VOUS INTERVIEWEZ - ... le directeur général de la SNCF. Posez vos questions, nous publierons ses réponses...
Grève à la SNCF, réforme des régimes spéciaux de retraite... Guillaume Pépy, directeur général de la SNCF a répondu à vos questions:
Entré à la SNCF à 16,5 ans comme élève, ma retraire n'est calculée qu'à partir de 18 ans. Pourquoi une telle particularité pénalisante dans la mesure où j'ai bien cotisé. Que va changer la reforme? Avec trois enfants ma retraite bénéficiait d'une bonification. Pourquoi cela change avec la réforme?
philou12
Entre 16,5 ans et 18 ans, vous n’avez cotisé qu’à l’assurance maladie et non pas au régime de retraite. La bonification de 10% de la pension à partir du troisième enfant est maintenue avec la réforme.
Les agents ne sont affiliés au régime SNCF qu’à compter de 18 ans, c’est une règle fixée par le règlement des retraites. Les années travaillées à la SNCF avant 18 ans sont cotisées au régime général et donnent lieu au versement d’une pension du régime général (qui vient s’ajouter à la pension SNCF). La réforme ne devrait pas changer cela. Les années cotisées au régime général seront toutefois prises en compte pour calculer quelle décote sera éventuellement appliquée sur votre pension SNCF.
Quant à la prise en compte de vos trois enfants, rien ne devrait changer, et la bonification de 10% de votre pension sera préservée. Ce qui a été supprimé, ce sont les bonifications de conduite, pas les avantages familiaux. D’autres avantages familiaux devraient d’ailleurs être mis en place dans le cadre des négociations internes à l’entreprise.
Quelles «avancées» avez-vous en projet pour les agents postés en 3x8? Avez-vous des exemples de modifications de grille salariale à donner. Concernant les décotes, avez-vous trouvé un compromis?
Grammaton
Des aménagements des conditions de travail (horaires, temps partiel, poste à tenir, etc.) pour les personnels travaillant en horaires décalés au-delà de 55 ans (50 ans pour les conducteurs) sont prévues et négociables. Une modification de la grille pour les agents se trouvant au «taquet» sur leur qualification est également proposée à la négociation. Le Ministre du Travail a d’ores et déjà annoncé qu’il n’y aurait pas de décote pour les agents travaillant 2,5 ans supplémentaires. D’autre part, lors de la dernière négociation, des mesures d’accompagnement (augmentation de salaire, retraite complémentaire et compte d’épargne temps abondé par l’entreprise, rachat de trimestres financée à 70% par l’entreprise) ont été obtenues par la Fgaac pour les conducteurs.
Sur la décote, le ministre a fait de nouvelles propositions le 6 novembre: l’âge où la décote s’annule, initialement fixé à 60 ans, sera plafonné à 57,5 ans tant que la durée de cotisation restera fixée à 40 ans. Cela réduit de façon significative l’effet de la décote. S’agissant des rémunérations, la Présidente Anne-Marie Idrac a indiqué dans sa lettre aux cheminots qu’elle mettait plusieurs propositions sur la table. Pour les agents de conduite, ces propositions ont donné lieu à négociation avec la FGAAC – qui, contrairement aux autres organisations syndicales, est venue négocier. Deux décisions ont été prises : donner aux agents de conduite un complément de rémunération de 2,5% six mois avant l’âge auquel s’annule la décote, et augmenter de 0,5% leur traitement pour chaque semestre effectué à partir de 50 ans, dans la limite de 5 semestres. Cela peut représenter 5% d’augmentation de salaire en fin de carrière. Évidemment, l’entreprise est prête à discuter d’augmentations salariales en fin de carrière pour les autres agents. Mais encore faudrait-il que les organisations syndicales viennent négocier.
Dernier point, sur les agents postés en 3x8. Là encore, l’entreprise a fait des propositions : possibilité de changement de poste ou de métier pour les agents en fin de carrière occupant des postes à fortes contraintes, développement du temps partiel choisi avec une aide financière de l’entreprise, amélioration des conditions de travail sur les postes difficiles pour faciliter le maintien en activité des cheminots après 55 ans. Tous ces sujets sont sur la table. Négocions!
12% du salaire cotisé pour des prunes pendant 10, 15 ou 20 ans. Comment appeler cela autrement que du vol? Et pour l'avenir que deviendra cette surcôtisation? Réintégrée dans le salaire?
Privileges
Depuis 1990, près de la moitié de la «surcotisation» est affectée au maintien du pouvoir d’achat des retraités. L’autre moitié pourrait être affectée en partie aux mesures d’accompagnement (augmentation de salaires, compte d’épargne temps, etc.) qui seront négociées. Attention, ces 12% sont versés par l’entreprise, pas par les salariés. Cela dit, il est vrai que la SNCF supporte aujourd’hui un taux global de cotisation vieillesse de 42%, c’est 12 points de plus que les entreprises privées. Cette « surcotisation » de la SNCF a servi et sert encore à financer les avantages spécifiques des actuels retraités (calcul de la pension sur les 6 derniers mois, âge d’ouverture des droits à 50 ou 55 ans, régime de bonifications pour les conducteurs…). Certains de ces avantages spécifiques, comme par exemple le droit de partir à 55 ans (à 50 ans pour les conducteurs) ou le calcul de la pension sur le salaire des 6 derniers mois, ne sont pas remis en cause par la réforme. Mais d’autres disparaîtront. Il serait donc normal qu’à l’avenir cette « surcotisation » de l’entreprise baisse. Nous l’avons dit aux pouvoirs publics. Cette baisse des cotisations versées par la SNCF serait en partie utilisée pour financer des mesures d’accompagnement de la réforme pour les cheminots (augmentations salariales en fin de carrière ou mise en place d’un régime de retraite complémentaire par exemple).
La pénibilité pas reconnue, les dimanches et fêtes payés une misère, il va falloir que ça change vu que la surcôtisation de 12% va disparaître. Pourquoi n'avoir fait aucune proposition dans ce sens? Et tous ceux qui ont donné 12% en trop depuis des années sans avoir à la fin leur juste récompense ne pensez-vous pas qu'ils vont se sentir floués?
BLOGGIL
Le régime de retraite de la SNCF est un régime par répartition: les cotisations vieillesse versées par les agents et l’entreprise servent à payer les pensions des actuels retraités, elles ne sont pas inscrites «au compte» des agents pour payer leur future pension. En particulier, la surcotisation vieillesse de 12% dont vous parlez a servi et sert encore à financer les avantages spécifiques des retraités actuels. Le fait que l’on réforme le régime de retraite de la SNCF, et que certaines de ses spécificités soient appelées à disparaître demain, ne remet en aucune façon en cause la surcotisation versée par l’entreprise jusqu’à aujourd’hui. Elle justifie seulement que cette surcotisation baisse à l’avenir.
Quant à la prise en compte de la pénibilité des métiers, l’entreprise a proposé aux syndicats pas mal de points de négociation: possibilité de changement de poste ou de métier quand on est en fin de carrière et qu’on occupe un poste à fortes contraintes, développement du temps partiel choisi avec une aide financière de l’entreprise, amélioration des conditions de travail sur les postes difficiles pour faciliter le maintien en activité des cheminots après 55 ans. Nous sommes également prêts à négocier des augmentations de salaire en fin de carrière, comme cela a été fait avec la FGAAC pour les conducteurs. Les propositions de l’entreprise ne manquent pas. Mais les organisations syndicales – à l’exception de la FGAAC (conducteurs) et du SNCS (cadres supérieurs) – n’ont pour l’instant pas répondu à l’appel.
Le calcul de la retraite sera-t-il toujours fait sur les 6 derniers mois? Si oui, comment cela se passera-t-il pour les personnels ayant des postes de sécurités (postes, agents de conduites, agents du service commercial train...) qui seront inaptes passé un certain age (audition/vision en baisse
notamment) et finiront dans le "meilleur" des cas reclassés, avec un salaire jusqu'à 35 ou 40% inférieur?
Mos
La retraite des cheminots continuera d’être calculée sur les 6 derniers mois de salaire, comme c’est le cas également dans la fonction publique. S’agissant des reclassements pour raison de santé, ils ne devraient pas avoir d’effet négatif sur la retraite: la pension sera en effet calculée sur la base de la prime de travail antérieure au reclassement, si elle était plus favorable.
Pourquoi la direction de la SNCF ne propose pas une augmentation salariale de 13% pour tous les cheminots en remplacement des 13% de surcôtisation patronale pour le régime spécial de retraite actuelle?
Sei
Parce que la moitié de ces 12% sert déjà au financement du maintien du pouvoir d’achat des retraités et l’autre moitié pourrait être affectée en partie aux nouvelles mesures d’accompagnement de la réforme.
La SNCF supporte aujourd’hui une cotisation vieillesse globale de 12 points supérieure à celle des entreprises privées. Cette « surcotisation » sert à financer les avantages spécifiques du régime de retraite des cheminots. Toutes ces spécificités ne vont pas disparaître avec la réforme (les retraites resteront, par exemple, calculées sur les 6 derniers mois de salaire). La surcotisation ne disparaîtra donc pas. Cela dit, elle devrait baisser à terme, ce qui génèrera des économies pour l’entreprise. S’il n’est pas envisageable de « rembourser » la réforme aux agents, nous entendons utiliser une partie de ces économies pour financer des mesures d’accompagnement en faveur des agents. Et comme l’a indiqué la Présidente Anne-Marie Idrac dans la lettre adressée à tous les cheminots, des mesures salariales sont proposées : une augmentation pour les agents prolongeant leur activité après 55 ans (50 ans pour les conducteurs) et un « déblocage » de la grille salariale donnant un complément de rémunération aux personnels bloqués sur la dernière position de leur qualification.
Je suis un client hebdomadaire de la SNCF depuis deux ans et demi, mais fréquemment, il n'y a pas de place assise, et beaucoup de retard. De plus, annuellement, le prix des billets augmente. N'avez-vous pas l'impression de prendre vos clients pour des abrutis?
thibslh
La possibilité de bénéficier de billets à prix réduits (Prem’s, etc.) n’a jamais été aussi grande qu’actuellement et l’augmentation annuelle des tarifs suit en moyenne l’inflation. La réservation des places devient possible dans plus en plus de trains (Téoz, Corail Intercité, etc.).
Quelles mesures comptez vous prendre pour indemniser les usagers de la SNCF pour les grèves qui vont avoir lieu? Les tripodes vont-ils être en accès libre lors de la prochaine grève? Le manque à gagner lors des grèves sera-t-il reporter sur les abonnements des usagers ou les prix des billets?
Cathycat
Les billets grandes lignes pourront soit être remboursés quel que soit le tarif, soit être utilisé sur n’importe quel trains de la relation concernée. Pour les abonnements TER ou transilien une réduction pourra être appliquée sur l’abonnement du mois suivant. C’est ce qui a été fait pour la grève du 18 octobre...
Quelles pourraient être les conséquences d'une privatisation de la SNCF concernant les salaires des employés, le tarif des billets pour les clients, le maintien de lignes déficitaires, la régularité et la sécurité des trains? La privatisation des trains de banlieue n'entraînerait-elle pas inéluctablement une augmentation du tarif des cartes oranges pour remplacer
le matériel vieillissant?
Sei
La privatisation de la SNCF n’est envisagée par personne!
Comment la direction de la SNCF va-t-elle retrouver une crédibilité dans le transport de FRET après avoir mis autant de camions sur les routes ces dernières années?
Jacques
La réorganisation du transport du fret est en cours, nous en voyons les premiers effets puisque le transport de fret par train a augmenté depuis le début de l’année d’environ 4%. Le renversement de tendance est en cours, nous devons poursuivre. Par ailleurs, les décisions du Grenelle de l’Environnement devraient nous aider à aller encore plus vite.