«France 2 ne va pas se laisser instrumentaliser»

10 contributions
Publié le 13 février 2007.

CHAT - Arlette Chabot, directrice de la rédaction de France 2, a répondu à toutes vos questions...

Arlette Chabot, directrice de la rédaction de France 2, répond à vos questions sur la télé, la campagne, les médias et les jeunes...


dugard : Bonjour. Pourquoi le temps de parole entre tous les candidats n’est-il pas le même pour tous les candidats dans cette émission. Où est la démocratie quand les journalistes font des différences entre les candidats et nous imposent des choix ?   
Les temps de parole sont définis selon deux périodes définies par le CSA. Nous sommes dans la période d'équité. Il faut savoir qu'il y a 43 candidats actuellement. Nous avons des critères pour juger des poids des candidats, leurs résultats aux dernières élections par exemple, leur place dans les sondages… Ce sont des critères relativement précis mais il y a une marge d'interprétation. Dans une émission, nous essayons de donner le poids en correspondance. Faut-il donner une importance à des candidats inconnus ou qui ont 0 intentions de vote ? Je pense que non.
.

Christof. : Pour rebondir sur cette première question, pourquoi Mr. Duhamel n'a-t-il pas interrogé les trois "petits " candidats ?   
Pour des raisons de temps. Nous voulions qu'ils puissent répondre avant tout aux questions du public.

ottomatic : Quels sont à votre avis les qualités et les défauts de l'émission de TF1 « J'ai une question à vous poser » ? Souhaitez-vous faire tendre avec « A vous de juger » vers ce concept participatif ?   
Je ne commente pas ce que font les autres chaînes de télé. Nous mettons des téléspectateurs en plateau depuis septembre 2005 et nous préférons réduire le nombre d'intervenants. Et puis, il y avait les Webcams, ce qui permet de poser des questions d'un peu partout facilement.

Igor : Comment peut-on prétendre représenter une vision démocratique si il faut se cantonner aux seuls candidats crédités de telle ou telle marge d'intentions de vote ?   
Comme je le disais tout à l'heure, les critères sont nombreux, on ne s'en tient pas seulement aux intentions de votes.
C’est assez compréhensible. C'est un mélange de plusieurs critères. Et puis certains candidats ont plus de choses à dire que d'autres. Certaines candidatures sont des candidatures de témoignages, d'autres candidats ont juste une idée à défendre.

Delphine : C'est mieux qu'hier : au moins, sur le chat, on peut vous poser des questions même si on a pas de Webcam ! Mme Chabot, qu'avez-vous pensé de la prestation de Monsieur Le Pen hier soir ? Personnellement, j'ai trouvé qu'il a été bien  plus édulcoré dans ces propos que d'habitude. Qu'en pensez-vous ?   
Je ne porte jamais de jugement sur mes invités. Ce n'est pas à moi de juger ! Si ces propos sont plus édulcorés, c'est le résultat d'une stratégie du Front National. Une entreprise de dédiabolisation, voulue notamment par Marine Le Pen. Mais il s’agit d’une tendance amorcée depuis longtemps, une normalisation du Front National.

merou : Bonjour. D'après vous, monsieur Le Pen représente t-il un réel danger pour les autres candidats tels que Nicolas Sarkozy ou en encore Ségolène Royal pour les élections présidentielles ?    Peut-il être au second tour de l'élection présidentielle ? Apparemment, il pourrait y avoir un troisième : alors Bayrou ? Le Pen ? On ne le saura que le 22 avril. Les journalistes ne savent jamais à l'avance ce qui se passe, étant donné que les Français choisissent souvent au dernier moment. C'est un long chemin. Le mois de février est important. Mars encore plus. Mais les dernières semaines seront très importantes.

Sébastien : L'audience a t-elle baissé lorsque c'était au tour des "petits" candidats ?   
Hier, on a fait près de 20% de parts de marché. C’est pas mal ! Le sujet n'est pas de savoir si ça marche mieux avec les petits candidats. Car, nous, on donne la parole à tout le monde. Côté public, en 2002, avec des petits candidats, nous avions fait quelques émissions à très gros scores alors que tout le monde disait que la campagne était très ennuyeuse. Hors les Français étaient vraiment intéressés.

 Christof. : Sans porter de jugement, il vous est arrivé de hausser les sourcils lors de propos tenus par Nicolas Dupont-Aignan. Pourquoi cela ? 
 
Comme ça… Je ne sais pas. Soit pour lui demander d'attendre avant de parler, soit pour lui demander de répondre directement à la question qui lui était posée.

 martine : Ne pensez-vous pas qu'il y ait un ras le bol des Français à propos du combat que se livrent Ségolène et Sarkozy ?   
Forcément, c'est toujours la même chose. Deux sont en tête des sondages. Tous les deux sont candidats pour la première fois. Ségolène Royal n'était même pas attendue à ce stade. La presse s'intéresse à ces deux personnages, les Français s'intéressent également à eux… Mais si on ne s'intéresse qu'à eux, les Français pourraient effectivement en avoir marre.

 sololo : Quels sont et seront les prochains principaux rendez-vous sur France 2 sur la Présidentielle et quel en sera le principe ?   
Le même que celui d'hier soir. Jeudi prochain, il y aura François Bayrou comme invité avec Marie-Georges Buffet, José Bové et Philippe De Villiers. Sur Mots Croisés, tous les 15 jours, il y aura aussi des débats régulièrement.
La fréquence de « Question Ouverte » va augmenter et enfin il y a un invité politique quotidien tous les matins, dans l’émission "Les Quatre Vérités".

 Sébastien : En tant que journaliste, vos convictions personnelles peuvent-elles prendre, à un moment, le dessus ?   
Non. Je considère que je fais un métier. Tout le monde se fout de ce que je pense. Il faut être professionnel. J'essaie de poser les questions que les Français à ma place auraient envie de poser. Ce serait insupportable de faire autrement et de faire transparaître mes convictions. Mais je peux également m'énerver si l’invité ne répond pas à la question, par exemple, ou si la réponse n'est pas bonne. Je peux aussi être choquée par un propos.

 marseille : A quand un débat en face à face entre Sakozy, Royal, Le Pen et Bayrou en même temps ? Nous aurions là un gros débat.   
Nous aimerions bien aussi. Beaucoup de gens nous le demande. Mais les candidats ne le veulent pas ! Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ne souhaitent pas débattre avant le premier tour. S'ils ne le veulent pas, on ne peut pas leur imposer.

 fred : Pourquoi une chaîne nationale donne la plus grande partie du temps d'antenne au candidat Le Pen qui n'a pas encore ses 500 signatures ?   
Si Jean-Marie Le Pen n'a pas ses signatures alors Olivier Besancenot et Nicolas Dupont-Aignan non plus. On peut penser que ceux qui représentent un courant de pensée devraient avoir leurs signatures. Alors nous les invitons.

 olyvyer : N'est-il pas compliqué de faire intervenir des personnes du public sur des questions très précises nourries de leurs expériences face à des candidats qui présentent leurs propositions dans un cadre souvent beaucoup plus large ?   
C'est tout à fait juste ! C'est une très bonne question. C'est effectivement la difficulté principale. Les Français ont envie de participer à cette émission, ils veulent intervenir. C'est compliqué. On essaie de trouver des gens dont la situation est représentative de ce que vivent de nombreuses autres personnes. L'effort demandé au politique, c'est d'écouter celui qui pose la question et d'apporter une réponse à la situation, puis de la compléter dans une optique un peu plus large. Il s'agit de prendre en compte une situation et de la placer dans un contexte plus général.

 Mélanie : Vous assurez-vous que les intervenants ne soient pas venus soutenir un candidat sur le plateau en posant leur question ? 
 
On ne prend pas de militants de parti politique. Nous avons fait une exception hier, avec un militant du PS, mais il a un peu menti à l'antenne. Il n'a pas posé la question qui était convenue. Là, nous nous sommes faits avoir. Donc, il n'y aura plus d'exceptions. Nous ne pensons pas que les panels soient probants. Nous utilisons aussi bien la Webcam que le téléphone… Nous choisissons aussi les gens en fonction de l'actualité : une entreprise, une association… Nous demandons également aux journalistes qui ont fait des reportages s'ils ont vu des gens intéressés. Les gens sont souvent très frustrés. Il voudrait poser et reposer la question, raconter leur histoire.

 art : Avez-vous créé une cellule spéciale au sein de votre rédaction pour couvrir la campagne, notamment avec des jeunes journalistes ? 
 
Apparemment, c'est quelqu'un qui cherche du boulot. ;-) Il n'y a pas de cellule particulière à France 2, mais plutôt un renfort de journalistes. Vous pouvez envoyer votre CV. ;-)

 fred : « Vous êtes à la fois lucide et méprisante, Madame ». Avez-vous été déstabilisée par cette injonction de Nicolas Dupont-Aignan ?   
Il me répond ceci parce que je lui dis : « Vous n'allez pas nous faire croire que vous serez au second tour de l'élection ». Ce n’était pas forcément très gentil de sa part, mais ma remarque n'était pas méprisante. On s’est expliqué après coup, il n’y a aucun problème ni de propos insultants entre lui et moi.

 jérôme T. : Pensez-vous que l'Internet a définitivement changé la façon de faire de la politique ? (Blogs, chats en direct, informations quasi instantanées…)   
Changé la politique ? Faut pas rêver. C'est surtout un support de plus. La télévision n'a pas non plus tué la presse écrite. C'est juste un autre élément. Internet, c'est le pire et le meilleur. La campagne sera très importante sur le Net et c'est formidable quand elle permet la participation. Comme maintenant avec les blogs, etc… Mais ce peut être aussi le pire, avec de fausses rumeurs, des manipulations, etc… Cela peut redonner un espace de dialogue alors qu’il y a de moins en moins de militantisme.

 Clem : Pourquoi ne pas faire intervenir des mineurs qui n'étant pas électeurs, peuvent avoir cependant envie de donner leur avis et de poser des questions ? 
 
Pourquoi pas ?! Envoyez nous vos contacts mais venez accompagnés de vos parents. Sinon, on ne peut pas le faire.

 art : Que pensez-vous de la posture actuelle de François Bayrou qui n'a de cesse de dénoncer la bipolarisation dans les grands médias ?   
Que l'on s'intéresse un peu trop à Royal et Sarkozy, ce n'est pas forcément faux. C'est aussi une posture d'utiliser cette tendance et de jouer les victimes. François Bayrou joue en l’occurrence la victime des grands médias, en faisant des procès d'intention, avant même le début de la campagne. Il a d'ailleurs fait le choix d'aller sur TF1 pour dénoncer TF1. Nous l'aurions accueilli avec plaisir pour le faire. C'est une posture de campagne. Mais nous n'allons pas nous laisser instrumentaliser de toute façon.

 Igor : Pour les malchanceux qui l'auraient raté ou ceux qui voudraient vous revoir à l'oeuvre, quand sera disponible le back up sur le site ? :)   

L'émission sera en ligne sur le site dans quelques instants, vers 18h. Ce sera l'intégrale de l'émission. La prochaine fois, nous essaierons de la faire en direct, notamment pour les Français qui habitent à l'étranger. Nous devons travailler davantage avec le site. C'est un vrai plus. C'est que du bonus que l’émission soit accessible sur le site. Il faut que l'on travaille ensemble.

 Mélanie : N'êtes-vous pas lassée par la langue de bois des politiques? Est-ce toujours une passion après tant d'émissions?   
Je ne suis pas encore centenaire, je tiens à le dire ! ;-) La langue de bois, il y a longtemps que je ne la supporte pas.
Certains hommes politiques, par le biais des jeunes, l'ont bien compris.

 melo : Les journalistes se plaignent souvent qu'il n'y ait pas de renouvellement dans la classe politique. Le problème n'est-il pas pire au niveau des journaliste (Elkabbach, D'Arvor, Duhamel, etc.) ?   

Oui, mais il y aussi Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, etc… Il faut un renouvellement dans la classe politique, nous sommes d'accord. Dans certains pays, il y a même des sanctions. Dans les pays anglo-saxons, si on perd une élection, on ne revient pas. Pour les journalistes, faut-il un turn-over ? Sur la BBC ou CNN, le présentateur a les cheveux gris, il incarne l'expérience. Il ne faut pas faire non plus du jeunisme.

 diogene86 : En fin de débat, la voix off de votre oreillette semblait vous imposer des choix hier soir… Vrai ou faux ? 
 
Pas du tout des choix. On me rappelait ce que je devais dire en fin d'émission ! ;-)

 voltaire : Je remarque de plus en plus de hochements de tête positifs de la part des journalistes télé. Assistons-nous à une « Lepénisation » des esprits ?   
Non. On a peut-être un tic, quand on écoute. Il signifie, j'ai compris. Il ne veut pas dire que l'on approuve. Quand Le Pen donne le chiffre de 10 millions d'étrangers, je ne veux pas que l'on parte dans un débat qui va porter uniquement sur les chiffres. Cela va être interminable. Je ne voulais pas faire trop long sur l'immigration.

 babylon : Ne pensez-vous pas qu'avec toutes les dernières histoires (RG, etc.), la campagne ne risque pas de dériver vers une campagne de "bas étage" et que du coup les débats de fond soient occultés par de la vulgarisation d'information ?   
Oui, on préfère toujours les débats d'idées aux petites histoires de campagne. Et pourtant des débats d'idées, il y en a!
Pour les petites histoires et anecdotes, il faut doser. On ne peut pas occulter certaines histoires. D'ailleurs les journalistes ont parfois tendance à ne parler que des problèmes de personnes. Ces questions n'intéressent pas les gens, je pense. Il faut privilégier les questions de fond. Par exemple, à quelles conditions soutiendrez-vous tel ou tel candidat.

 GR : Que répondez-vous aux propos de MARIANNE qui affirme que la quasi totalité de la rédaction de FRANCE 2 vous est opposée et que seul votre PDG vous couvre ?   
Je n’ai rien à dire à Marianne car je ne m'occupe pas de ce qui se passe à Marianne. Je ne sais pas trop quoi répondre à ça, à part que c'est nul de dire des choses pareilles. Si la rédaction m'était opposée, je crois que je ne serais plus là. Cela fera bientôt trois ans que j'occupe ce poste. Le défaut de Marianne, c'est de se préoccuper beaucoup de ce qui se passe chez les autres. Il ferait mieux de se préoccuper de ce qui se passe chez eux.

 Jérôme T. : Est-ce que le fait d'être une femme dans un monde journalistique essentiellement masculin a rendu les choses plus difficiles dans votre travail? 
 
C'est une profession qui s'est dévalorisée et qui donc s'est féminisée… ;-) Je plaisante. Evidemment, je suis pour la mixité. Quand j'ai commencé, nous n'étions pas nombreuses. Aujourd’hui, beaucoup plus de filles sortent des écoles de journalisme et elles sont désormais très présentes dans les rédactions notamment à la télé. Mais je fais toujours attention à ce que ce soit équilibré et j'embauche autant de garçons que de filles. Je crois aux équilibres.

 Merci Arlette Chabot. Le mot de la fin ? 
 
Merci à tous. Je reviendrai !!! Rendez-vous après la prochaine émission.



crédit photo : FRANCE 2 - Gilles Gustine
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr