre la fracture numérique que de mettre en place un tel référentiel. Le coût est partagé aujourd’hui par tous ; les collectivités qui financent l’équipement des écoles, des collèges et des lycées sont évidemment engagées, au niveau local, les rectorats, les inspections académiques et les IUFM avec un nombre de stages de formation conséquents et avec la production de ressources d’accompagnement aux niveaux national et académique. Un exemple le document d’appui au B2i destiné à aider les professeurs. Bien sur, il reste beaucoup à faire pour équiper les écoles (c’est ce que propose le plan de relance annoncée hier en faveur des écoles des communes de moins de 2000 habitants par exemple), pour former les professeurs mais il y a quand même un changement fondamental depuis moins de cinq ans. C’est la conscience de tous les partenaires de ne pas laisser le système éducatif passer à côté des évolutions majeures que nous vivons car il s’agit bien d’évolutions majeures et peut-être pas de « révolution du numérique » comme on l’entend souvent!
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