Vous interviewez le nouveau président de l'Unef

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Publié le 12 décembre 2007.

VOS QUESTIONS - Le successeur de Bruno Julliard, Jean-Baptiste Prévost, répond...

Bruno Julliard, l’emblématique leader étudiant, a quitté la présidence de l’Unef ce week-end pour les listes municipales parisiennes de Bertrand Delanoë. Son successeur, Jean-Baptiste Prévost répond à vos questions sur les mouvements étudiants passés, en cours et à venir, sur la politique du gouvernement actuel et sur les liens entre la gauche et les syndicats étudiants. Il a répondu en direct...

Aristote80 | - 12.12.2007 - 07h28
Je voudrais savoir si, comme vos deux prédécesseurs, vous êtes déjà inscrit
au PS (sous votre vrai nom ou sous un nom de couverture), ou si vous comptez
y faire une carrière politique seulement après avoir quitté vos fonctions.
J'ai été un éphémère adhérent du MJS dans mes jeunes années, mais j'ai volontairement fais le choix d'un engagement syndical que je trouve plus concret et en phase avec la réalité sociale des jeunes et des étudiants. Par ailleurs, je ne penses pas que cette question aient une quelconque importance quant à l'indépendance de l'UNEF. L'indépendance, la vrai, c'est la garanti que les décisions de l'UNEF appartiennent à ses adhérents. Je remarque qu'on ne pose d'ailleurs jamais cette question à d'autres leaders
syndicaux...

sjacquot | - 12.12.2007 - 12h38
Pourquoi avez vous bloqué l'accés des universités aux étudiants non solidaires de votre mouvement? Est-cela votre conception de la démocratie?
Pourquoi vous opposez-vous toujours à toute tentative de réforme? Pourquoi cette réforme, qui fait ses preuves dans d'autres pays serait, selon vous un échec pour la France? Nous sommes si nuls que ça?
L'UNEF ne soutenait pas le blocage comme une fin en soi. Et nous avons d'ailleurs su prendre nos distances avec certaines des actions les plus radicales (blocage des gares, blocages minoritaires) et appeler à suspendre ces blocages une fois les attentes des étudiants entendues. Quant à la réforme, elle cause plus de problèmes qu'elle n'apporte de solutions. Et ce n'est pas en changeant la taille des conseils d'administration que l'on va s'attaquer aux vrais enjeux de l'enseignement supérieur: la réussite des étudiants, l'insertion professionnelle, l'aide sociale aux étudiants, l'encadrement. Il ne s'agit en aucun cas d'une
réforme ambitieuse. Par contre, sur bien des points, elle est dangereuse pour l'avenir du service public et c'est sur ces principaux dangers que nous avons obtenus des garde fous.

mon_pseudo | - 11.12.2007 - 17h04
Pensez-vous que les manifestations étudiantes ont fait fléchir le gouvernement ?
Je pense que nous avons obtenu des garantis et des garde-fous importants pour lutter contre les conséquence de la loi pécresse. Les étudiants craignaient à juste titre un désengagement de l’Etat et la privatisation, ils ont obtenus un accord écrit du premier ministre garantissant une augmentation de 15 milliard sur 5 ans du budget des universités. Je pense que c’est le meilleur rempart contre les risques de privatisation. Les étudiant avaient peur des inégalités entre universités et étudiants, ils ont obtenus la mise en place d’un cadrage national des diplômes et des règles d’examens, garantissant un égalité disparue depuis plusieurs années. Les étudiants et lycéens craignaient la sélection à l’entrée de l’université, ils ont obtenu un texte règlementaire garantissant l’inscription libre en première année, et pouvant servir de base à de futurs recours juridiques si certaines fac sélectionnaient. En outre, nous avons réussi à obtenir 7% d’augmentation des bourses dès le 1er janvier 2008, ainsi que la mise en place d’un plan pluriannuel pour la réussite en Licence. Tout cela, ca n’est pas rien. Cela mérite encore notre vigilance, afin que les annonces soient suivi d’effet. Il faut également que les moyens servent aux bonnes priorités, notamment le recrutement d’enseignants et de personnels afin d’améliorer l’encadrement. Enfin, il reste des problèmes (démocratie universitaire, risques de précarisation des personnels) sur lesquels nous nous battrons aux cotés des personnels dans les universités.

Danvador | - 11.12.2007 - 16h49
Vous êtes les héritiers de l'ex Unef-ID (Indépendante et démocratique) et à ce titre avez-vous la même conception hégémonique qu'elle?

L’UNEF doit être la maison commune de tous les étudiants qui souhaitent construire un syndicat de transformation sociale, de masse et indépendant. C’est la raison pour laquelle nous adressons à tous les étudiants, ainsi qu’aux autres organisations étudiantes, un appel à l’unité. La division du mouvement étudiant affaiblit les étudiants et leur rapport de force, et nous ne pouvons pas nous le permettre. A chacun de prendre ses responsabilités. L’UNEF prendra les siennes pour cela.

Pink le retour | - 11.12.2007 - 13h41
Bonjour, ma question va être très simple : votre ancien président ne souhaitait pas que votre syndicat soit politisé, mais il suffit de faire une petite recherche sur wikipédia sur Julliard pour tomber déjà un : sur son parcours politique, et de deux, de voir actuellement ou se trouve cet ancien président actuellement....alors votre syndicat sera politisé oui ou non?
deuxièmement, ne croyez vous pas qu'il faut aussi aller de l'avant?
apparemment la loi Pécresse à même été soutenue par un personnage clé de l'opposition : Mme Royal. Ne croyez vous pas que ces "mouvements" sont complètement ridicule? bien sur vous allez me dire : il faut être en fac pour comprendre, mais parfois l'objectivité c'est d'être aussi à l'extérieur. Mais je vous souhaite bonne continuation pour votre nouvelle fonction.
Bonjour. L’indépendance de l’UNEF vis-à-vis des partis politiques n’a rien à voir avec les choix individuels de ses dirigeants. L’UN
EF ne sera pas « politisée » au sens où vous l’entendez si l’on garantit que ses orientations soient décidées en son sein, par ses adhérents, en fonction d’une seule boussole : les intérêts étudiants. C’est aujourd’hui le cas et cela le restera, peu importe ce que décident les anciens dirigeants du syndicat. L’UNEF a démontré dans la période récente qu’elle pouvait aussi bien dénoncer certains choix politiques du gouvernement, que certaines propositions de la principale candidate de la gauche à la présidentielle –je pense à l’éphémère «contrat première chance». Je remarque enfin que l’on ne pose jamais ce genre de questions aux syndicats professionnels: les jeunes sont toujours suspectés d’être instrumentalisés par principe… Attention au paternalisme.
Sur le reste, je pense effectivement que l’université française a besoin de changements, de réformes. Le statut quo n’est ni possible, ni souhaitable. Il faut améliorer la réussite en premier cycle, sortir les étudiants de la précarité qu’ils connaissent (le pouvoir d’achat et le logement en particulier seront des questions centrales), améliorer l’insertion professionnelle, rapprocher les universités des grandes écoles, etc… Les moyens obtenus par la mobilisation doivent permettre de vrais changements, en particulier en permettant l’embauche d’enseignants et de personnels, car l’encadrement est déficient à l’université (en comparaison des classes prépas par exemple).

lapurge | - 11.12.2007 - 13h51
Question vraiment très courte: Votre rôle, c'est quoi au juste?

Le président de l’UNEF doit organiser une équipe, impulser certaines dynamiques, se faire le porte-parole de l’UNEF, assurer sa représentation. C’est tout sauf une fin en soi ou un exercice solitaire : il y a un équipe large autour de moi, dont un bureau national de 33 personnes avec lesquels je travaille au quotidien. Et au final, ce qui compte, c’est le résultat des actions que l’on mène.

novembre | - 12.12.2007 - 11h57
En quoi le blocage des facs et une solution ? Pensez vous sérieusement que celà ennuie le gouvernement que de gener quelque chose qu'il ne font pas ?
Concernant l'affiche, l'idée est elle de vous ? Sur le texte concernant le paquet fiscal pas de problème c'est un message percutant. Mais sur la photo, franchement, ne trouvez vous pas que ça sonne ado rebelle de 16 ans?

Bonjour. L’UNEF n’a pas de religion arrêtée sur les modalités d’actions d’un mouvement étudiant. Le blocage en tous cas n’est jamais une fin en soi. L’objectif d’un mouvement étudiant, c’est de gagner quelque chose. Le moyen, c’est de rassembler la majorité des étudiants, et d’être compris et soutenu par l’opinion. L’UNEF a ainsi dénoncée le blocage des gares, contreproductif pour le mouvement et qui risquait de radicaliser les étudiants et l’opinion publique contre la mobilisation. Idem pour les blocages minoritaires. Ce qui doit primer, c’est que les modalités d’actions soient décidées par le plus grand nombre, et soient représentatives de l’avis des étudiants (assemblée générale massive, vote à bulletin secret…). Mais je remarque que le gouvernement a souhaité faire tourner le débat uniquement sur cette question du blocage, évitant ainsi de parler des problèmes de fond. Enfin, il ne faut jamais oublier que la vraie situation de blocage, c’est l’absence de discussion qui conduit à la confrontation, comme ce fut le cas depuis la rentrée avec V. Pécresse. Enfin, rien ne peut justifier la répression dont sont aujourd’hui victimes les étudiants sur les campus, surs lesquels les forces de l’ordre font un usage de la force disproportionné. L’UNEF condamne avec force cette répression.
Quant à l’affiche, désole si elle choque. L’UNEF revendique le droit à une communication qui marque les esprits, demande à ce que la liberté de ton et de parole avec laquelle Sarkozy s’est jusqu’à présent illustré lui soit également garanti ! Force est de constater qu’elle nous a permis de toucher largement les étudiants, et surtout de faire parler des problèmes de fond poser par les choix injustes du gouvernement. Le jeu en valait la chandelle !!

panchito | - 11.12.2007 - 13h31
Bonjour, pourquoi avoir appelé à la grève par rapport à la réforme sur l'autonomie des universités au mois de novembre alors que vous l'aviez approuvé au mois de juillet? Pour faire du populisme de bas étage?
L’UNEF n’a jamais approuvé la réforme au mois de juillet. Nous avons d’ailleurs voté contre dans toutes les instances universitaires nationales (CNESER). L’UNEF a fait le choix, responsable je crois, de participer à des concertations pour sortir de la loi les éléments les plus dangereux: sélection en 1ere année, augmentation des frais d’inscription, sélection en master, autonomie à la carte. Mais nous avions dit que la loi restait mauvaise et dangereuse, et que couplée à un contexte budgétaire difficile, cela créerait un cocktail explosif. Le gouvernement avait alors promit des moyens supplémentaires. Il n’a pas respecté sa promesse avec son budget voté en novembre. Voila pourquoi nous en sommes arrivé là. Entre cet été et la rentrée, ce n’est pas l’UNEF qui a changé de position, c’est le gouvernement qui n’a pas tenu ses promesses budgétaire…


lapurge | - 11.12.2007 - 13h40
Bonjour. Je regarde la photo de vous, et le dessin de Sarkozy derrière vous, brandissant un doigt d'honneur. Pensez-vous franchement qu'en affichant de tels messages, vous ne risquez pas de rassembler une minorité d'abrutis?
Non, je ne pense pas. Au vu de son succès auprès des étudiants qui venaient dans nos locaux réclamer cette affiche, nous en avons d’ailleurs réimprimé, ainsi que des autocollants. Et puis, n’est-ce pas Nicolas Sarkozy qui avait déclaré en 2006 « Je préfère un excès de caricature à un excès de censure » ?
Derrière un visuel choc, il y a surtout un message : les choix politique du gouvernement favorisent les privilégiés au détriment de dépenses d’avenir, comme l’éducation et l’université. C’est plus sérieux qu’il n’y parait !

leila | - 10.12.2007 - 22h34
Est-ce que le comportement de l'Unef changera avec le changement de président? Quelle sera sa ligne de conduite en politique pendant le mandat, donc les réformes que va mettre en place Sarkozy? Se bornera-t-elle à défendre les étudiants dans les facs ou étendra-t-elle son avis sur d'autres questions de société?

Bonjour. Je partage avec Bruno une même vision du syndicalisme. Le syndicalisme n’a de sens que s’il permet d’obtenir des avancées pour ceux qu’il défend. Dans le contexte actuel, l’UNEF doit être à l’offensive et entretenir un rapport de force dans la perspective assumée d’obtenir un maximum de droits et d’avancées pour les étudiants. L’UNEF doit marcher sur ses deux jambes, le rapport de force, sans lequel il ne peut y avoir de négociation victorieuse, et la recherche permanente de débouchés, pour que chaque mobilisation soit utile. Un pas en avant vaut toujours mieux que mille programmes sans lendemain.
Ensuite, je pense qu’au vu du contexte, l’UNEF devra plus que jamais se faire la porte parole de toute une génération, et aller au-delà de sa dimension syndicale la plus stricte. Notre rôle ne sera jamais celui d’une opposition politique –qui fait pourtant aujourd’hui cruellement défaut-, mais nous devront exprimés avec force les attentes, les besoins et les préoccupation de toute la jeunesse. Bref, être un véritable syndicat de transformation sociale/


Antoine | - 11.12.2007 - 13h30
Le passage de Bruno Julliard au PS démontre bien que l'UNEF se positionne plus comme une organisation politique que comme un syndicat d'étudiant.
Allez-vous comme votre prédécesseur défendre une idéologie ou changer et vous mettre à défendre les étudiants (lutter pour leurs débouchés, leur meilleur information, de meilleurs universités, plus prestigieuse et reconnues dans le monde)?

Bonjour. Au risque de vous surprendre, les anciens dirigeants qui prennent des responsabilités, il y en a toujours eu ! En politique (Hollande, Buffet, Seguin, Bernard Pons…), dans le journalisme, dans les syndicats ! L’indépendance syndicale de l’UNEF, elle ne se mesure pas à ce que font ses anciens adhérents (chacun est libre de son choix), mais au fait que les décision de l’UNEF sont prises en interne, et par ses adhérents ! C’est cela la véritable indépendance. Et le départ de Bruno ne la remettra jamais en cause ! Par ailleurs, je crois que l’avenir d’une société est fortement déterminé par la place qu’elle accorde à l’éducation, à l’enseignement supérieur, et à la jeunesse. En agissant pour transformer l’université, on transforme nécessairement la société toute entière.
Je crois que l’UNEF devra ouvrir, dans la période qui s’ouvre, un cycle de conquêtes pour améliorer la situation sociale, les conditions de réussite, ou l’insertion professionnelle des étudiants. Il y a urgence. L’UNEF a su démontrer qu’elle était un outil de résistance efficace. Elle doit maintenant être un outil de résistance ambitieux.

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