Si vous ne comprenez pas grand chose à cet événement, posez-lui toutes vos questions...
Catherine Levesque, journaliste spécialisée, sera la responsable de
notre blog collectif sur le Grenelle de l’environnement. Elle y centralisera les avis de différents experts.
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Dans notre nouvelle et très pratique série de chats «pour ceux qui n’y comprennent rien» (les chat b.a.-ba), elle a répondu à vos questions...
1.) C'est quoi un grenelle?
Julesjimjack
Cette expression est utilisée en référence aux accords de Grenelle, signés le 27 mai 1968 après deux jours de négociation et qui portaient sur des questions sociales.
2.) Pourquoi toujours opposer écologie et économie libérale? L'écologie ne doit-elle pas faire partie de toute économie, quelle qu'elle soit? De la même façon, on oppose souvent le progrès industriel et l'écologie. Mais la sauvegarde de la planète ne passe-t-elle pas par le progrès technologique pour répondre aux futurs besoins énergétiques, et diminuer la production de rejets polluants?
Shantak
C’est une question complexe! C’est tout le débat entre les partisans de la décroissance et les partisans du développement durable. Dans développement durable, il y a le mot développement qui pose problème. Les faits montrent que les pays occidentaux ne peuvent pas continuer à se développer sur ce modèle sans risquer d’aller dans le mur, pour faire court… Je vous renvoie à cet égard vers le billet d’humeur que Frédéric Denhez vient d’écrire à point nommé pour
notre blog sur le Grenelle. Il est justement auteur d’un ouvrage sur cette question : « La nature, combien ça coûte ? », qui vient de paraître aux éditions Delachaux et Niestlé:
« Espérons qu’il n’en faudra pas trente de plus pour que l’État impose à chaque décideur, à chaque entreprise, à chaque citoyen, de désormais penser sa vie en fonction de ce qu’elle en coûte à l’environnement. Penser large, dans l’espace, penser long, dans le temps, sont les deux obligations pour qui espère évaluer l’impact de sa façon de vivre sur les écosystèmes et sur le long terme. La nature n’est plus infinie ni généreuse. Elle nous est désormais comptée. Il est plus que temps de la considérer comme un compte épargne et d’imposer un taux d’intérêt juste, qui n’outrepasse pas ses capacités de renouvellement. C’est-à-dire d’abandonner à la fois le dogme néolibéral du retour sur investissement élevé et immédiat, en en oubliant les coûts sanitaires, sociaux et environnementaux, et d’investir massivement afin d’adapter nos outils de production et de vie aux bouleversements météorologiques issus du dérèglement climatique. Avec, au moins, un avantage : celui de relancer l’économie en lui faisant prendre un chemin nouveau pavé de sursauts technologiques. Car produire le même chose en utilisant moins de matières premières, en exposant moins la santé des travailleurs, en rejetant moins de déchets exige d’accroître considérablement les rendements des outils de production. L’écologie n’est pas l’ennemie de l’économie. C’est au contraire la seule façon pour celle-ci de sauter le mur vers lequel elle accélère en souriant.»
3.) Pourquoi si peu de gens s'intéressent-ils au Grenelle de l'environnement?
Talou
J’ignore, en premier lieu, si peu de gens s’y intéressent. Les médias en parlent en tout cas plus que d’habitude et c’est la première fois que l’environnement au sens large occupe tant de place dans les colonnes des journaux généralistes et dans les journaux télévisés. Mais d’une manière générale, il est vrai que les Français ont une culture environnementale peu développée par rapport aux pays scandinaves, par exemple.
4.) Hausse du prix des carburants, retour de la vignette (écopastille), péages urbains, ne sont ce pas autant de mesures qui pénalisent d'abord les Français les plus modestes? L'écologie n'est-elle pas d'abord une forme de discrimination sociale vis-à-vis des plus pauvres, appelés à prendre le métro ou le train, pendant que les plus riches pourront polluer tranquilles au volant de leurs 4x4?
Josemelchorgonzales
C’est en effet l’impression que ça peut donner au premier abord, mais ces mesures sont censées s’accompagner de gardes-fous pour protéger les plus démunis. Non, l’écologie n’est en aucun cas une forme de discrimination vis-à-vis des plus pauvres. Au contraire, la prise en compte de l’environnement passe par un rééquilibrage des richesses au niveau mondial et une remise en cause profonde de notre société libérale, de notre économie de marché. C’est pourquoi l’écologie est éminemment politique. Des courants de pensée comme La Décroissance en parlent beaucoup mieux que moi ! A l’inverse, Borloo estime que la croissance n’est pas incompatible avec une prise en compte des problématiques environnementales. On peut légitimement en douter… et le chantier est d’envergure !!!
Pour être plus concrète sur l’éco-pastille, voici une partie des remarques issues du rapport de Grenelle à ce sujet:
« La CGT a fait remarquer que l’éco-pastille pèsera d’autant plus fort sur un ménage qu’il ne pourra pas accéder à l’achat d’un véhicule récent et préconise de véritables gardes fou pour en protéger les plus démunis. Les syndicats rappellent par ailleurs qu'il faut être attentif à ce qu'elle ne dégrade pas le pouvoir d'achat des ménages et des salariés qui sont contraints d'utiliser leurs véhicules pour les déplacements domicile-travail ou les déplacements professionnels. Pour accélérer l’évolution du parc automobile vers les véhicules peu polluants tout en respectant l’équilibre social, le groupe de travail estime indispensable de lier l’éco-pastille à l’instauration d’une aide publique sous forme de primes, crédit d’impôt ou de prêts à taux zéro pour l’achat de nouveaux véhicules émettant moins de 120 gCO2/km. Le groupe recommande que ces mesures soient à destination des ménages à faibles revenus, des familles nombreuses, ainsi que des personnes contraintes à utiliser leurs véhicules et ne disposant pas de dessertes alternatives avérées (par exemple des salariés aux horaires atypiques, absence de transports collectifs...). Le financement de ces mesures pourrait notamment s'appuyer sur un non cumul avec ou une suppression de la déduction des frais réels de déplacements de l'impôt sur le revenu.»
5.) Les «décisions» (réduction de la vitesse pour la France-d'en-bas, mais sauvegarde des gros intérêts [Total, taxes augmentées, TIPP, lobbies des laboratoires pharmaceutiques etc..] ne sont elles pas déja prises?
Talou
Non, il doit y avoir un débat au Parlement mercredi et jeudi (retransmis sur le site du Grenelle) et une table ronde du gouvernement fin octobre. Certes, au final, c’est Sarkozy et son Premier ministre qui décideront. D’où l’intérêt pour les Français de se mobiliser sur ces questions, dans la mesure où on peut espérer qu’ils caressent l’opinion publique dans le sens du poil. Qui sait?!
6.) Le problème principal étant la production de CO2, le nucléaire ne s'impose-t-il pas comme seule source d'énergie crédible à grande échelle compte tenue de l'évolution démographique? De part ses contraintes d'exploitation et son faible rendement, l'éolienne n'est-elle pas finalement un leurre écologique?
Shantak
Le nucléaire ne dégage en effet pas de CO2, mais il pose un problème de taille : celui des déchets radiocatifs ! Comparativement à d’autres pays d’Europe comme la Finlande ou la Suède, la France a pour l’heure sacrifié les énergies renouvelables à la stratégie du tout nucléaire (15 % de la production d’électricité est issue d’énergies renouvelables). L’énergie hydraulique domine parmi ces énergies renouvelables et la France est en tête pour le bois-énergie. En revanche, nous accusons un net retard pour l’éolien bien que l’on possède le plus gros gisement de vent derrière la Grande-Bretagne. Le solaire aussi est largement à la traîne…
7.) Pourquoi, comme je l'ai vu à la télé récemment, exporter des grumes de chêne de France vers la Chine, fabriquer du parquet en Chine et les réimporter en France pour les revendre coûte 50% moins cher que de les fabriquer en France. Ok 1 salarié Français = 12 Chinois niveau coût de main d'œuvre, mais le transport? Le bois c'est lourd! Ce n'est pas là que ce trouve nos problèmes écologique et de mondialisation?
Undertrader
Absolument, la mondialisation des échanges a conduit à de nombreuses aberrations de ce genre. Pour une fois, le citoyen peut agir à son niveau, au quotidien, en étant vigilant sur ses achats, au moins dans l’alimentaire. Privilégiez les producteurs locaux et la saisonnalité des produits : les fameuses fraises achetées l’hiver viennent forcément de loin. Pour les fruits exotiques comme la mangue ou la banane, demandez à votre marchand de légumes des produits transportés en bateau, moins émetteur de CO2 que l’avion. Si tout le monde s’y met, si la demande du consommateur est forte, le marché devra bien s’adapter!
8.) Le ministre de l'écologie qui emmène des journalistes en avion chercher les glaçons pour son apéro au pôle nord, un problème pour l’écologie?
Kurun
Grave erreur en effet, qui a été largement relayée dans la presse! Pourquoi aller «vérifier» sur place ce que des milliers de scientifiques ont déjà constaté? Comment un ministre peut-il être crédible auprès des citoyens sans montrer l’exemple?
9.) La sauvegarde de la planète ne devient elle pas une caution morale et un bon moyen pour taxer toujours plus le citoyen tout en le rendant responsable de ce qu'il n'est pas (industries polluantes, véhicules polluants, biens de consommations non-recyclables...)? Baisser la vitesse sur routes et autoroutes n'est-elle pas une fausse bonne solution compte tenue du très faible impact sur la production mondiale de CO2 et du désagrément que cela engendre pour les longs trajets routiers (liés à la superficie de la France) ? Ne faudrait-il pas imposer à l'&e...
shantak
J’ai déjà en partie répondu à cette question plus haut. Certes, tous les maux de la planète ne reposent pas sur les épaules des citoyens, mais nous sommes tous plus ou moins responsables collectivement. Si chacun continue à se dire « inutile d’agir individuellement, c’est peanuts et ça ne sert à rien », c’est que la société n’est pas prête à faire des sacrifices. C’est un choix possible, que nous payons déjà, et que nous paierons plus cher plus tard. Dans une économie de marché comme la nôtre, le consommateur a du pouvoir, même si son pouvoir d’achat est faible. Contrairement à une idée répandue, adopter des réflexes écocitoyens ne coûte pas forcément plus cher. Concernant la limitation de vitesse par exemple, on ne peut pas nier que la vitesse est bien un facteur aggravant dans la consommation de carburant, qui grimpe de 20 % entre 100 et 120 km/h. Les transports sont en France (métropole et DOM) le premier secteur d'activité responsable d'émissions de gaz à effet de serre (26% des émissions nationales) et les véhicules particuliers y contribuent à hauteur de 56 %… Plutôt que de voir l’écologie comme une contrainte supplémentaire, l'heure est peut-être venue pour les conducteurs de considérer les choses positivement : économies de carburant, sécurité routière, diminution du bruit… Et ce constat est valable pour d’autres domaines.
10.) A la fin de ce Grenelle... qui va payer les commissions, qui va payer les groupes d'experts.... qui va payer les taxes?
Crouzeille
C’est LA grande inconnue de ce Grenelle. Impossible d’y répondre actuellement. Aucun élément chiffré ne figure dans la synthèse des débats.
11.) Pouvons-nous espérer des décisions qui remettraient en question des intérêts industriels? Entre autres, dans le rapport du groupe de travail «Promouvoir des modes de développement écologiques favorables à la compétitivité et à l’emploi», pourquoi n'y a-t-il pas de décision prise pour éviter des délocalisations alors qu'elles engendrent une pollution due au transport énorme?
Cyberbubulle
Question très pertinente, mais peut-on interdire les délocalisations? Cette problématique va bien au-delà des préoccupations environnementales puisqu’elle touche de nouveau au principe de base de l’économie libérale… Je ne suis pas économiste!!!
12.) Pourquoi aucun média ne diffuse d'information sur le contre-grenelle de l'environnement? En effet de nombreuses associations écologistes dénoncent la farce du gouvernement et les Français doivent pouvoir se faire leur opinion sur ce point. En effet, quelle légitimité donner au accords de grenelle quand on sait que les plus actives associations n'y ont pas été conviées?
cyberbubulle
Bonne question en effet. C’est pourquoi notre blog invitera ces associations à s’exprimer et annoncera ce Contre-Grenelle, prévu le samedi 6 octobre à Lyon et organisé par les Casseurs de Pub. Il est en revanche injuste de dire que les associations conviées au Grenelle ne sont pas les plus actives. Les associations qui ont renoncé à y aller avaient leurs raisons, légitimes, ce qui ne veut pas dire pour autant que les associations qui ont accepté de débattre se sont dévoyées ! J’ai tendance à penser qu’on avancera plus en confrontant les points de vue qu’en s’y opposant systématiquement.
13.) Qu'attends t'on pour poser les bases de vraies mesures techniques? (et non des tigres de papiers (taxes etc)) Les technologies existent, mais il faut investir dedans; et même sans investissement certaines mesures peuvent être en place très rapidement (changement de la fréquence secteur par exemple)... alors aurons nous droit a de vraies mesures? ou faut t'il encore s'attendre a des mesures de bureaucrates qui finalement ne mènent pas loin?
Zan
Les propositions des différents groupes qui ont participé à ce Grenelle sont loin de se cantonner à des mesures bureaucratiques. La plupart sont très concrètes et font appel à de nouvelles technologies: rénovation énergétique des bâtiments existants, rupture technologique sur le bâtiment neuf visant à généraliser les bâtiments à énergie positive, modes de production innovants et efficaces en énergie dans l’industrie, développement d’éco-quartiers, de l’agriculture bio (20 % de produits bio dans la restauration collective d’ici 2012), généralisation de l’enseignement de l’écologie dans les filières professionnelles et supérieures…
14.) Bonjour, quelques questions en vrac : -pollution des nappes phréatiques/porcheries industrielles. -méthanes produit par les bovins et les ovins/couche d'ozone/effet de serre dans les 2 cas ci dessus : une alimentation + saine résoudrait le pb. -les pesticides déversés à outrance cet été pour lutter contre le mildiou. -les bananes -les poids lourds?
Kurun
La réduction des pollutions est l’une des priorités présentées par les groupes de réflexion concernés.
Interdire l’usage des substances les plus dangereuses dès que possible et
réduire fortement l’usage des pesticides à moyen terme (la France est la première consommatrice européenne de pesticides et la 3e mondiale). L’objectif de réduction de 50% en 10 ans paraît irréaliste pour certains, mais nous reviendrons sur cette question dans les jours à venir avec notre expert François Veillerette, auteur d’un ouvrage sur ce sujet. Parmi les autres propositions : résorber l’ensemble des cas de dépassement des normes relatives à l’eau potable et à l’eutrophisation en réduisant les pollutions par les nitrates et le phosphore en 5 à 10 ans, protéger les aires d’alimentation de l’ensemble des captages d’ici 2012, former en 5 ans 20 % des agriculteurs aux techniques intégrant l’environnement…
Ce chat est fini !
Vous pouvez continuer à poser des questions durant tout le mois sur notre blog. Nous tenterons d’y répondre du mieux possible. Merci pour votre participation.