VELO – Vous interviewez Gérard Dine, médecin hématologue qui traque les substances dopantes…
Le Tour de France en est déjà à sa troisième affaire de dopage et la première star vient de tomber en la personne de
l’intenable Ricco. Les trois coureurs ont triché en s’injectant de la CERA (Continuous Erythropietin Receptor Activator), une EPO retard de troisième génération récemment mise sur le marché. En gros le même produit que Richard Virenque lors de l’affaire Festina mais en plus évolué et en plus discret.
Vous l’aurez compris, avec les années, les affaires de dopage, déjà pas d’une grande clarté à la base, ne cessent de se complexifier car les tricheurs tentent de trouver des subterfuges à des contrôles de plus en plus sophistiqués.
En tant que médecin hématologue au CHU de Troyes,
Gérard Dine est un spécialiste du sang et donc aussi de tout ce qu’on y ajoute.
Qu’est-ce que l’EPO? Qu’est-ce que cela provoque sur le corps des sportifs? Que risquent-ils? Les sportifs sont-ils des mutants?
Il a répondu à vos interrogations.
Ses dernières réponses:
han shan | 18.07.2008 - 12h35
Dites-nous franchement votre avis: à quand remonte le dernier Tour de France sans vainqueur dopé?
C'est une question délicate. Le dernier vainqueur sans EPO, a existé sans doute avant 1990 puisque ce produit très efficace est arrivé à cette époque-là.
etiN | 18.07.2008 - 12h47
Pour moi qui souhaite travailler plus (il paraît que je peux gagner plus comme ça), je songeais au produit dopants. Y en a-t-il des légaux qui permettent d'être actif plus longtemps sans ressentir de fatigue physique?
Beaucoup de produits dopants de bureau existent pour la vie professionnelle. Il n'y a pas de contrôles au travail sauf l'alcool et les drogues. Toutefois, ces médicaments qui stimulent l'organisme ne sont jamais anodins à long terme.
loshovan | 18.07.2008 - 14h59
Certains produits dopants peuvent-ils être consommés comme des drogues psychotropes? En gros, peut-on prendre de l'EPO pour planer ou se mettre un coup de speed.
Aucun intérêt, l'EPO ne va avoir une action qu'au niveau énergétique. Si on veut planer, il existe des produits dopants qui ressemblent aux drogues planantes. Par exemple le pot belge révisé polonais des années 2002-2003. Pris à 30 minutes de la fin d'une course, ça boostait le coureur mais il fallait qu'il arrive à tenir sur la route. C'est un cocktail très dangereux d'amphétamines, de caféines à doses massives, d'héroïne et de cocaïne. C'était le seul produit utilisé par les sportifs mais aussi par l'encadrement pour faire la fête. C'est ce qui a tué Pantani.
jefff | 18.07.2008 - 14h37
Depuis combien de temps le dopage existe-t-il? Quelles ont été les grandes évolutions médicales/pharmaceutiques concernant le dopage? Le dopage génétique existe-t-il à l'heure actuelle ? Merci de vos réponses, c'est très intéressant d'avoir l'avis d'un spécialiste...
Il existe 4 grandes étapes à l'évolution du dopage: le dopage chimique (amphétamines pour stimuler l'organisme), le dopage biochimique (les hormones comme les stéroïdes et les corticoïdes pour augmenter la puissance et l'énergie), la biotechnologie, un dopage en cours actuellement (EPO, hormones de croissance c'est un dopage ciblé, à la carte...) et à venir malheureusement le dopage génétique (modification de la structure génétique de l'homme en vue d'augmenter les performance de certaines parties du corps... En ce qui concerne le dopage génétique, des modèles animaux existent dans les labo de recherche. A titre personnel, je ne sais pas si cela a été testé sur l'homme. En tout cas si quelqu'un l'a fait, il ne s'en vante pas...
Genzo_ | 18.07.2008 - 12h51
Pourquoi prendre ce risque alors qu'en cas de scandale, ils seront décriés?
La prise de risque est reliée au bénéfice attendu en terme de médiatisation et d'argent. Cela dépend également de l'encadrement et du cycliste lui-même.
Skoa | 18.07.2008 - 13h04
Donc voilà ma question: Ricco on le sait maintenant à utilise une EPO de 3° génération qui permet des injections moins fréquentes (tous les mois d'après ce que j'ai lu). Je voulais donc savoir de combien le taux d'hématocrite augmente il environ lors de la prise de cet EPO et aussi comment ce taux évolue t-il sur la durée, c'est à dire si il baisse avec le temps ou alors de stabilise t-il. Mon autre question est est-ce que l'on ne peut détecter cet EPO que lorsque quelques heures après sa prise ou bien durant une période plus importante.
Tout dépend du taux d'hématocrite de départ mais on peut gagner 3 à 4 points en utilisant de l'EPO. Le plus important n'est pas forcément de gagner mais de stabiliser ce taux pendant la durée de l'épreuve. L'EPO permet cette stabilisation. En effet dans une épreuve comme le Tour, le taux d'hématocrite baisse de manière inexorable et donc la performance aussi. Quant à sa détection, tout dépend du type d'EPO. Certaines sont indétectables dans les urines, d'autres le seront pendant 2 à 3 jours seulement. Les EPO retard comme celle de Ricco sont détectables pendant 5 à 8 jours.
electricworm | 18.07.2008 - 13h17
Bonjour, Ne pourrait-on pas en finir une bonne fois pour toute avec le dopage en arrêtant définitivement cette course?
La question de stopper le Tour de France a déjà été posée. Pour l'instant, cela n'a jamais été le cas, probablement en raison des intérêts financiers et politiques. Le Tour est une image de la France.
cogitons | 18.07.2008 - 13h20
Pourquoi fait-on semblant de s'offusquer? Tous les sportifs de haut niveau se dopent depuis longtemps pour obtenir des performances toujours plus élevées!
Le dopage existe dans le sport de compétition moderne depuis que le haut niveau existe. Le problème est que les produits d'aujourd'hui sont très efficaces et qu'ils bouleversent les classements.
phil750 | 18.07.2008 - 14h20
pourquoi Ricco est positif après le contre la monte ou il est mal classé et négatif quand il gagne? a-t-il pris l'epo2ème génération trop tard avant le tour de france?
Comme Ricco a utilisé une EPO retard, l'effet recherché visait à couvrir au moins les 15 premiers jours du Tour, c'est-à-dire les Pyrénées et les Alpes. On peut penser que si l'injection d'EPO avait été faite trois jours avant, il aurait été négatif à Cholet. Ils se sont trompés dans leur calcul. On peut donc imaginer que d'autres ne se sont pas trompés et passent à travers les mailles du filet.
chouket | 18.07.2008 - 13h24
Est ce que ce n'est pas la sur-médiatisation du tour de France qui pousse les coureurs et les sponsors à utiliser de produits dopants pour toujours offrir au public des performances plus impressionnantes?
Évidemment, il y a une relation entre l'enjeu médiatique et financier et l'exigence physique pour la performance qui pousse les sportifs à chercher la limite. Le dopage apporte une réponse partielle et efficace à cette envie.
chok | 18.07.2008 - 14h14
On parle beaucoup de dopages dans le cyclisme mais peu dans les autres sports. Est-ce parce que les autres sports sont plus «clean» ou simplement les contrôles moins importants?
Malheureusement, certains autres sports ne sont pas plus «cleans». Si le cyclisme est régulièrement cité dans le dopage, c'est parce qu'il le combat plus.
seneque2 | 18.07.2008 - 07h59
Les dangereux doping font risquer la vie pas seulement chez les sportifs pro ou non professionnels et en plus un simple quidam...On m'assure que le "Le GURONSAN" médicament à base de caféine et de vitamine C est dangereux pour ma santé d'après ma famille bien que la pharmacie dise le contraire! Comment dois-je faire?
Le Guronsan contient effectivement des principes actifs dont l'agressivité est dépendante de la dose, comme pour tout médicament. Utilisez le Gurosan à la dose indiqué n'est pas dangereux, même si les sportifs n'ont pas le droit de l'utiliser en compétition. En prendre 15 comprimés d'un coup peut être très négatif (insomnie, tachycardie, malaise...)
petrus | 17.07.2008 - 23h51
J'ai vu que le suivi longitudinal permettait, en réalisant plusieurs contrôles sur un sportif au cours d'une année, de détecter des anomalies biologiques . Pouvez vous préciser ce qu'est une anomalie biologique et en quoi le suivi peut être efficace pour la lutte anti-dopage?
Les être humains présentent des caractères biologiques globalement stables. Exemple: le taux de sucre ou le nombre de globules rouges. Dans le cadre du suivi, beaucoup deparamètres biologiques peuvent être surveillés tout au long de la saison. Si jamais une anomalie biologique importante apparaît, il y a plusieurs solutions: soit le sportif est malade, soit le sportif ne tolère pas son entraînement, ou alors il existe une stimulation extérieure anormale comme la prise d'EPO.
Latrel | 17.07.2008 - 23h14
Pourquoi ne pas dédramatiser et autoriser certains médicaments et donner une nouvelle aire au sport? On veut du spectacle, je pense que le dopage fait partie de la stratégie du coureur.
C'est une très bonne question. C'est un vrai débat de société. Le problème est de situer la frontière. En effet, en utilisant des produits comme l'EPO ou les hormones de croissance, même chez des adultes sains qui font du sport et qui ne sont pas malades, il y a toujours un risque médical qui doit être prise en compte. Aujourd'hui, personne ne sait ce que cela peut donner en terme d'effets secondaires.
leik42 | 17.07.2008 - 23h06
Quels sont les risques sur le corps des sportifs? Certaines morts soudaines (arrêt cardiaque) de sportifs sur les terrains peuvent trouver une explication par les prises de produits dopants? Je pense en particulier aux footballeurs dont le coeur a lâché en cours de match. Merci beaucoup
Oui. Cette opportunité existe malheureusement. Plusieurs produits dopants peuvent entraîner des morts subites. En particulier les corticoïdes, les amphétamines, l'EPO et les hormones de croissance. En dehors du coeur, l'EPO peut entraîner des accidents vasculaires, les amphétamines des troubles neurologiques et de comportement (des crises de rage, de colère), les corticoïdes des problèmes hormonaux...
336f74 | 17.07.2008 - 20h29
Pourquoi ne sont pas pas interdits des grandes courses tous les cyclistes qui ont recours à des médicaments pour soigner une pathologie connue?
En fait c'est un problème de réglementation. Certains médicaments qui sont nécessaires pour des traitements sont autorisés à partir du moment où il y a une déclaration d'utilisation thérapeutique. Certains autres comme l'EPO sont totalement interdits. Et ce quel que soit le problème.
Le chat est fini...