Vos questions sur les jeunes de banlieue

324 contributions
Publié le 21 octobre 2008.

VOUS INTERVIEWEZ - Ce mardi, Rost, l'auteur de «Enfant des lieux bannis» (Robert Laffont) vous répond. Il explique les sifflets contre «La Marseillaise»...

Les sifflets du stade de France lors de France-Tunisie sont devenus une affaire d'Etat. Et c'est justement cette semaine que Rost, rappeur togolais vivant en France depuis ses 10 ans et très actif politiquement avec son association «Banlieues Actives», sort son livre «Enfant des lieux bannis» (Robert Laffont).

L'auteur y explique, «sans forcement les excuser», ces réactions de jeunes sifflant «la Marseillaise» alors qu'ils supportent les Bleus lorsqu'ils jouent contre d'autres nations.

Autobiographique, ce livre se présente comme «un véritable outil sociologique permettant de comprendre nos quartiers populaires».

Il vous a répondu:


simonjean | 20.10.2008 - 12h58
Il est navrant de constater qu'une (grande?) partie de ces jeunes ne fonctionnent que dans le rejet et la haine: rejet de notre culture, de notre histoire et de notre civilisation (qu'on le veuille ou non qui est chrétienne). Ils ont même hué le joueur d'origine tunisienne! Le considèrent-ils comme "un traître"?
Sors le Eric Zemmour qui est en toi! Il ne s'agit pas de rejeter quoi que ce soit, mais sachez simplement qu'un jour la victime devient le bourreau. Et à force d'être exclu, ou de se sentir comme tel, on finit par l'accepter et nos comportements s'adaptent aussi à la situation. Maintenant, vue de l'extérieur, ça peut être considéré comme des actes haineux, mais je pense qu'il y a un moment où il faut essayer d'avoir un peu d'ouverture d'esprit pour comprendre le vrai fond de l'expression de ces comportements, plutôt que de se limiter simplement aux conséquences. C'est vrai qu'il est plus facile de pointer du doigt les gens que de résoudre leurs problèmes... C'est pour cela qu'on met plus souvent en avant ces comportements négatifs, qu'on ne tente de trouver des solutions adaptées.
C'est une question sur laquelle je reviens dans le livre, par rapport à un débat que j'ai eu avec Zemmour chez Ruquier. Il faut aller lire le livre, j'y aborde longuement ce sujet!

bububub | 21.10.2008 - 12h30
Comment expliquer cet espèce de sentiment d'abattement dans les banlieues, et comment le contrer?
Bah voilà, c'est exactement ce que j'expliquais avant. A force d'être dévalorisé, on finit malheureusement par se complaire dans son mal-être, et on accepte de subir. C'est là où on a un vrai rôle à jouer pour leur dire que l'on peut partir avec tous ces handicaps mais se battre quand même pour se construire positivement. D'ailleurs, l'ouverture du livre est une citation de Maupassant : "La réalité implacable me conduirait au suicide si le rêve ne me permettait d'attendre". Ces jeunes ne rêvent plus, c'est pour ça qu'ils se laissent vivre et ne croient plus en rien.

Dunga | 21.10.2008 - 12h12
Bonjour Rost. Les jeunes de banlieue excusent souvent leurs exactions par le fait qu'ils se sentent délaissés par la société. Moi j'ai grandi en zone rurale... Pas de terrain de tennis, pas de terrain de basket (comme dit la chanson)...pas d'associations, pas de vacances à la mer, le père au chômage... Et pourtant j'ai jamais eu envie de cramer la voiture du voisin (lui-même ouvrier comme mon père)... Comment pourriez-vous expliquer cette différence notable. Merci pour votre réponse.
J'ai souvent parlé de quartiers populaires, et pas de banlieues, parce que je pense que les problèmes restent les mêmes où qu
'on se situe géographiquement. Vous avez des gens qui habitent à Neuilly, qui sont 10 000 fois plus malheureux que des gens qui habitent à Belleville, malgré tout leur pognon. Il y a aussi des gens qui habitent à Neuilly dans une chambre de bonne. ils vivent certainement la même réalité que nous... Je pense que dire "c'est la faute de la société" c'est devenu un truc facile à dire, je ne suis pas dans cette dynamique. Je suis plutôt dans le fait de dire "on a du potentiel on se bat avec ça "malgré les handicaps avec lesquels on part. On peut se battre pour se construire positivement. Mais il ne faut pas oublier que l'on est dans des zones où les gens pensent qu'ils n'ont aucune issue car tout le temps on leur fait comprendre qu'ils ne sont rien, qu'ils ne valent rien, que de toute façon ils sont condamnés. Dans le livre je dis "pour nous l'avenir se limite à la minute d'après". Qu'est-ce qu'il y a de pire qu'un homme qui a le sentiment qu'il n'a plus rien à perdre? Quand on a des perspectives d'avenir, une vision à moyen ou long terme, on est plus apte à être lucide et se dire qu'on eut se rattacher à quelque chose. Quand c'est pas le cas, on ne réfléchit pas beaucoup, on agit tout simplement.

charlot | 21.10.2008 - 09h07
Pensez-vous toujours que Le Pen serait meilleur président que Sarkozy?
Il ne s'agissait pas une seconde d'un soutien quelconque à JM Le Pen, que je déteste de toute mon âme. Je reviens très longuement aussi sur cette histoire dans mon livre, car les journalistes en ont fait ce qu'ils avaient envie de faire, et ce qui est paradoxal, c'est que peu de temps avant cette histoire, mon album "J'accuse", et la première phrase c'est "je pensais que l'ère FN était définitivement révolue depuis le séisme du 21 avril 2002". Donc c'est assez explicite, et il ne faut pas oublier que j'ai passé toute ma jeunesse dans les Catacombes à chasser les skins. Je n'ai pas la moindre sympathie pour ce genre de personnage.
En plus, Le Pen aurait été élu, il n'aurait pas tenu 2 secondes au pouvoir, on aurait tous été dans la rue. Je voulais juste dénoncer par cette phrase les propos de Sarkozy qui étaient similaires à ce que Le Pen sortait quelques années avant. A l'époque de "La France, vous l'aimez ou vous la quittez" ça avait été un tollé, alors que c'est passé sans pratiquement aucune réaction après les paroles - similaires- de Sarko. A un moment, il faut que les gens montent au front pour dénoncer les choses.

panpanlapin | 20.10.2008 - 15h23
Comment aider qqn qui ne veut pas être aidée? (cf Luc Besson et les voitures brûlées, si c'est pas tuer la vache à lait je sais pas ce que sait...)
On ne demande pas a être aidés, juste de la cohérence, que la République soit juste avec tous ses enfants.

porcus1 | 21.10.2008 - 12h17
Ne pensez-vous pas que ces jeunes portent une lourde responsabilité dans le rejet qu’ils suscitent dans la société française? Est-ce que ce rejet ne résulte pas du refus de certaines communautés de s’assimiler à la société française?
Déjà, le principe d'assimilation est un principe de colonisation des esprits. L'intégration, oui, l'assimilation, non. Notre société est en mutation permanente et s'enrichit de ses diversités. Je pense que ne pas manger de la choucroute avec du porc ne vous empêche pas d'être ou de vous sentir Français. Souvent, ceux qui parlent d'assimilation sont ceux qui voudraient qu'il n'y ait pas d'étrangers en France. Ils veulent faire des clones d'eux-mêmes. Il faut accepter que chacun est riche de sa différence, et c'est ça qui crée la richesse de notre société. Moi, je reste un humaniste convaincu, donc je pense qu'on peut tous vivre en harmonie les uns avec les autres sans avoir à être le clone de mon voisin.

Mick55 | 21.10.2008 - 12h23
Pourquoi ces jeunes revendiquent des droits alors qu'ils refusent leurs devoirs?
Lorsque les droits élémentaires ne sont pas appliqués, comment voulez-vous qu'on parle de devoirs? Ceux qui font les lois ne les respectent déjà pas eux-mêmes (affaires de corruption, sans qu'il n'y ait jamais une condamnation), comment se dire «on a des devoirs»? Il ne faut pas oublier non plus que cela reste quand même une infime minorité qui agit de cette manière là. Mais c'est cette minorité qui est mise en avant... L'environnement reste aussi un élément déterminant dans le processus d'évolution de tout un chacun: l'instinct de survie sera toujours plus fort que tout. Si on n'a pas à manger, on trouve le moyen de manger, d'une façon ou d'une autre. Du coup avec toute la pression psychologique qu'exerce la pub sur les gens, ça conduit ces jeunes à vouloir être dans la «norme», et ils en arrivent à faire des conneries.

Raphy | 21.10.2008 - 12h18
Je ne vous connais pas Rost, mais je suis aller faire un tour sur votre site des banlieues actives et je tombe sur le soutien de Monsie
ur R, n'est pas ce type même qui avait fait un clip représentant deux femmes nues se masturbant sur le drapeau français?
Je ne vois pas où il y a le soutien de Monsieur R sur notre site. C'est quelqu'un que j'aime bien, humainement, et qui malgré tout a mené des combats politiques à travers sa musique, ce qui est rare aujourd'hui dans le rap. Il a donc tout mon respect. On ne peut pas cautionner forcément tout ce que font les gens, mais je ne pense pas que ça soit au fond quelque chose qu'il ait fait pour dévaloriser la femme ou la nation. Après je ne connais pas ce morceau, donc j ne peux pas m'exprimer dessus, mais c'est quelqu'un qui a une carrière de militant et je le respecte pour ça.


porcus1 | 21.10.2008 - 12h25
Pensez-vous que l’on peut s’intégrer à la société française lorsque l’on vie à 15 dans un 4 pièces, et que l’on à un papa et 3 mamans analphabètes qui ne savent pas aligner 3 mots de français alors qu’elles vivent en France depuis 20 ans?

Mon père n'a ni trois femmes ni 15 enfants dans un quatre pièces.

caro20secondes | 20.10.2008 - 17h44
Comment fait-on pour sortir un livre en étant rappeur? Est-ce un suce-pognon qui vous a abordé pour promouvoir une idée qui ferait 1) juguler les sadiques 2) de l'argent?

Déjà, avant de gagner de l'argent avec un bouquin, t'as intérêt à en vendre des tonnes!!! Moi j'avais envie de faire ce livre parce que je voulais expliquer aux gens externes aux quartiers comprennent un peu les réalités des habitants de ces quartiers, en cassant les préjugés et l'idée que les gens se font de nous à travers les reportages du genre "Droit de savoir".Ça c'est la première chose, mais il y a aussi tout un combat politique derrière ce bouquin. Ce n'est pas qu'une autobiographie. On a toujours eu des sociologues qui venaient de je ne sais où pour nous raconter, t nous nous ne nous exprimions pa
s pour nous. Ce sont toujours les autres qui parlent pour nous, nous devons prendre en mains notre destin, arrêter d'être dans l'attentisme. Personne ne peut mieux parler de ce que tu vis que toi-même. On a la chance d'être des artistes et d'être sur le devant de la scène, et on se doit de se servir de cette lumière pour apporter quelque chose de positif à nos petits frères, leur donner le courage pour qu'ils se disent que c'est possible, on peut se battre. tout le combat de ce bouquin c'est aussi ça.

stax | 20.10.2008 - 13h08
Comment expliquer que les jeunes de la communauté asiatique ne pose jamais de problèmes?
Déjà, est-ce que tu connais beaucoup de jeunes asiatiques qui se mélangent avec les autres? Ils vivent plus en vase clos, font les trucs entre eux, et sont aussi surtout moins nombreux que le reste des communautés... Moi, j'ai grandi à Belleville et j'avais des amis chinois qui faisaient plein de conneries! Il ne faut pas non plus oublier qu'on ne
s'attaque jamais aux chinois car leur puissance économique est énorme. Dès qu'il y a le moindre truc, les répercussions sont immédiates. On a vu ce qui s'est passé avec la question du Tibet avant les JO : tous les gouvernements ont courbé l'échine devant les chinois. C'est tellement plus facile de s'attaquer aux noirs et aux arabes...

fayss | 20.10.2008 - 13h08
Bonjour, la réelle question a ce poser aujourd'hui est de savoir s'ils ont sifflé la marseillaise ou LAAM, tout simplement. Ces jeunes ont une véritable envie de s'exprimer mais on ne leur donne pas vraiment l'occasion de le faire. Ces jeunes font en effet partie d'un groupe social distinct avec des habitudes et modes de consommation bien déterminés. J'aimerais savoir si leurs habitudes de consommation sont en rapport avec leurs besoins de s'exprimer; y a t il un réel rapport??

Ça c'est pas cool pour Laam. Mais c'est pas con...

La question est intéressante. Je pense qu'on vit dans une société de cons
ommation, et ces jeunes ont tout simplement aussi envie de vivre comme tout le monde. Ce qui est intéressant, c'est que beaucoup de gens se posent cette question. Quand je suis passé de l'enfant calme, sage à l'ado très violent qui faisait plein de conneries, c'est aussi parce qu'à l'école les gens se moquaient de moi parce que je n'avais pas les dernières baskets... Un moment, on ne peut plus vivre comme ça, pour arrêter ces moqueries. Tu commences alors les conneries, à voler.. Pour être dans la "norme". Dans mon interview hier dans 20 Minutes, je précise bien que mon livre est un véritable outil pour comprendre la psychologie de ces gamins, pour savoir ce qui le pousse à faire ceci ou cela. Pousser les gens à comprendre ce qui peut amener les jeunes à .... Il y a des circonstances atténuantes, ce qui n'excuse pas les actes. Mais il y a des explications. Le livre est intéressant pour permettre de sortir de l'ignorance, et rapprocher les gens des quartiers de ceux qui vivent de l'autre côté. Il y a beaucoup de gens qui veulent connaître et comprendre la vie dans les quartiers. C'est aussi ça qui m'a poussé à faire ce livre. C'est une discussion avec Corinne Lepage qui m'a amené à ça, elle voulait que j'organise des rencontres avec des gens des quartiers pour apprendre à les connaître. Là je me suis dit que c'était révélateur.

bparis | 21.10.2008 - 12h07
Rost: Ne penses tu pas que ces actes éloignent encore un peu plus le peuples français des jeunes de banlieues? On nous dit qu'il s'agit d'actes politiques, mais je pense qu'il s'agit surtout de conneries spontanées de la part de petits cons! Je condamne les fachos racistes qui votent pour le FN autant que je condamne les jeunes d'origine étrangère qui se foutent de la république française et de ses valeurs
!
D'une, qui te dit que ce sont des jeunes de banlieue? Encore une fois de plus, la même image: les fouteurs de merde viennent forcément de banlieue. Si ça se trouve ils viennent du 16e. On est en plein dans les préjugés, et c'est ça qu'il faut arrêter à casser. Je condamne autant ces comportements que ceux qui se sentent offusqués. Nous on fait un vrai travail pédagogique pour tenter de revaloriser l'image de cette jeunesse issue de l'immigration; mais quand il y a des problèmes, on parle de leur origine. Quand tout va bien, on parle de Français. Il y a un moment où tout doit être cohérent. Il y a un problème de fond: Noah quand il gagnait un match on disait "le Français", quand il perdait on disait «le Camerounais». Ça ne change pas, mais on se bat pour que cette image change. C'est pour ça qu'il faut aller lire mon livre... Qui n'est surtout pas un livre sur la banlieue, mais la réalité des quartiers populaires.

ladydenantes | 20.10.2008 - 12h53
Ne pensez vous pas, que c'est en fait, faire beaucoup de bruit pour pas grand-chose? ne croyez vous pas, qu'il faudrait remettre les choses dans leur contexte? Là, c'était sensé être une rencontre amicale entre deux pays amis! Mais le comportement dans les stades étant tout sauf cohérent, doit-on s'offusquer d'un comportement qui hélas est monnaie courante dans les stades! Là, c'est la marseillaise qu'on a sifflé, ailleurs c'est les chtimis qu'on a insulter, ailleurs c'est les marseillais! Enfin bref,les supporters sont devenus des provocateurs en tout genre! Ne valait il mieux pas, faire un procès de tous les comportements de tout les supporters, plutôt que de s'attaquer a un seul comportement qui n'était pas il me semble fait pour viser ce chant qui n'a pas sa place dans des rencontres sportives?
Ça c'est sûr! On en fait tout un truc pour rien du tout, mais c'est quand même révélateur d'un vrai malaise identitaire. Je dis souvent, le regard qu'on les gens sur ces jeunes fait qu'ils ne peuvent que se raccrocher à leurs pseudo-origines - la plupart n'ont jamais mis les pieds dans le pays d'origine de leurs parents.
Il est plus facile de s'attaquer aux gens des quartiers, puisque encore une fois ça sert des intérêts politiques. C'est le but de ce genre de choses. Est-ce qu'ils ont déjà évacué le Parc des Princes, alors que les supporters du PSG sont pour certains connus pour être des fachos finis? Ça, ça dérange moins car ils tapent sur des noirs et des arabes, don
c ça ne dérange pas grand monde.

sophie | 20.10.2008 - 12h49
Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi est-on tant scandalisé par une Marseillaise sifflée. Et les cris de singe visant les joueurs noirs? Et les saluts nazis? On n'annulerait pas un match pour ça, bien sûr que non?
Ça dérange moins les politiques, puisque la Marseillaise on en fait une affaire d'Etat parce que cela sert des intérêts politiques. Cela permet à certains politiques de dire "regarder on vous le dit tout le temps, ces jeunes sont des fouteurs de merde". Ça fait le jeu des extrémismes, du parti en place et des extrêmes.

Fran | 20.10.2008 - 11h59
Bonjour, Comment ces jeunes, qui sifflent la marseillaise, peuvent-ils s'imaginer gagner le respect dans l'irrespect ? Est-ce que être considérés comme des français à part entière (ce qu'ils sont pour la plupart quoiqu'ils en disent) est leur véritable objectif ou bien
est-ce simplement un prétexte au désordre?
Je ne pense pas que ce soit un prétexte, mais une réalité. Le sentiment de ne pas être considéré comme des Français est une réalité. Il suffit de voir - sans aucun misérabilisme ni victimisation - les discriminations dont ils font l'objet. Je ne cautionne pas du tout le fait de siffler La Marseillaise, c'est à eux aussi de faire l'effort dans ces situations de se montrer dignes. Il y a un vrai paradoxe : c'est exactement les mêmes qui soutiennent l'équipe de France quand elle joue contre d'autres nations... C'est la preuve que c'est une question de considération. Ils se rattachent aux origines de leurs parents.


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