VOUS INTERVIEWEZ - Elsa Fayner a observé de l'intérieur le monde du travail précaire et répond à vos questions le jeudi 14 février...
Elsa Fayner a observé de l'intérieur le monde du travail précaire, elle a vécu au jour le jour la recherche d'emplois et en a fait un livre («Et pourtant je me suis levée tôt…», Editions du Panama). Elle a répondu à vos questions:
Ses dernières réponses:
Gilles 75013 | 14.02.2008 - 16h00
Vous avez dit "elle sortait de mission de télévente et ne voulait plus entendre parler de ce métier, qui lui était devenu insupportable. Mais la conseillère lui proposait des offres dans la télévente sans arrêt par la suite puisque c'était le seul domaine dans lequel elle avait des compétences. Elle a donc repris une mission de télévendeuse, et aujourd'hui, à nouveau, elle n'en peut plus." Alors que dire à ceux qui pensent qu'on doit radier des assedics ceux qui refusent un emploi qui est dans leur domaine de compétence?
Cela paraît effectivement tout aussi inadapté. Comme je le disais précédemment, les personnes croisées qui souhaitaient se reconvertir n'avaient pas des objectifs inaccessibles, il suffirait de trouver la formation adéquate.
La personne dont je parlais pour la télévente est aujourd'hui en arrêt maladie, parce qu'elle ne peut plus décrocher un téléphone et se lancer dans une joute verbale avec un quelconque "prospect" pour lui vendre un forfait téléphonique. Le rejet est devenu physique. Une autre femme, à l'hôtel, a fini par démission, sans chercher à négocier quoi que ce soit, parce qu'elle avait atteint son seuil de tolérance, et entrait en dépression. Dans les deux cas, elles avaient absolument besoin de leur salaire, mais la pénibilité du travail avait fini par l'emporter...
casual13 | 14.02.2008 - 15h57
D'apres vous, le travail precaire est-il une consequence des difficultes qu'ont les entreprises ( surtout les PME) a licencier? La protection des salaries s'est-elle retournee contre ces derniers? Bon, et bonne St Valentin quand même!
C'est difficile à évaluer avec une expérience de terrain. Dans certaines entreprises croisées, l'emploi se fait en contrats courts par exemple parce qu'il s'agit de garder les employés le temps d'une campagne de télévente d'un nouveau produit, puis de les "remercier". Ca n'a rien à voir avec les difficultés à licencier, c'est la nature de ces métiers qui invite au travail précaire. De même pour le temps partiel: certains métiers, comme femme de chambre, et caissière maintenant, existent essentiellement à temps partiel, et ne passent jamais à temps plein.
La situation est plutôt la suivante: dans un contexte de chômage de masse, l'employeur peut remplacer qui il veut, embaucher au plus bas salaire, signer des contrats précaires, ne pas augmenter les salariés, ne pas leur fournir des conditions de travail décentes. Ce n'est évidemment pas le cas partout, mais si rien n'est fait pour les inciter à améliorer la situation, celle-ci ne changera pas d'elle-même.
hassédick | 14.02.2008 - 09h55
Bonjour, forte de votre expérience, pourriez-vous svp nous expliquer à quoi sert donc l'ANPE ? mis à part pour s'inscrire afin de percevoir ses indémnités en cas de chômage (ANPE/ASSEDIC) ... personnellement à la vue des performances de l'ANPE pour faire correspondre une ressource à un poste adéquat, je n'ai jamais eu confiance en ce système ! et vous ? Comment percevez-vous cet établissement/service public ? (archaïque à mon goût)
Comme je le disais précédemment, je n'ai pas assez fréquenté les ANPE pour pouvoir répondre. En discutant avec les personnes croisées, j'ai plutôt en effet entendu raconter des situations d'incompréhension réciproque. Par ailleurs, en consultant les offres dans le secteur du nettoyage et de la restauration, j'ai trouvé de nombreux emplois en CDD, en intérim, et surtout à temps partiel, voire très partiel. Mais c'est en répondant aux annonces de l'ANPE que j'ai trouvé 2 des 3 emplois exercés durant cette enquête. Le permier était un CDD de 20h/semaine pour 2 mois en restauration dans la grande distribution, le deuxième était un poste d'employée d'étage dans un hôtel, pour 39h/semaine, en CDI: les conditions de travail étaient tellement pénibles qu'il s'agissait de garder en place les employés ayant commencé.
ShadowsOfDoubt | 14.02.2008 - 15h45
Pourquoi l'enseignement en alternance n'est il pas privilégié. De nombreux employeurs demandent des diplômes ET de l'expérience. Toutes les conditions sont donc réunion avec un cursus en alternance.
D'après ce que j'ai pu constaté, les employeurs demandent en effet diplômes pointus, spécialisés, et expérience dans le domaine. L'alternance paraît une bonne solution. Mais, dans certaines entreprises, elle permet surtout de faire travailler des jeunes motivés en les payant moins que le Smic, en contrat aidé. Il faut vraiment que la formation soit de qualité, et ne servent pas, là encore, de pretexte.
hassédick | 14.02.2008 - 15h48
Vous dites "La durée moyenne en poste a augmenté en France ces dernières années" de combien est-elle svp ? je suis interressé là. merci
Elle est d'un peu plus de 11 ans aujourd'hui et elle était de 8,5 il y a quelques années. Vous trouverez des informations très intéressantes à ce sujet dans un livre de Christophe Ramaux: Eloge de la stabilité (Ed. Mille et une nuits).
electionslegislatives | 14.02.2008 - 06h19
Plus on s'enracine dans le travail précaire moins il y a de chances d'en sortir. Pour sortir du travail précaire il faut éviter les fournisseurs de travail précaire, vrai ou pas?
C'est effectivement un cercle vicieux. Le problème, c'est de pouvoir se former, acquérir et faire reconnaître des qualifications, en début de carrière, ou en formation continue. Or les formations de qualité sont avant tout destinées aux plus diplômés, que les entreprises souhaitent conserver... Les personnes que j'ai rencontrées durant mon enquête souhaitant souvent se reconvertir, changer de secteur. Une femme de chambre voulait faire du nettoyage en hôpital par exemple car le métier lui paraissait avoir plus de sens, une femme de ménage voulait s'occupait d'enfants comme elle l'avait fait en début de carrière, mais elles ne savaient pas où ni comment entamer une formation tout en étant rémunérées.
La formation qui nous a été dispensée par exemple pour la télévente était courte et ne permet pas vraiment d'acquérir de véritables compétences à négocier ensuite sur le marché du travail. Certaines formations pour les moins diplômés sont un peu des formations-prétexte.
Infonaute | 14.02.2008 - 11h48 Aujourd'hui agé de 29 ans et un diplome de Maitrise en Management Qualité en poche, j'ai moi aussi pas mal galérer entre les missions intérimaires, CDD, et autres emplois précaires. Même si elles présentent beaucoup d'inconvénients, les missions intérims sont un bon moyen pour trouver du travail rapidement, se forger un bon CV et être assez bien rémunéré. Je suis actuellement en CDD au Siège Social d'un grand groupe. J'ai fais de mon mieux pour me faire embaucher en CDI, mais la politique RH actuelle en a voulu autrement. Ce que j'ai pu constaté ici plus qu'ailleurs, c'est le fossé entre les différences de statut et de poste: Intérimaire/Stagiaire/CDD/CDI - ETAM/Cadres/Cadres Sup. Personne ne se mélange vraiment, les anciens ont peurs des petits nouveaux qui se font alors saboter leurs travaux, certains Chefs en CDI paraissent être au Club Med... Tant de choses dont je suis témoin ou qu'on me raconte quotidiennement me laissent perplexes : que faut-il faire pour réussir? Ya t-il que le piston qui marche aujourd'hui? Les jeunes diplomés sont-ils condamnés à enchainer intérims, CDD?
L'intérim permet en effet de trouver du travail rapidement, mais bien souvent pour des missions très courtes et qui ne débouchent sur rien (inventaires, campagne de vente d'un produit, saisons, etc.). Il mène à un emploi plus stable et mieux rémunéré à condition d'être diplômé, et qualifié, ce qui est vôtre cas.
Ensuite, j'ai également constaté cette différence de traitement entre les statuts, qui m'a paru parfois contre-productive dans le travail: on demande aux CDD de s'investir, en même temps ils sont de passage, ce sont les "jokers", ils ne sont pas intégrés vraiment aux équipes, on s'en méfie... Comment des entreprises qui misent sur le travail d'équipe, la qualité, l'investissement personnel peuvent-elles fonctionner avec un personnel qui tourne sans cesse? C'est coûteux pourtant en recrutement, formation, adaptation au poste... Et ce sont ces travailleurs dans l'instabilité qui cumulent effectivement les inconvénients, ne bénéficiant pas des avantages associés au CDI (notamment des formations), subissant l'incertitude de leur emploi, étant effectivement plus exposé au risque du chômage. De l'autre côté, les employés en CDI s'accrochent à leur poste, même si celui-ci ne leur plait plus, de peur de ne pas retrouver ailleurs. La durée moyenne en poste a augmenté en France ces dernières années.
jo67 | 14.02.2008 - 14h20
Voila avec un pote on a comparez les salaires moi qui touché les assedics environ 900 et lui 1200 en bossant, seul soucis était que lui avez un deplacement et des notes d'essences de environs 300 euros par moi donc lui se faisait "chié" a se levé le matin de bonne heure, a bosser comme un fou. alors qu e moi qui suis resté a la maison gagné autant que lui pour rien. L'anpe doit "normalement" avoir un suivi des personnes inscrites, le service n'est pas au point a ce niveau et au niveau des demandes des chomeurs... est-ce qu'il nous ecoutent vraiment ces conseillers?
J'ai constaté également ce paradoxe selon lequel les personnes qui travaillent pour un Smic, parfois même à temps partiel, tout en payant les trajets, les repas hors du domicile, les frais annexes, finissent par gagner très peu, bien moins que le "salaire minimum" présenté comme un plancher, mais qui est plutôt devenu un plafond dans certains emplois. Certaines entreprises participent à ces frais, mais ce n'est pas le cas partout. Et les motivations complémentaires restent peu nombreuses. Dans la télévente, nous gagnions de petites primes mais également des tickets à gratter ou des pots de confiture en cas de bons résultats. J'ai également travaillé dans un hôtel. Là, aucune incitation à se dépasser, ce n'était pas nécessaire: les salariés, en CDI, à temps complet, se démenaient au maximum pour bien faire leur travail, et conserver leur poste. Quitte à rester plus tard le soir sans compensation, quitte à sauter les pauses, et à y laisser la santé.
ShadowsOfDoubt | 14.02.2008 - 14h58
Existe-t-il un indicateur de suivi des performances du personnel ANPE. Y'a t'il un réel moyen de mesurer le taux de placement d'un conseillé? et donc de l'efficacité du personnel ANPE. Car a lire l'ensemble des commentaires... l'ANPE semble très inefficace, même avec des diplômés...
Je n'ai malheureusement pas suffisamment fréquenté les agences ANPE ni echangé sur la question pour pouvoir vous répondre.
Parmi les jeunes femmes rencontrées, l'une se plaignait d'un autre problème: elle sortait de mission de télévente et ne voulait plus entendre parler de ce métier, qui lui était devenu insupportable. Mais la conseillère lui proposait des offres dans la télévente sans arrêt par la suite puisque c'était le seul domaine dans lequel elle avait des compétences. Elle a donc repris une mission de télévendeuse, et aujourd'hui, à nouveau, elle n'en peut plus.
Prof94 | 13.02.2008 - 20h30
Comment s'en sortir ? Avoir des amis influents et habiter la banlieue : Neuilly, pas Bobigny.
D'après les études sur la question, parmi les canaux qui permettent de décrocher un emploi figure en bonne place le réseau amical et professionnel. En tête également, les candidatures spontanées. Les petites annonces, les agences pour l'emploi, les agences d'intérim viennent après.
Posséder un diplôme permet par ailleurs de décrocher plus facilement un emploi stable et surtout d'évoluer par la suite, sortir de l'intérim par exemple.
blackjack | 13.02.2008 - 18h17
D'après votre expérience, "bien travailler à l'école" (et donc finir avec un diplôme, ça suffit pour avoir un travail stable et suffisament payé?
D'après les discussions que j'ai pu avoir avec les personnes rencontrées, et d'après les lectures théoriques que j'ai pu faire par la suite, posséder un diplôme est devenu une condition nécéssaire mais non suffisante pour obtenir un emploi et évoluer par la suite. Parmi les 10 personnes avec lesquelles j'ai débuté dans la télévente par exemple, la seule à avoir obtenu un CDI actuellement avait un bac+2.
charlot | 07.02.2008 - 12h51
Le CV que vous avez utilisé, il disait quoi? Pensez-vous que ça aurait été encore plus dure avec un nom d'origine étrangère?
Bonjour,
j'avais tronqué mon véritable CV, en laissant mon bac et ma licence de philo, en enlevant le parcours journalistique. J'avais également mentionné mes expériences de vendeuse et de serveuse, que j'avais allongées et rapprochées dans le temps. En réalité, elles m'ont été de peu d'utilité.
Quant au nom, il est difficile de savoir ce qu'il se serait passé si je l'avais changé. Cela dit, mon nom est d'origine étrangère aussi. Et, dans le premier emploi par exemple, celui de télévendeuse, j'ai été recrutée avec 6 jeunes femmes d'origine maghrébine. L'une d'entre elles cherchait du travail depuis 1,5 an. Une autre constatait qu'il était plus difficile de trouver avec un nom magrhébin.
De manière générale, les employées -dans la télévente, et parfois dans la vente en boutique- sont "renommées", on leur donne un prénom très français pour répondre aux clients.
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