Chat - déni de grossesse

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Publié le 21 mars 2007.

Gaëlle Guernalec-Lévy a répondu à toutes vos questions !

L'affaire dite des «bébés congelés» a donné un coup de projecteur sur un phénomène jusque-là méconnu du grand public : le déni de grossesse. Comment des femmes peuvent-elles ignorer jusqu'au moment de leur accouchement qu'elles sont enceintes ?

Gaëlle Guernalec-Lévy, enquête depuis trois ans sur le déni de grossesse. Elle a répondu à vos questions mercredi matin. Nous vous invitons maintenant à réagir. N'hésitez pas à envoyer vos commentaires...

1- Question simple : c quoi le déni de grossesse ? j'en ai jamais entendu parler ! – Ema
Que vous n’en ayez jamais entendu parler n’est pas très étonnant. Avant l’affaire Courjault, ce phénomène avait été très peu médiatisé, pour des raisons que je ne m’explique d’ailleurs pas encore très bien. Le déni de grossesse est un trouble psychique en fonction duquel une femme ne prends pas conscience de son état de grossesse. Il existe différents stades, décrits par les psychiatres. Certaines femmes vont réellement réaliser qu’elles sont enceintes au moment de l’accouchement, c’est un déni massif. Elles se présentent à l’hôpital en pensant avoir une gastro ou une colite néphrétique. En fait, elles sont en train d’accoucher. D’autres vont comprendre leur état à un stade avancé (5è, 6è ou 7è mois) au détour d’une visite chez un médecin. C’est un déni partiel. D’autres enfin vont d’abord faire un déni les premiers mois puis vont alterner entre l’impression d’être enceinte et la dénégation de cet état. La principale caractéristique du déni est l’absence de symptômes de grossesse (ou des symptômes qui ne sont pas interprétés comme tel). Ces femmes grossissent et très peu, ne prennent pas beaucoup de ventre et leur état passe inaperçu.


2- La justice reconnaît-elle le déni de grossesse ? (cf les courjault) – Dom
Question difficile et très importante, que j’aborde longuement dans mon livre. Les experts psychiatres mandatés auprès des femmes dont l’enfant est décédé après l’accouchement diagnostiquent très souvent un déni de grossesse pour expliquer que la mère ait laissé mourir son enfant, ou qu’elle l’ait déposé dans un sac poubelle. Le déni de grossesse n’est pas une pathologie répertoriée, il ne permet pas à ces experts de se prononcer pour une abolition du discernement. Ces femmes, sont, en général, reconnues pénalement responsables. Et c’est là, me semble-t-il, qu’il y a un problème. Bien que les experts expliquent la force et la violence de ce processus psychique, l’extrême fragilité de ces femmes au moment d’un accouchement qui survient dans des conditions précaires et dangereuses, la justice les poursuit quand même pour le plus grave des crimes, l’homicide volontaire sur mineur de 15 ans, passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Ces femmes, dans leur grande majorité, font de la détention provisoire et sont mises sous écrous 24 à 48 heures après l’accouchement au cours duquel elles ont elles mêmes failli perdre la vie. Lorsqu’elles se retrouvent aux Assises, elles ont du mal à expliquer comment elles ont pu ne pas prendre clairement conscience de leur grossesse, comment elles ont été incapables de se projeter jusqu’à l’accouchement. Elles ont face à elle un avocat général qui les traite de dissimulatrices, de simulatrices, qui ne comprends pas pourquoi elles n’ont pas eu recours à l’avortement ou à l’accouchement sous X. Elles écopent souvent d’une peine de prison ferme qui couvre la détention provisoire. Mais parfois, elles prennent six ou huit ans. C’est un peu la loterie. Il me semble que le traitement judiciaire qui leur est réservé est inadéquat, injuste et inutile. La prison ne règle rien. Elles ont, à mon avis, avant tout besoin d’un suivi psychiatrique. Une fois qu’elles prennent conscience de ce qu’elles ont fait, elles sont évidemment atterrées, anéanties. Je pense qu’il doit bien exister d’autres moyens que la prison et les Assises pour rendre justice à ces bébés morts.


3- Est ce que les femmes dissimulent leur état ou n'en ont vraiment pas conscience ? – Claire
Là encore, question délicate. Par définition, le déni est un processus inconscient. Je ne dirai jamais qu’il n’existe pas de femmes qui sont dans la dissimulation. Bien sûr certaines tentent de cacher leur grossesse. Mais je ne crois pas que ce soit celles-ci qui tuent leur bébé à la naissance. Elles se retrouvent plus dans les accouchements sous X. J’ai été frappée, lorsque j’ai recherché les articles de presse ou les dépêches AFP pour retrouver des affaires d’infanticide de voir la distorsion entre les mots utilisés par ces femmes et l’interprétation qui était faite de leurs propos. Quand elles disaient « je ne me suis pas rendue compte » ou « je n’ai vraiment réalisé que lorsque l’enfant est sorti », cela se traduit, journalistiquement par « la mère avait dissimulé sa grossesse ». Tout simplement parce que l’autre possibilité, celle d’un grossesse ignorée ou déniée, n’est pas envisageable pour la plupart des gens. L a réalité, l’expérience vécue par ces femmes est très complexe. Certaines vont alterner les moments où elles savent, où elles sentent et les moments où elles se disent « mais non, ce n’est pas possible, je prends la pilule, mon entourage ne voit rien ». Elles vivent ces quelques mois dans un espèce d’entre deux. Certaines sont persuadées que l’enfant va finir par disparaître, par s’envoler. D’autres, lorsqu’elles accouchent, pensent faire une fausse-couche ou se disent « alors j’étais bien enceinte ! ». C’est bien plus compliqué que le simple fait de sciemment cacher sa grossesse


4- Véronique Courjault a-t-elle fait un déni de grossesse selon vous ? Est-ce pour ça qu'elle a tué ses bébés ? – Jeanne
Je ne suis pas psychiatre, je n’ai pas rencontré Véronique Courjault et je ne peux donc poser aucun diagnostic. Cette affaire est un peu hors norme, du fait même de la récidive. Mais ce qui est frappant, c’est que, comme dans la plupart des affaires d’infanticide à la naissance, on retrouve certaines données. Notamment le fait que ces trois grossesses sont demeurées totalement invisibles aux yeux de l’entourage. La sœur de Jean-Louis Courjault s’exprime dans mon livre. Elle est médecin de formation et elle raconte qu’elle ne comprend toujours pas comment elle a pu ne pas voir. Lorsque les médias ont commencé à évoquer cette affaire, en juillet dernier, l’éventualité qu’elle soit la mère de ces enfants n’était même pas envisagée. On parlait de complots, d’analyses ADN fausses. Etant particulièrement sensibilisée à la question, j’ai dès le début été convaincue qu’elle était bien la mère. Mais j’avais du mal à me faire entendre, même de son avocat.

5- Comment le mari peut-il ne pas se rendre compte que sa femme est enceinte, c'est fou. Vous pensez donc que le mari de Véronique Courjault ne savait rien? – Paul
Oui, j’en suis convaincue et sa mise en examen me semble totalement injustifiée. Lorsqu’on travaille sur le déni de grossesse, on constate très vite que le déni est contagieux. Non seulement la femme a du mal à prendre conscience qu’elle est enceinte mais son entourage, y compris le conjoint, ne voit rien. Et croyez-moi, les hommes, dans ces affaires, culpabilisent énormément. Ils ne comprennent pas. Certains vont noter que leur femme s’enrobe. Ils vont lui demander « dis donc, tu ne serais pas enceinte ? » Elle va répondre : « N’importe quoi, je prends la pilule ! » Alors ils ne vont pas insister, de peur notamment de passer pour un goujat. Il faut bien se rendre compte que les modifications corporelles de ces femmes n’ont rien à voir avec celles d’une femme qui porte un enfant désiré, attendu. Elles grossissent peu, n’ont pas vraiment de ventre (le bébé se positionne de façon très particulière, il bouge très peu). Il est fréquent que ces femmes soient examinées par un médecin au cours de cette grossesse ignorée, pour des raisons anodines, et que ce médecin ne voit rien. Je raconte dans mon livre l’histoire d’une jeune femme quis ‘est présentée aux urgences pour des douleurs abdominales et lombaires terribles. Seul le troisième médecin qui l’examinait, au bout de quatre heures, s’est rendu compte qu’elle était en train d’accoucher d’un enfant à terme.

6- Une femme qui a fait un déni de grossesse arrive-t-elle à aimer son enfant après ? Et l'enfant, est-il perturbé ? – Prune
Il existe très peu d’études sur le devenir du lien mère-enfant après un déni. Les femmes que j’ai sollicitées pour ce livre sont devenues des mamans aimantes. Certaines ont considéré que cet enfant était un cadeau tombé du ciel. Certaines se sont senties mères dès qu’elles ont tenu leur bébé dans les bras. D’autres ont eu besoin de plusieurs jours, voire quelques semaines. Elles parlent de cette expérience avec plaisir, estimant que c’est une belle histoire. Une maman qui a aujourd’hui une fille adolescente un peu perturbée se demande dans quelle mesure les circonstances de sa naissance explique la crise actuelle. Les quelques psychiatres et pédo-psychiatres qui ont étudié de près le déni estiment que ces situations sont potentiellement dangereuses et qu’il est préférable d’exercer un suivi de ces familles. Mon sentiment est qu’il n’y a pas plus de mères maltraitantes, voire qu’il y en a même très peu parmi ces femmes. J’ai même rencontré une femme, condamnée à trois ans de prison pour avoir mis son bébé dans un sac poubelle après un déni, devenir la très bonne mère de ce même bébé. Il n’est en effet pas mort, il a été sauvé de justesse par les pompiers et cette femme a pu le récupérer après être sortie de sa détention provisoire. Le juge aux affaires familiales et les travailleurs sociaux qui la suivent estiment que le lien mère-enfant est excellent, que les deux s’adorent, que le petit garçon va très bien. Je les ai vus ensemble. Je ne pense pas être une meilleure mère.

7- Quelle utilité des condamnations pour infanticide dans les cas de déni de grossesse ? Concrètement comment sont vécues les périodes judiciaires par ces femmes ? - Nico
Comme je l’écrivais précédemment, la condamnation me semble inadéquate, inutile et injuste. Je ne crois pas que ces femmes aient besoin d’une mise en examen pour prendre conscience de ce qu’elles ont fait. Je crois qu’elles ont agi sous l’emprise d’un trouble psychiatrique puissant. Elles ont mis en danger leur propre vie en accouchant seules. Elles se retrouvent dans un état de choc et de sidération. Il faut bien imaginer ce que constitue un accouchement quand on n’a été incapable de se reconnaître enceinte, au-dessus de la cuvette des toilettes ou dans le bac de la douche. Elles ne réalisent pas qu’il s’agit d’un enfant ou bien elles croient qu’il est mort. Elles paniquent, elles se vident de leur sang. Et on les traite comme des meurtrières ayant prémédité leur acte. Elles se sentent à la fois très coupables et à la fois elles ne comprennent pas pourquoi on les poursuit puisque, en toute bonne foi, elles expliquent avoir agi dans une espèce de brouillard, n’avoir pas compris qu’il s’gaissait d’un enfant, d’un enfant vivant en tous cas. Elles ont très peur du procès puisqu’elles peuvent, potentiellement, écoper de la réclusion à perpétuité. Elles ont l’impression qu’on ne les écoute pas et qu’on ne les croit pas. Elles pleurent leur bébé, veulent assister à l’inhumation, lui donner un prénom et un nom. Elles sont coupées de leurs autres enfants quand elles en ont déjà. Je ne crois pas que l’instruction et le procès les aident. Que cherche-t-on à prouver, qui veut-on venger, quelle réparation apporte-t-on ? A quoi sert la détention provisoire dans ces affaires ? Où est l’intention criminelle ? Ces femmes ne sont pas dangereuses. Les pères eux-mêmes, anéantis, aimeraient faire le deuil de cet enfant sans pour autant perdre leur femme.

8- Hormis votre livre que je compte bien acheter, où peut-on trouver de l'information, sur Internet par exemple ? – Julie
Il existe une association, l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse qui a un site très complet (http://deni2grossesse.free.fr). Ensuite, plusieurs sites destinés aux femmes évoquent la question mais de façon très sommaire. Dans le livre je recense les quelques études et thèses qui existent sur le sujet. La littérature médicale n’est pas encore très riche.

9- Le déni de grossesse ne pose t’il pas un problème de surveillance médical dans notre pays ? La faute au médecin ? - Jilio
Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un problème de surveillance médicale mais de sensibilisation. Les médecins ne reçoivent pas de cours spécifiques sur le déni de grossesse au cours de leurs études. S’ils avaient une meilleure connaissance de la question, ils seraient plus rapidement alertés en recevant une femme en consultation. Ils envisageraient de façon plus automatique cette éventualité face à une femme qui se plaint de ballonnements, de fatigue intense, de problèmes urinaires, de constipation… La prévention n’est pas évidente.

10- Faut-il instaurer un contrôle obligatoire tous les 6 mois pour les femmes afin de vérifier qu’elles ne sont pas dans ce cas de déni ? - Kana
Non. Ca n’est ni possible, ni souhaitable. Ce serait une atteinte à l’intimité, à la vie privée, un contrôle sur le ventre des femmes. Encore une fois, je crois qu’il faut parler du déni, rendre le phénomène crédible, sensibiliser le corps médical mais aussi les femmes qui souvent ne se connaissent pas bien, ne prennent pas le temps de s’écouter. Sensibiliser les conjoints aussi. Les enjoindre à insister auprès de leur compagne quand ils ont l’impression que son corps a changé. Jusqu’à présent, on a très peu communiqué sur la question. Le Ministère de la Santé pourrait ainsi mettre en place une campagne à destination des médecins mais aussi des femmes. Plusieurs centaines d’entre elles sont concernées chaque année, c’est donc un problème de santé publique. Ces grossesses ne sont pas suivies, les femmes peuvent avoir des comportements à risque et l’accouchement donner lieu, on l’a vu, à des drames.

11- Une information judiciaire a été ouverte pour "homicide volontaire" par le parquet de Metz après la découverte du corps d'un nourrisson à Courcelles-Chaussy (Moselle), a-t-on appris mercredi de source judiciaire. L'alerte a été donnée par le père de l'enfant, qui a nié lors de son audition avoir été au courant de la grossesse de sa femme, selon la radio France bleu Lorraine-Nord. La mère aurait accouché seule chez elle, d'après France bleu, qui indique que le couple a trois enfants. L'information judiciaire a été ouverte lundi pour "homicide volontaire sur individu de moins de 15 ans" par le parquet de Metz, qui n'a pas souhaité communiquer davantage sur l'affaire. Cela vient de tomber sur l'afp. Qu'en pensez-vous? – Catherine
Si j’ét ais encore en train d’enquêter, je ferais ce que j’ai fait pendant trois ans à chaque fois que je tombais sur ce genre de dépêche ou de brèves dans les quotidiens. J’appellerais le parquet, j’essaierais d’en savoir plus, je contacterais les avocats. En général, dans ce genre de dépêche, on trouve la phrase suivante « la mère aurait accouché seule chez elle après avoir dissimulé sa grossesse ». La plupart du temps, quand on creuse, voilà ce qu’on trouve : une femme qui dit avoir ignoré sa grossesse ou bien une femme qui pensait faire une fausse- couche. Il y a de fortes chances pour que les experts parlent de déni. Le conjoint, à mon avis, est sincère. Ce genre d’histoires est fréquent. Je me suis souvent demandée pourquoi personne (ou presque) ne se posait cette question : « comment se fait-il qu’en France, avec l’accouchement sous X, l’avortement, la contraception, des dizaines de femmes chaque année accouchent seules chez elles et laissent mourir leur bébé ? » C’est cette question qui a sous-tendu mon enquête. Quand on relit toutes ces histoires à travers le prisme du déni de grossesse, il me semble qu’on comprend beaucoup de choses.

12- Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce livre? – Julie
Je me suis d’abord intéressée à ce sujet par curiosité. Je n’y croyais pas lorsqu’une amie m’a raconté une histoire survenue à l’une de ses cousines. Je me suis renseignée, j’ai rencontré des médecins qui avaient réalisé une enquête sur le déni et j’ai publié un article dans le magazine DS. Et je n’ai pas réussi à arrêter de travailler sur ce sujet. J’ai continué à rencontrer des femmes, des médecins, des avocats. Je suis allée dans des procès. Et j’ai trouvé que le traitement judiciaire de ces affaires était inadéquat et injuste. Il s’agissait souvent d’histoires bouleversantes. Je me suis dit qu’il fallait parler du déni, changer le regard porté sur ces femmes, taxées de menteuses, de dissimulatrices. Un article ne pouvait pas suffire pour expliquer, raconter. Je ne suis pas médecin, pas juriste. En tant que journaliste, je suis un peu à la croisée des chemins. J’ai voulu faire une synthèse accessible au grand public en privilégiant la parole des femmes. Je ne vous cache pas qu’avant l’affaire Courjault, ce sujet n’intéressait pas grand monde. J’ai un éditeur formidable vers lequel j’aurais certainement dû me tourner plus tôt. Car ceux que j’avais contactés avant cette affaire n’avaient pas donné suite en estimant que le sujet n’était pas bien passionnant. Je trouve, moi, qu’il est au carrefour de plusieurs thématiques essentielles : la maternité et son ambivalence, le droit des femmes, la justice, la santé publique.

13- Un déni de grossesse a t’il des conséquences psychologiques pour l’enfant ? – Andréas
Il est très difficile de répondre à cette question. Il existe peu d’études sur le long terme auprès des enfants nés après un déni. Les enfants des femmes que j’ai interviewées pour ce livre semblent aller très bien. Mais je ne suis pas pédo-psychiatre, c’est une impression. Encore une fois, il me semble que lorsque la femme accouche à l’hôpital, les choses rentrent assez vite dans l’ordre. La famille accepte cet enfant, on positive, on relativise, on essaie d’en plaisanter. Je ne peux pas affirmer à 100% qu’il n’y a pas de répercussions plus tard pour l’enfant.

14 – le mot de la fin – 20 MINUTES
Je me suis beaucoup demandée pourquoi il était si difficile de parler de ce sujet, pourquoi il met mal à l’aise (quand il ne fascine pas), pourquoi on en parlait très peu avant l’affaire des bébés congelés. Peut-être parce qu’il porte atteinte à l’image sacro-sainte de la mère, parce qu’il souligne que l’instinct maternel n’existe pas. Très souvent, les gens s’imaginent que les femmes qui font un déni de grossesse ou celles qui tuent leur bébé à la naissance sont simples d’esprit, folles ou très jeunes. C’est une façon de se protéger, de se dire «ce sont les autres ». Il est très difficile d’accepter que toutes les femmes sont potentiellement concernées, que celles à qui ça arrive sont aussi bien des adolescentes que des mères de deux enfants, des femmes intellectuellement limitées que des étudiantes, des employées, des juristes ou des femmes de médecins. Très difficile d’accepter que certaines de ces femmes n’ont rien de spécifique, ni dans leur situation familiale, ni dans leur histoire personnelle. Un peu comme le tabou qui a longtemps prévalu en matière d’inceste, quand on se disait que ça ne concernait que certains milieux. Et que, dès lors, ce n’était pas très grave.

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