Cancer: Vous avez interviewé le cancérologue Laurent Schwartz

VOS QUESTIONS A l'occasion de la journée mondiale contre le cancer, le cancérologue français vous a répondu...

Cédric Garrofé

— 

 Le cancérologue Laurent Schwartz

 Le cancérologue Laurent Schwartz — C.GONTHIER // 20 MINUTES

[Le chat est terminé]

Merci à tous. J’espère sincèrement que la sortie de ce livre permettra la révolution que nous attendons.

Signord Conquis: Sur 100 malades du cancer combien survivent-ils?
Beaucoup survivent, car beaucoup sont atteints de petits cancers du sein ou de la prostate, dont on ne sait si sans aucun traitement ils auraient été agressifs. 
 
Tartiflouze: A vous lire, tout est lié au glucose. Donc une hypothèse stupide: si on arrête le sucre, lutte-t-on contre le cancer?
Je ne crois pas car notre corps fabrique du sucre. Suivre un régime draconien n’aura que peu d’effet sur la glycémie.
 
Serge: Est-il possible de guérir du cancer?
J’ai bon espoir que cela le sera bientôt. Nous sommes une équipe de scientifiques basés à l’Ecole Polytechnique, qui croyons à une simplification de la maladie, et donc à une révolution. Aujourd’hui, nous avons ralenti la croissance de tous les types de cancer chez la souris, les résultats ont été confirmés dans un deuxième laboratoire; quelques patients semblent répondre de façon surprenante. Aucune certitude mais l’espoir est permis. C’est pour que des essais cliniques soient réalisés le plus rapidement possible, que j’ai décidé d’écrire «Cancer, guérir tous les malades?».
 
Kler4: Que pensez-vous de l'aspartame? Pourquoi n'est-on toujours pas certain de sa nocivité?
Il y a des centaines de produits chimiques que l’on nous présente comme cancérigènes. Je suis cancérologue depuis plus de 30 ans et je ne peux pas répondre à cette question, ne sachant sincèrement pas la réponse. 
Je préfère focaliser mon effort à tenter de guérir les malades, où tout au moins à essayer de comprendre la maladie. 
 
Françoise: Que pensez-vous du Vidatox, médicament à base de venin de scorpion, découvert par des chercheurs cubains qui atténuerait les effets secondaires du cancer. Peut-on déjà l'utiliser?
Le monde du cancer bruisse de médicaments miracles, le plus souvent exotiques et chers. Il y a quelques années, c’étaient les ailerons de requins, aujourd’hui il doit y avoir un laboratoire astucieux qui a compris comment on pouvait élever les scorpions. 
 
Tournesol: Souscrivez-vous aux affirmations de Samuel Epstein qui prétend que 80% à 90% des cancers résultent de facteurs environnementaux?
En matière de cancérologie, peu de choses sont solides. Les avis divergent, même parmi les gens honnêtes. Pour moi, le cancer est souvent une maladie du vieillissement. Les cancérigènes au premier rang desquels le tabac, l’alcool ou l’amiante nous font vieillir prématurément et c’est ainsi qu’ils nous tuent. La mortalité par cancer varie peu dans le monde, l’espérance de vie d’un Français, d’un Japonais ou d’un Américain est à peu près la même. Il n’y a malheureusement pas de régime miracle contre le cancer.
 
EColsa: Vous affirmez que le cancer va devenir une maladie prochainement curable. Parlez-vous de toutes les formes de cancer? Si vous deviez donner une estimation, pensez-vous qu'au siècle prochain, cette maladie ne sera plus mortelle?
Je ne suis pas devin, mais je crois à ce que je fais. J’espère que le cancer sera bientôt curable. Les molécules que nous proposons sont des médicaments déjà testés dans d’autres indications que le cancer, je souhaite ardemment que les essais thérapeutiques se mettent en place rapidement. Il est facile de guérir une souris, et beaucoup plus dur de guérir un vrai patient.
 
Jean-Marie: Le Président de la République a décidé un nouveau Plan Cancer. Les CLCC (Centre de Lutte Contre le Cancer) participent à la lutte contre le Cancer avec ses missions de Soins, Recherche et Enseignement. Or presque tous les Centres sont en déficit en raison d'une diminution importante des dotations MIGAC pour remplir leurs missions octroyées par le ministère par l'intermédiaire des ARS  (Agences régionales de santé) malgré une augmentation de leur activité ce qui provoque de gros problèmes de gestion du Personnel, non remplacement des personnels malades, formations réduites, augmentation des salaires inférieures à l'inflation... Que faut-il faire? 
Ce sont probablement plus de 100 milliards de dollars qui ont été investis dans la recherche contre le cancer, l’impact sur la survie des patients a été réel mais très limité. Il n’est que temps de tout remettre à plat.
 
Leonard7: Certaines populations sont-elles épargnées par le cancer?
Il n’existe qu’une seule population qui soit épargnée par le cancer, ce sont des nains en Equateur qui ne possèdent pas de récepteur à l’hormone de croissance. C’est donc logiquement qu’ils ne développent ni diabète ni cancer. Un argument de plus en faveur de l’origine métabolique du cancer. 
 
Cécé: Manger (trop) de viande est-il cancérigène? Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne mange pas de viande - mais beaucoup de légumes. Ai-je réellement plus de chance d'être en bonne santé et d'éviter cette maladie?
Il n’y a aucune population qui ne soit atteinte par le cancer, même les Adventistes du 7ème jour qui ne fument, ne boivent et ne mangent de viande sont aussi touchés par la maladie. Je ne crois pas qu’il existe un régime miracle qui permette d’éviter le cancer (hormis l’arrêt du tabac et de l’alcool).  Les Japonais qui partent vivre aux Etats-Unis abandonnent leurs sushis pour manger plus souvent des steaks, meurent plus souvent du cancer du colon que de l’estomac. Au total, je ne pense pas qu’ils gagnent grand chose en survie.
 
JP4: Merci beaucoup pour votre livre, qui donne énormément d'espoir à beaucoup de malades (mais aussi de non-malades qui ont été touchés de près par le cancer). Vous dites, dans votre livre, que le cancer est «très probablement une maladie simple» . Pouvez-vous détailler cette affirmation?
Je vous remercie chaleureusement. Je suis moi-même très optimiste, une maladie aussi fréquente chez l’homme et chez l’animal est forcément une maladie simple. Comme la digestion du sucre est bloquée dans la cellule, celle-ci grossit pour se diviser; comme elle grossit, la tumeur est sous pression et les métastases s’échappent à distance. Ces idées ne sont pas neuves, tout ou presque était déjà dit il y a 80 ans. Le travail de mes amis polytechniciens a été de retrouver ces évidences enfouies pour refaire du cancer une maladie simple.
 
Dominique: Existe-t-il un moyen de dépistage du cancer en général? Si oui, lequel? Il est incroyable que l'on n'ait pas trouvé à l'heure actuelle un moyen de déceler cette maladie avant sa phase terminale la plupart du temps. 
A ce jour, la controverse est majeure. Beaucoup veulent vulgariser les techniques de dépistage par mammographie ou par dosage de PSA pour la prostate, le bénéfice pour les patients est loin de faire l’unanimité. Les grosses études scientifiques suggèrent une très discrète augmentation du nombre de patients guéris au prix d’effets secondaires majeurs pour beaucoup d’entre eux. Dépister c’est découvrir de petites tumeurs. Ces petits cancers ne sont souvent pas agressifs. Récemment, le gouvernement américain a décidé d’arrêter le dépistage systématique du cancer de la prostate.
 
Hester: J'ai écouté avec intérêt l'émission à laquelle vous étiez invité sur France Inter. J'en ai retenu deux choses: Le cancer serait la manifestation d'une malabsorption du glucose, qui induirait une synthèse exagérée par les cellules atteintes. Le principal agent en cause dans le cancer du poumon serait le CO2 issu de la combustion de la cigarette. En quoi le CO2 influence-t-il l'absorption du glucose? Et pourquoi ce dysfonctionnement se manifeste à un endroit précis (sein, pancréas, poumon, ovaire etc.) et non de manière générale à toutes les cellules?
Le cancer est une maladie simple, les cellules captent trop de sucre qu’elles ne peuvent digérer, c’est donc logiquement qu’elles grossissent et se divisent. Tout vigneron sait qu’il peut faire fermenter son vin plus rapidement en augmentant la teneur en gaz carbonique. En fumant, le fumeur inhale des concentrations de gaz carbonique qui empêchent la cellule de respirer.  Comme la levure du vin, elle va fermenter et donc proliférer. Tout cancer qu’il soit ou non causé par la cigarette capte du sucre qu’il ne peut digérer. C’est pourquoi le médecin demande en routine un PET scan, le sucre radioactif donc visible par le radiologue est capté par la cellule cancéreuse. Le médecin voit alors le cancer.
 
Alex: Pensez-vous, avec le recul que l'on a maintenant, que les thérapies ciblées ont réellement révolutionné la prise en charge des cancers accessibles à ces nouveaux traitements?
Les progrès de la recherche sont indéniables mais malheureusement que partiels, le cancer reste un sujet d’actualité. Force est de constater que la révolution tant attendue n’est pas encore arrivée. Le nombre de morts par cancer reste très important. L’impact sur la survie des thérapies ciblées n’est pas évident.
 
Alex: Quelles sont les pistes qu'il reste encore à explorer concernant ces molécules?
Toute thérapie en médecine est ciblée, encore faut-il choisir la bonne cible. Toutes ces nouvelles thérapies extrêmement chères ne visent qu’à une chose: tuer les cellules cancéreuses. Une autre approche est possible. Le cancer est probablement une simple maladie de la digestion cellulaire. En corrigeant ces anomalies nous espérons guérir les malades.
 

---------------

Présentation du chat:

 La Journée mondiale de lutte contre le cancer a lieu ce lundi 4 février. Près de 250 campagnes sont prévues dans une soixantaine de pays pour sensibiliser à la prévention, à la détection et au traitement de cette maladie.

En effet, le cancer reste, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une cause majeure de décès dans le monde, à l’origine de près de 8 millions de disparations en 2008, l'équivalent d'environ 13% de la mortalité mondiale.
 
A cette occasion, nous recevons le cancérologue et chercheur français Laurent Schwartz. Son livre Cancer, guérir tous les malades?, écrit avec l'enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli, est disponible depuis le 31 janvier aux éditions Hugo et Compagnie.
 
 

Mots-clés :

Aucun mot-clé.