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Marianne, blogueuse française en Inde, répond à vos questions en direct

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Dans les rues inondées de Kolkata, Inde, le 13 juin 2007.

Dans les rues inondées de Kolkata, Inde, le 13 juin 2007. — J. SHAW / REUTERS

Avec son blog, «L’Indépendante», Marianne a créé une communauté avide de ses aventures de petite Française en Inde. Aujourd’hui, de retour en Europe, elle a répondu en direct à vos questions sur l’Inde, son blog et son retour en France.

1- J'ai lu ton blog de temps en temps, vraiment magnifique. Dis moi, qu'est ce qui t'a donné envie d'aller en inde plutôt qu'un autre pays ? – Elise
Je suis allée en Inde pour deux raisons : professionnelle et personnelle. Journaliste à Paris, j’avais envie de découvrir autre chose. De tenter l’expérience de journaliste freelance à l’étranger. Pile à ce moment-là, mon ami a obtenu un contrat dans une ONG à Pondichéry. Deux jours après, je prenais mon billet pour l’Inde. Je ne regrette pas ce choix : j’ai découvert un « pays-continent », aussi passionnant que déroutant.


2- Tu t'es toujours sentie en sécurité la bas ? Même pendant la coupe du monde de cricket quand l'entraîneur national a été assassiné ?
Adam

L’entraîneur qui a été assassiné pendant la Coupe du Monde de cricket est l’entraîneur pakistanais. Mais c’est vrai que l’élimination de l’équipe indienne dès le premier tour a provoqué la colère des Indiens. Les maisons de certains joueurs ont même été saccagées ! Mais je ne me suis jamais sentie en danger. Les Indiens sont plutôt accueillants, toujours prêts à vous aider quand votre mobylette ne démarre pas ! Je pense même pouvoir dire que je me suis sentie plus en sécurité à Pondichéry qu’à Paris !! Pondichéry est une ville de campagne, plutôt calme comparée aux autres villes indiennes. Par contre, il faut s’habituer à être regardé constamment. Ils s’étonnent souvent de voir une fille occidentale, déambuler seule dans les rues. Ce sont souvent des regards étonnés. Seul endroit où on ne se sent pas en sécurité : sur la route ! Il n’y a pas vraiment de code de la route. Chaque jour apporte son lot d’accidents de bus mortels. Mieux vaut ne pas trop regarder la route et croire à sa bonne étoile !


3- Je dois aller avec ma femme en inde dans le courant de l'année. Tu nous conseillerais quoi comme coin a voir absolument et comme coins à éviter ? bravo pour ton blog, je viens de le découvrir et ta section photo donne trop envie d'y aller :) - apple
Tout dépend de la période à laquelle tu voyages. La mousson a déjà commencé dans le nord, le Rajasthan et New Delhi sont sous les eaux ! Après, les pluies descendent progressivement, pour atteindre le sud en octobre-novembre. La meilleure période pour voyager dans le Sud : décembre, janvier, février. Le soleil est là, mais sans l’humidité. Tout dépend du temps que tu comptes passer en Inde. Je pense qu’il faut au moins trois semaines pour faire un bon tour de l’Inde du Sud, en prenant son temps. A voir absolument : l’Etat du Kerala, ses plages de sable fin, ses backwaters (des embarcations en bois qui se baladent au milieu des palmiers, des rizières et autres rivières). Je connais moins le nord de l’Inde mais le Rajasthan est magnifique. A mon avis, il faut choisir : le Sud ou le Nord. Difficile de faire les deux, notamment en raison des imprévus liés aux déplacements (ne pas trop compter sur la ponctualité des trains ou des bus). Le mieux, si on en a les moyens, louer une voiture (avec chauffeur inclus). Cela permet d’être libre.



4- Quand tu étais en inde, qu'est ce qui t'as le plus manqué de france ? – Elise
Le fromage ! Le silence aussi. J’ai été impressionnée par la densité de population en Inde. Il y a toujours du bruit, même en plein milieu de la nuit. Il y a toujours des gens, même quand on s’arrête à 4h du matin dans une petite échoppe perdue au milieu de la route. Et sinon, bien sûr, les amis, la famille, etc. Et puis, c’est assez difficile de faire de vraies rencontres en Inde. Il y a beaucoup de barrières. Celle de la langue, d’abord. Dans le Sud, les Indiens parlent peu anglais. Les barrières culturelles et sociales, ensuite, qui font que les gens n’ont pas l’habitude de sortir pour prendre un verre, discuter, etc. Ce constat s’applique surtout à Pondichéry et au Tamil Nadu : c’est la campagne, les gens sont moins ouverts, la vie familiale prime sur la vie sociale. Les Indiens travaillent du lundi au samedi et passent le dimanche en famille. Au bout d’un moment, c’est frustrant de sentir qu’on ira pas plus loin, que les relations « de connaissance » ne deviendront jamais des relations amicales.


5- Tu tires quels enseignements de ce blog tenu d'inde ? tu comptes l'abandonner ? Je tiens à te dire que je t'ai lu tous les jours et franchement, ca m'a donné envie d'y aller. Bravo et bon courage pour la suite – modelio

Merci !
Au début, je ne savais pas vraiment où j’allais avec ce blog. J’avais juste envie d’écrire mes premières impressions. Et puis, je me suis pris au jeu. J’ai découvert ce pays en même temps que je le faisais découvrir à mes lecteurs. C’était un sentiment agréable. On apprenait ensemble, en quelque sorte. J’ai bien aimé cet échange qu’on a eu avec les lecteurs, les débats qui ont été lancés, etc. J’ai commencé par écrire des posts sur mes impressions puis petit à petit, j’ai écrit des posts sur l’actualité. Je lisais la presse indienne tous les matins, je faisais un tour sur les blogs indiens, et puis je choisissais un sujet. En général, c’était un sujet qui me touchait, m’interpellait, m’étonnait, etc. Ce blog a occupé toutes mes matinées pendant six mois. Alors, le laisser tomber du jour au lendemain a été difficile. Je me sentais un peu orpheline. Je n’avais plus de nouvelles de mes lecteurs assidus ! Je réfléchis à commencer un nouveau blog, depuis Paris. Mais pour l’instant, je cherche encore LA bonne idée.


6- Le sentiment que tu décris dans ton dernier post, c le froid à tous les niveaux quand tu es rentrée en France. C'est passé ou bien tu as encore la mélancolie de Pondichéry ? – cloud

Mon retour s’est bien passé. Mais c’est vrai que ça fait bizarre de rentrer. En Inde, il y a des couleurs chatoyantes partout. Les femmes portent des saris rouges, verts, jaunes, etc. Ici, les gens sont plutôt sobres. Donc forcément, ça saute aux yeux quand on rentre ! Mais franchement, j’étais contente de rentrer. La vie en Inde n’est pas tous les jours facile ! Loin de là. Mais j’espère très vite retourner à Pondichéry, en vacances.


7- Est-il vrai que les Français sont plutôt bien aimés? Mieux que les Anglais en tout cas. – sainté42

A Pondichéry, ancien comptoir français, la France occupe une place particulière. La France a quitté Pondichéry en 1956 mais la présence française est toujours visible : les noms des rues sont en français, certains bâtiments portent la mention « travaux publics », etc. Et puis, il y a encore environ 5.000 Franco-pondichériens, ces Indiens qui ont gardé la nationalité française après la rétrocession du territoire de Pondichéry à l’Union indienne. Tout ça fait que les Indiens de Pondichéry ont un attachement particulier à la France, dont ils connaissent un peu la culture. Nombre d’entre eux ont de la famille en France, etc. Mais les Franco-pondichériens regrettent que la France ne soit pas plus présente. Certains, qui se sont battus aux côtés de l’armée française pendant la Seconde guerre mondiale et la guerre d’Indochine, ont le sentiment d’avoir été abandonnés.


8- Je voudrai savoir pourquoi on ne parle pas des films de Bollywood en France? Pourtant, dans ces films, on ne parle que de l'amour, l'amitié, le respect de parents, de la joie en dépit de la misère et surtout des chansons à faire rêver. Et que des belles actrices pleine de charmes. Peut-être si les européens regardent ces films, ils comprendront ce que s'est la joie de vivre et qu'il n'y a pas que de la violence dans ce monde. Peut comprendrons-t-ils pourquoi l'Inde possède les meilleurs techniciens, les meilleurs informaticiens, les meilleurs mathématiciens, les meilleurs de la médecine et que la N-A-S-A tient une agence rien que pour repérer les jeunes talents. Pourquoi? Parce que on apprend le respect des parents avant tout. En Inde, l'Education est le rôle des parents et l'instruction, celui de l'école. Ce n'est pas étonnant que l'Inde et la Chine vont être bientôt les premières puissance de ce monde. – mailys

Je ne suis pas spécialiste de la question mais je pense que les films de Bollywood ne sont pas vraiment diffusés en France parce que le public français ne possède pas les clés pour les comprendre. Vu d’ici, ils ne sont que kitch et folklore. Quand on est allé en Inde, on comprend mieux ce qu’ils représentent. Les films de Bollywood traitent de toutes les préoccupations des Indiens : l’amour, le mariage, la violence, l’argent, etc. Dans la majorité des films indiens, le scénario tourne autour d’une histoire de mariage impossible. Cela permet de comprendre pas mal de choses sur la société indienne. Le mariage est pour beaucoup de famille l’enjeu de toute une vie. Et puis, le cinéma est LA sortie des Indiens. Le dimanche, toute la famille se rend au cinéma pour voir le dernier Bollywood.

Le Tamil Nadu possède sa propre industrie cinématographique, connue sous le nom de Kollywood (du nom d’un quartier de Chennai commençant par un « K » où sont produits tous les films tamouls). Difficile au Tamil Nadu de trouver un film de Bollywood, car qui dit Bollywood, dit film en hindi. Or, la langue est un enjeu de suprématie en Inde. Le Tamil Nadu se bat contre la promotion de l’hindi comme langue officielle de l’Union indienne.

Dans les films indiens, les relations amoureuses sont toujours suggérées plutôt que montrées. Les réalisateurs laissent fonctionner l’imagination des spectateurs. Mais certaines chorégraphies sont plutôt suggestives.

Quant à ton sentiment sur le fait que le monde entier ne s’intéresse par à l’Inde, je l’ai souvent constaté quand j’étais là-bas. Je crois que c’est le résultat de plusieurs décennies où effectivement personne (les médias ?) ne s’est vraiment intéressé à ce pays. Beaucoup d’Indiens le ressentent comme une frustration. Maintenant, ça commence à changer. Dommage pourtant qu’on ne voit que le développement économique de l’Inde, au détriment du reste.


10- J'aime beaucoup l'Inde pour son coté mystérieux, si exotique, si inconnu pour nous pauvre français. J'ai beaucoup aimé ta façon de nous raconter ce pays passant des sujets les plus sérieux aux plus léger. J'aimerais savoir ce qui t'as le plus marqué là-bas et ce que tu regrettes le plus ? Est-ce que tu y retourneras ? Sinon j'espère que l'on aura bientôt de tes nouvelles. Est-ce que tu tiens un nouveau blog ? Où va-t-on pouvoir continuer à te lire ? – Ardeck

Le côté mystérieux ou mystique de l’Inde…Beaucoup d’étrangers viennent en Inde pour le chercher. Je pense effectivement qu’il est très présent dans la vie quotidienne (les croyances, les habitudes religieuses, les superstitions, l’acceptation du destin, etc) mais je trouve ça dommage que certains touristes s’arrêtent là. Oui, il y a une Inde mystique mais je pense que ce serait une erreur de s’arrêter là.

Je dirais plutôt qu’il existe des Indes. Et c’est peut être ce qui m’a le plus marqué. Je me suis souvent demandé comment un pays, de surcroît une démocratie, pouvait fonctionner avec autant de diversité.
Il y a 22 Etats, presque autant de langues. Il y a des hindous, des musulmans, des jaïns, des catholiques. Il y a quatre castes, des milliers de sous-castes, des hors-castes. Certaines lois ne s’appliquent qu’aux Hindous. Dans certaines villes, les musulmans ont créé leurs propres tribunaux. Quand on regarde cette diversité, on s’étonne finalement qu’il n’y ait pas plus de clashs. La violence, les affrontements communautaires, les tensions religieuses existent bel et bien en Inde mais finalement ils sont presque minoritaires au regard de ce qui pourrait se passer, vu la diversité.

Deux éléments permettent peut être de comprendre comment tout ça fonctionne. D’abord, en dépit de cette diversité, des revendications identitaires, régionales, religieuses, communautaires, etc, il existe un vrai sentiment national. Les Indiens sont fiers d’être Indiens. On l’a vu pendant la coupe du monde de cricket (avant l’élimination de l’équipe !). L’un d’entre eux m’a dit : « Quand l’équipe indienne joue, il n’y a plus de caste, plus de religion, plus de communauté. Nous sommes tous Indiens. » Ce fort sentiment national est notamment lié à l’histoire, à la lutte pour l’indépendance. Le peuple indien est rassemblé derrière de grandes figures historiques, telles que Gandhi, Nehru, Ambedkar (intouchable et père de la constitution indienne).

Deuxième élément : l’acceptation du destin. Les hindous sont ultra majoritaires en Inde. Or, dans la religion hindoue, le croyant accepte son destin. Il est né dans telle caste, il fera tel métier qui correspond à sa caste. Il l’accepte car s’il respecte l’ordre des choses, il renaîtra dans une vie meilleure. C’est pourquoi on peut parfois être étonné de rencontrer des gens extrêmement pauvres, dont les conditions de vie sont très difficiles, et qui acceptent cette vie. Des fois, on a envie de leur dire « Réveillez-vous », mais ce serait mal comprendre leur religion. Cette croyance d’une vie meilleure après est profondément enracinée dans leur quotidien. La diversité de l’Inde en fait sûrement sa plus grande richesse.


11- Bollywood à Paris, tu nous conseillerais quoi comme coins dans la capitale pour se croire en Inde ? - Artemis
J’avoue ne pas être spécialiste de la question. Je ne suis pas parisienne et je viens juste de rentrer d’Inde. Alors, à vous de me donner les bons plans pour retrouver un peu d’Inde à Paris !


12- Le mot de la fin – 20 Minutes
Merci pour vos questions. Et encore merci à tous les gens qui ont suivi mes aventures indiennes. J’espère vous retrouver bientôt, sur un autre blog, ou ailleurs… A bientôt !


>> Merci Marianne. Le chat est fini mais les commentaires sont ouverts pour réagir aux réponses. Et si vous aussi partez à l'étranger, n'hésitez pas à ouvrir votre blog ;-)

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