Vous interviewez Valérie Pécresse

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Publié le 9 novembre 2007.

VOS QUESTIONS - Alors que les étudiants continuent leur grève contre la loi sur l'autonomie des universités (dites loi Pécresse), Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche est à Cadarache, répond à vos questions...

Alors que les étudiants continuent leur grève contre la loi sur l'autonomie des universités (dites loi Pécresse), Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a répondu à vos questions !

1- Mme Pécresse, qu'est-ce qui vous motive à créer une loi sur l'autonomie des universités ? – elbf
L’autonomie, c’est donner aux universités de véritables moyens d’agir : recruter leurs professeurs plus rapidement, adapter leurs formations aux besoins de leurs étudiants, travailler à leur insertion professionnelle…tout ce qu’elles ne peuvent pas faire aujourd’hui. C’est le socle indispensable de la réforme de l’université qui va se dérouler sur les cinq prochaines années.

2- Madame le ministre : Quel est votre niveau d'étude et avez-vous été obligé de faire des petits boulots pour vous payez celles ci ? – chris

J’ai fait HEC. Ensuite j’ai préparé l’ENA dans une classe prépa à Dauphine. Puis j’ai fait l’ENA. Oui j’ai toujours travaillé dès ma première année. Car mes études coûtaient cher à mes parents. Mon travail et mes stages payaient mes vacances. J’ai aussi contracté un prêt étudiant pour préparer l’ENA car je ne voulais plus dépendre de mes parents après mon diplôme d’HEC.

3- Madame la Ministre, encore une fois, votre gouvernement et vous avez fait passé une loi en catimini pendant les vacances. Ne pensez-vous pas qu'un VRAI dialogue aurait pu éviter cette confrontation ? – alanbee

Le dialogue a eu lieu ! 60 heures de concertation avec les organisations représentatives des étudiants pour être exact. Nous avons fait passer la loi dès l’arrivée du gouvernement parce que la situation des étudiants nous paraissait totalement prioritaire.

4-Pourquoi vous ne dites jamais que les 11 milliards promis sont réservés à 5% des établissements? Nordine_UEC_Paris8

C’est 5 milliards supplémentaires promis d’ici 2012 pas 11. Ils iront à toutes les universités.


5- Comment une personne qui, en tant que députée, a voté en connaissance de cause des coupes dans le budget de la recherche (pendant les deux premières années du gouvernement Raffarin), peut se permettre d'évaluer en toute impartialité la recherche française? – jul35

Dès le début du gouvernement de JP Raffarin j’ai alerté Claudie Haigneré sur la faiblesse de son budget. Je suis élue du plateau de Saclay. La recherche est pour moi une priorité nationale. J’ai été par la suite l’un des orateurs de l’UMP sur le Pacte pour la recherche, lequel en 2006 a apporté des moyens inédits à la recherche française et entraîné 6000 créations d’emplois.

6- On peut lire sous la plume des détracteurs de cette loi des choses terribles comme: «c'est la privatisation des universités», «cela en est fini de la recherche fondamentale, les frais d'inscription en Fac seront portés à 5.000 euros».... Qu'en est-il exactement de ces sujets ? Est-ce véridique ou de la désinformation ? – Wildou
La privatisation est une fausse peur. Jugez. Le budget des universités aujourd’hui c’est 10 milliards d’euros de crédits donnés par l’Etat, et 1 milliard par les collectivités locales. Les entreprises ne financent quasiment pas l’université (sauf à travers la taxe d’apprentissage et quelques crédits donnés aux laboratoires). Le Président de la République s’est engagé à augmenter de 5 milliards l’effort de l’Etat. +50% !

Cela dit j’ai la conviction que tout euro public et privé prêt à s’investir dans notre pays doit aller à l’élévation du niveau de connaissances de notre jeunesse. Pour moi l’université doit être une priorité nationale. C’est pourquoi j’ai permis aux universités de créer des fondations pour accueillir l’argent des entreprises et de leurs anciens élèves. Mais elles seront totalement maîtres de l’utilisation des fonds récoltés.

Sur la question de la recherche fondamentale, l’autonomie des universités ce sera la capacité pour elles de décider d’une véritable stratégie de recherche. Mais l’Etat la financera, à travers des contrats de quatre ans, d’objectifs et de moyens. Il n’y aura pas de désengagement de l’Etat, ni sur la recherche fondamentale ni sur la recherche appliquée.

Enfin sur la question des frais d’inscription, il est écrit dans la loi qu’ils restent fixés par l’Etat. 160 euros aujourd’hui pour la licence. Tout le reste est désinformation….

7- Etant renseigné un maximum sur cette réforme que je juge nécessaire, je trouve courageux et transparent le fait d'avoir discuté avec les organisations étudiantes dites représentatives (Uni, Unef ..) avant le vote final. Cependant, que pensez-vous de ce syndrome de contestation systématique que l'extrême gauche manie tant bien que mal dans les facultés, et que l'Unef soit une fois de plus en totale contradiction avec ce qu'ils ont eux-mêmes négociés cet été ? – Sebgob
Je crois que le dialogue est la seule solution respectueuse des intérêts des étudiants, pas le blocage des facs, dont les étudiants sont les premières victimes.


8- Madame, ne pensez vous pas prendre un risque en déclarant d'emblée ce mouvement comme dérisoire et infondé, à l'heure même où il commence à croître ? – lugh
Je n’ai jamais dit qu’il était dérisoire. J’ai dit que le mécontentement des étudiants était infondé au regard des moyens financiers inédits que l’Etat s’apprête à investir dans l’université. 1 milliard d’euros cette année, 5 milliards d’ici 5 ans. C’est paradoxal que les étudiants manifestent l’année où enfin les pouvoirs publics décident de s’intéresser à leur réussite et leurs conditions de vie (logement, bourses). Il y avait certes urgence, mais il faut un peu de patience avant que les résultats soient sensibles dans leur vie quotidienne.

9- Pensez-vous réellement que la privatisation des universités et l'augmentation des droits d'inscription, qui en découleront, permettront aux étudiants avec peu de moyens financiers d'accéder aussi facilement aux cours que les étudiants aisés ? Pensez-vous que des matières sans intérêts économiques seront conservées? L'université pour moi est un lieu public et à l'heure de la privatisation de masse d'entreprise publique, elle reste le fondement, la base d'un lieu d'égalité, de liberté, garant de notre droit d'expression et symbole des valeurs de notre Etat, seriez-vous prête, Madame la Ministre, à détruire ce symbole de la démocratie au profit de plus d'inégalités sociales et de la destruction de matières «non-profitables» ? – gael

Non.
Mais comme je ne veux ni la privatisation ni l’augmentation des droits d’inscription mais au contraire permettre de donner des débouchés professionnels à toutes les filières universitaires ….vous pouvez être rassuré.

10- J'aimerais savoir ce que vous comptez faire contre les blocages ? – 3333
J’ai pris contact avec les présidents d’université pour leur demander, quand c’est possible, d’organiser le rattrapage des cours. Mais il est évident que des blocages qui durent, ce sont des heures de cours qui s’accumulent et le rattrapage est de moins en moins évident.
J’ai demandé aux représentants des étudiants de condamner publiquement les blocages. De lui préférer le dialogue.

11- Êtes-vous prête à céder ? – guillaume-34
L’université ne paraît pas vraiment la principale préoccupation des manifestants. C’est un mélange bien politique…

12- Madame la Ministre, pensez-vous faciliter les investissements des entreprises dans le cadre de la recherche, par exemple en exemptant les investissements pour équiper les laboratoires des facultés, ou en facilitant les co-opérations? Cela permettrait-il de faire des «Silicon Valley» à la française, permettant plus d'accompagner les «jeunes pousses» par rapport aux grosses entreprises.
En début de votre mandat, il avait été question de sélection à l'entrée des universités: au-delà de la nécessité dans un pays comme le nôtre, avez-vous des arguments à donner à ceux qui estiment que c'est la fin des études «ouvertes à tous»? – parmenion

Dès janvier, tous les étudiants ou les diplômés depuis moins de cinq ans pourront créer leur entreprise en franchise de charges et d’impôt, sous le statut de « jeune entreprise universitaire ». Nous voulons encourager l’esprit entrepreneurial dans les universités.
La sélection à l’entrée des universités, ça existe déjà, ça s’appelle le baccalauréat. La loi autonomie exclut tout autre forme.

13- Madame la Ministre, pourriez-vous me dire si une enveloppe budgétaire est prévue pour financer l'insertion des étudiants, nouvelle responsabilité des universités ? Concernant la loi sur l'autonomie, on ne vous entend pas beaucoup l'expliquer vraiment. Pourquoi ? Merci – Marc

Oui plusieurs millions d’euros sont prévus pour créer des bureaux d’insertion professionnelle dans chaque université.
J’explique l’autonomie mais vous savez ça ennuie tout le monde parce que le sujet est technique…

14- Madame la Ministre, comment expliquez-vous l'état lamentable de certaines facultés françaises? (je prends l'exemple de la faculté Lille III de Villeneuve d'Ascq dans laquelle j'ai étudié 3 ans: pas de chauffage, de chaises suffisantes, salles délabrées, normes de sécurité non respectées, matériel vétuste) – julien

L’université a été sous-dotée en moyens financiers parce qu’elle était jugée « irréformable ». Les gouvernements successifs savaient bien que s’ils n’amélioraient pas le fonctionnement des universités d’abord, leurs crédits ne serviraient à rien, ils seraient gaspillés un peu partout et mal dépensés…En outre, les syndicats ont focalisé leurs revendications sur les créations d’emplois et donc l’immobilier a toujours été négligé. Cette année, c’est 331 millions d’euros qui iront sur l’immobilier universitaire. Mais il faudra poursuivre l’effort des années avant de mettre les campus universitaires aux normes du XXIe siècle.

15- j'ai vécu pendant 2 ans dans une chambre de 9m²d’une une résidence délabrée. Comptez-vous entreprendre la rénovation de ces bâtiments à la limite de la légalité (normes électriques des années 1970!!)? – julien B

Oui. Depuis 2005, un grand plan de rénovation et de construction de résidences étudiantes est lancé. Nous allons encore l’amplifier. C’est 128 millions d’euros cette année qui seront consacrés au logement étudiant.

17- Madame la Ministre, je suis avec intérêt le développement de votre projet dont la clarté en terme d'objectifs et de mise en oeuvre est appréciable. Toutefois, je souhaiterais avoir une précision concernant un détail dont le presse s'est faite l'écho d'une manière incomplète. Jeudi, devant l'Assemblée nationale, vous avez consenti à déplacer 11 millions d'euros du budget 2008 de la rénovation de Jussieu à celle des logements étudiants. Doit-on comprendre que c'est le financement de la poursuite du désamiantage des locaux qui est ainsi transféré? – jean
Bien sûr que non. Le désamiantage de Jussieu est prioritaire et tous les crédits nécessaires à la poursuite du chantier doivent figurer dans le budget. Mais avec 216 millions d’euros de crédits inscrits initialement dans ledit budget, il y avait un risque que tout l’argent ne soit pas dépensé cette année. Or, je veux que chaque euro de mon budget soit dépensé pour se transformer en réalité concrète. C’est pourquoi j’ai accepté l’amendement présenté par les parlementaires Ancieaux et Henart qui voulaient transférer 11 millions d’euros « en trop » de la ligne « jussieu » à la ligne « logement étudiant ». Parce que du côté du logement étudiant en revanche les CROUS estimaient avoir encore la capacité de rénover 500 chambres supplémentaires en 2008.

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