Mariage gay: Vous avez interviewé l'abbé Grosjean

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Publié le 10 janvier 2013.

VOS QUESTIONS - Le prêtre a répondu à vos questions...

[Le chat est terminé]

Merci à chacun pour ce dialogue, franc et - je l’espère - constructif. Certains se disent peut-être que je défends une institution du passé, un modèle archaïque. Les partisans de ce projet de loi aiment se présenter comme ceux du “Progrès”. Je crois que l’histoire nous donnera pourtant raison. Car priver de par la loi un enfant de son père ou de sa mère, même pour répondre à un désir sincère d’enfant d’un couple, ne sera jamais à mes yeux un progrès, mais bien une régression. Je connais beaucoup de familles monoparentales, beaucoup d’enfants qui à cause des évènements de la vie (deuil , divorce) sont privés de leur père ou de leur mère. Bien sûr ils essayent d’y pallier courageusement. Mais tous disent qu’il reste un manque. Instituer ce manque en amont est profondément injuste pour l’enfant qui le subira. La complémentarité père/mère, la parité n’est pas accessoire pour un enfant. C’est une chance. Et dimanche, nous serons nombreux à dire simplement, paisiblement, joyeusement que cette chance doit être offerte au plus grand nombre, à chaque fois que cela est possible. 

Je sais pas si j’ai le droit de l’écrire ici, mais je prends ce droit ;-) … ce soir, je confierai au Seigneur dans ma prière tous ceux qui m’auront lu, et ceux qui vous sont chers. Que le Seigneur vous bénisse!

Abbé Grosjean + 

Aurelia: Je suis une fervente catholique et pour le mariage Homosexuel. Pour moi Dieu est amour et s’il a créé des hommes qui aiment les hommes et des femmes qui aiment des femmes, l’homme ne peut aller contre. Je me reconnais de moins en moins dans cette église qui pour moi prône la haine et l’intolérance. Je ne comprends pas.
 
Chère Aurélia, relisez la lettre dont j’ai parlé plus haut. Ce jeune catholique homosexuel y exprime sa reconnaissance pour l’Eglise. N’en restez pas aux caricatures véhiculées bien souvent par ceux qui veulent décrédibiliser la parole de l’Eglise. Prenez le temps d’aller en discuter avec votre curé, ou votre évêque. Vous verrez que le discours de nos évêques, de l’Eglise d’aujourd’hui, est porté par le soucis des plus fragiles, par le souhait de promouvoir ce qu’il y a de mieux pour l’enfant, même s’il faut pour cela parfois dire non à certaines revendications, mais jamais par la condamnation des personnes, quelles qu’elles soient. 
 
D’autre part, on peut aussi avoir de vrais désaccords sur ce genre de sujets, tout en gardant un lien fraternel. Ceux de mes contradicteurs qui me connaissent savent qu’heureusement, je sais les apprécier et discuter cordialement avec eux au delà de ces désaccords. C’est même toujours un enrichissement mutuel de pouvoir dialoguer en vérité, sans tomber dans les accusations trop faciles. Ça nous force les uns les autres à approfondir et ajuster notre discours. 
 
On peut se rejoindre sur une certitude: si le gouvernement avait accepté, comme nos évêques - mais aussi beaucoup de maires, de professionnels de l’enfance, ou d’associations familiales - l’ont demandé, d’organiser de grands Etats Généraux de la Famille et du Mariage, un peu à l’image de ceux qui ont été organisés sur la bioéthique, nous aurions eu le temps d’un débat de fond, de qualité, dans le respect et l’écoute mutuels. 
 
Madame Taubira nous dit «C’est rien de moins qu’une réforme de civilisation». Nous pressentons tous, quelques soient nos opinions, que ce sujet touche à l’essentiel: au bien de l’enfant, à la famille, aux couples... cela ne doit pas se transformer en affrontement droite-gauche. Cela ne peut se réduire à un affrontement partisan. Cela aurait mérité, au moins autant que les questions de bioéthique, de donner le temps aux Français de débattre, sans être sous la pression des revendications associatives, ni du jeu politique. Tout le monde avait apprécié la tenue et la qualité des Etats Généraux de la Bioéthique... 
 
Honnêtement, je ne comprends pas ce refus du gouvernement. Il laisse du coup soupçonner qu’à défaut de réussir sur le social, il lui faudrait en urgence offrir une «réussite» symbolique sur le sociétal... Mais à quel prix ? Les auditions ont été bâclées, et bien peu équilibrées. Les pédopsychiatres sont divisés entre eux : le principe de précaution devrait bénéficier à l’enfant. Mais le gouvernement veut passer en force, conscient que plus on tarde, plus les français ouvrent les yeux sur les conséquences pour l’enfant et pour la famille de ce projet de loi. Ils sont chaque jour moins nombreux à vouloir l’adoption et la PMA...  D’autres qui voulaient aller plus loin sont eux aussi déçus, par cet amateurisme et ces flottements incessants. 
 
Je crois que celui qui doit être au cœur de ce débat, l’enfant, celui qui ne vote pas et ne peut se défendre seul, aurait mérité qu’on prenne le temps de réfléchir sur le fond, calmement, paisiblement. Il aurait mérité une vraie «concertation». Ça aussi, ça faisait partie des promesses du candidat Hollande... Mais celle-là, elle faisait l’unanimité!
 
Gary: Pour quelles raisons les femmes ne peuvent pas être prêtres en France? 
 
Elles ne peuvent pas l’être en France, ni ailleurs dans le monde! Égales ne veut pas dire semblables. Tout baptisé possède une égale dignité dans l’Eglise, et chacun reçoit sa mission. Être prêtre n’est pas un droit, mais un appel que nous fait l’Eglise. Elle appelle des hommes pour cette mission qui est d’agir au nom du Christ, en la personne même du Christ, en célébrant la messe, en donnant son pardon, etc.  Il est du coup cohérent d’appeler à cette mission des hommes, qui prennent la suite des apôtres, ces hommes appelés par le Christ. Mais cela n’empêche pas les hommes qui n’y sont pas appelés, et les femmes - religieuses ou laïques - d’avoir une vraie place et une importance capitale dans l’Eglise. Une Mère Térésa ou une Soeur Emmanuelle l’ont démontré, pour ne prendre que des exemples de religieuses. 
 
Aurélien: Mon Père, ne pensez-vous pas qu'il s'agit ici d'un mariage civil auprès du maire de sa commune et que la religion respective n'a donc rien à dire?
 
Je rappelle juste que la loi nous impose pour marier religieusement quelqu’un de vérifier qu’il soit marié civilement, sous peine de prison! Donc c’est la loi de la République qui elle-même fait le lien entre mariage civil et religieux (uniquement pour les catholiques, d’ailleurs, je crois!), rendant nécessaire le premier pour permettre le second. Mais pour l’essentiel, j’ai répondu plus tôt sur la légitimité de l’Eglise à prendre la parole dans ce débat public.
 
Julien: Pourquoi accepter de contredire la bible sur le divorce, la virginité avant le mariage, le remariage automatique des veuves au frère du défunt, l'esclavage, le port de plusieurs tissus d'habillage, la dégustation de crustacées... Mais pas sur l'homosexualité?
 
Les catholiques n’ont pas une lecture fondamentaliste de l’Ecriture, et laisse une place à l’interprétation. C’est l’Eglise qui au cours des siècles, assistée - comme nous le croyons -  par Dieu, sous l’autorité du pape et des évêques, fait ce long travail de maturation, d’approfondissement et d’explication de la Parole de Dieu. Voilà pourquoi pour les catholiques, la Bible doit être reçue et comprise à la lumière de l'enseignement de l’Eglise depuis 2000 ans.
 
Sky: N'avez-vous pas l'impression d'avoir dépassé les limites fixées par le principe de laïcité qui veut que les religions n'interviennent pas dans le monde et les décisions politiques?
 
J’ai répondu plus haut. Qui reproche aujourd’hui à l’abbé Pierre son appel de 54? Même Cécile Duflot se tourne vers l’Eglise pour pallier aux carences de l’Etat sur le logement d’urgence ! Et beaucoup de ceux qui reprochent à l’Eglise de prendre la parole sur ce sujet de société, applaudissaient les remontrances qu’elle faisait au précédent gouvernement sur la question des Roms ! L’Eglise est au coeur de la vie de la Cité. Elle ne cherche pas à s’imposer, mais à proposer son message, pour éclairer le discernement et la conscience des uns et des autres.
 
Laurent: A votre avis, faut-il dissocier mariage, adoption et PMA pour mieux débattre?
 
Je crois au contraire qu’il y a une certaine cohérence et même une vraie franchise chez des gens comme Pierre Bergé, qui explique que la cohérence d’un tel projet de loi est d’arriver à un droit à l’enfant pour tous, et donc à la PMA pour tous, et donc à la GPA pour tous. Toujours au nom de l’égalité des droits. 
 
Le gouvernement sait bien que si les Français dans leur ensemble ne sont pas défavorables au mariage pour les couples de même sexe, une majorité d’entre eux (54% dans le dernier sondage ifop ) refusent l’idée d’adoption et de PMA dans ce cadre. La tentation est donc grande de faire un tour de passe-passe parlementaire, pour gommer les aspects les plus gênants du texte. 30 députés PS avaient d’ailleurs refusé de signer l’amendement pro-PMA annoncé. 
 
La vérité, c’est qu’il ne peut y avoir mariage sans droit d’adopter. Or il y aura très peu d’adoption: 24.000 couples sont déjà en attente, pour 2.500 enfants adoptables chaque année, dont l’essentiel vient des pays étrangers qui couperont cette possibilité si le projet de loi Taubira passe. Donc il faudra forcément ouvrir la PMA si on veut que les couples de même sexe puissent avoir un enfant. 
 
Cela veut dire quelque chose de grave: on demande à la médecine non plus de réparer une infertilité pathologique, de soigner, mais bien de surmonter une infertilité sociale, inscrite dans la nature: le fait que deux femmes ne puissent donner la vie ensemble. Puis-je demander ainsi à la médecine de se plier à tous mes désirs, sous prétexte qu’ils sont sincères? Il y a une vraie tentation de toute-puissance derrière. Et que pensera cet enfant qu’on a volontairement privé de père? Nulle part ne sera écrit qu’il a eu un père, mais bien deux mères. On institue là un mensonge légal. 
 
Mais on ne s’arrêtera pas là: au nom du principe d’égalité, comment refuser ce droit aux couples d’hommes? Déjà le débat est ouvert dans les médias. On entend les partisans de la gestation pour autrui expliquer que cela se fait déjà ailleurs, et donc qu’il serait hypocrite de rester bloqué là dessus. Les mêmes arguments reviennent. 
 
Bref ! Soyons honnêtes. On est face à deux choix de société: l’instauration d’un droit à l’enfant pour tous d’un côté, dont il faudra assumer toutes les conséquences, GPA comprise. Ou le respect des droits de l’enfant de l’autre. Y compris au prix de savoir dire non à certaines revendications.
 
Julie C.: Que pensez-vous de Civitas? Ne sont-ils pas un peu extrêmes dans leurs propos?
 
Je n’ai pas de liens avec eux à propos de cette mobilisation. J’ai eu l’occasion, lors de l’affaire des pièces de  théâtre, de questionner assez vigoureusement leurs méthodes et discours. J’ai appris qu’ils ne souhaitaient pas manifester avec nous dimanche.
 
Fab Ctout: Des tracts dans les écoles, des parents emmènent leurs enfants dans la manifestation... Dans quelques années, ces enfants atteindront leur majorité sexuelle, et, une petite partie d'entre eux pourront découvrir leur homosexualité. Pensez-vous à eux? Ne croyez-vous pas que les impliquer dans ce débat risque de mettre à mal leurs rapports avec leur famille? Ne pensez-vous pas qu'ils risquent d'en souffrir?
 
Dans les documents dont vous parlez (issus de l’ «Association des Parents d’Elèves de l’Enseignement Libre») qui étaient adressés aux parents (je le rappelle) ou dans la manifestation pour tous, de dimanche matin, comme celle du 17 novembre, vous ne trouverez aucune stigmatisation des personnes homosexuelles. C’est une autre des vraies réussites de la mobilisation: avoir prouvé, comme le disait Lionel Jospin, qu’on peut vouloir lutter contre l’homophobie, ne pas être homophobe, et en même temps, s’opposer clairement, posément et franchement à ce projet de loi. La preuve: il y aura des personnes homosexuelles qui défileront dimanche matin. Beaucoup sont opposées à ce projet de loi. Vous pouvez en écouter ici. Leur témoignage est précieux.
 
Jeff: Je suis homosexuel, je suis pour le mariage pour tous, même s’il ne fait pas de mes convictions. Je pourrais comprendre votre position si cette loi avait concerné le mariage religieux, mais il s’agit d’une modification du mariage civil, donc rien à voir avec la foi. De plus la France c’est «Liberté, Egalité, Fraternité», alors pouvez-vous m’expliquer quel intérêt peut avoir la position d’un religieux alors que notre république est laïque et que vos positions font de certains citoyens des citoyens de seconde zone?
 
Deux réponses possibles à votre question: 
 
- Vous remarquerez que dans le débat actuel, qui je le redis n’est pas un débat sur l’homosexualité, mais sur l’institution civile qu’est le mariage, sur la parenté et la filiation, l’Eglise n’utilise pas d’arguments confessionnels. Elle s’appuie sur des arguments rationnels, que tous peuvent partager. D’ailleurs, ceux qui seront dans la rue dimanche n’y seront pas pour manifester leur foi, mais leurs convictions sur l’intérêt de l’enfant, conviction  faite de bon sens. Qu’ils soient croyants ou non. 
 
- Jamais l’Eglise ne s’est sentie le devoir d’en rester à des sujets religieux. Lors de l’hiver 54, quand l’abbé Pierre prend la parole, ce n’est pas pour nous expliquer comment dire le chapelet, mais bien en raison d’un problème politique et social, le logement, qui touche les plus fragiles. Quand en 2010, les évêques interpellent rudement le gouvernement de Nicolas Sarkozy sur le sort réservé aux populations Roms, ils interviennent dans le domaine politique, et beaucoup s’en sont réjouis. L’Eglise recherche, avec d’autres, à servir le bien commun, qui commence par le bien des plus fragiles. A chaque fois que ce bien est en jeu, l’Eglise se fait la voix des sans-voix, elle alerte les consciences et prend part au débat public. C’est sa liberté, c’est aussi son devoir et le service qu’elle rend à la société, car elle a une parole libre de tout intérêt partisan. Sur ce projet de loi, l’Eglise défend l’intérêt de l’enfant. Ce projet de loi a été fait par des adultes, pour répondre au désir d’enfants de certains adultes, mais sans penser à l’intérêt de l’enfant, pour lequel la complémentarité père/mère n’est pas accessoire.
 
Blobfish: Quel discours tenez-vous auprès de vos fidèles homosexuels?
 
Quand des personnes homosexuelles viennent me voir, c’est souvent parce qu’elles font confiance au prêtre que je suis, et à l’Eglise que je sers, pour les aider à trouver un chemin de vie, qui leur permet de construire un bonheur durable, prenant en compte ce qu’elles sont et ce qu’elles croient. Nous approfondissons ensemble ce message de l’Eglise, pour éviter d’en rester aux caricatures habituelles. Ces personnes découvrent souvent combien elles sont d’abord accueillies et aimées, comme toute autre personne. C’est parfois une surprise: «Mais alors, vous ne me condamnez pas?» Je crois que l’Eglise sait concilier vérité du discours, franchise du discours - elle ne cherche pas à nous «plaire» - et bienveillance, miséricorde, accueil de tous. En tout cas, je m’y efforce. Le discours de l’Eglise est exigeant, offre des repères clairs pour celui qui veut vivre en chrétien, mais cette exigence n’est jamais écrasante. Elle relève et encourage.
 

Coeurdelion: Pouvez-vous rappeler la position de l'Eglise catholique concernant l'homosexualité? Et la vôtre?

Bonjour! Je voudrais avant tout préciser un point essentiel: ce débat autour du «Mariage pour tous» n’est pas à mes yeux et ne doit pas être un débat autour de l’homosexualité. Ce fut je pense, l’une des réussites de cette mobilisation: nous avons montré qu’il fallait remettre la question de l’intérêt de l’enfant au centre. Il ne s’agit pas de juger de la sincérité de l’amour des uns et des autres - qui pourrait en juger? - ni même de la sincérité du désir d’enfant des couples de même sexe. Mais bien de se poser la question: quel est le mieux pour l’enfant? Pour vous répondre ensuite, plus directement, je vous invite à lire ce petit texte: la lettre d’un jeune homosexuel qui explique et justifie auprès d’une amie le message de l’Eglise pour les personnes homosexuelles. C’est ici. Je trouve cette lettre très belle, car ce jeune vit dans sa chair ce qu’il écrit, et trouve le ton juste, nourrit de son expérience. II est toujours réducteur de vouloir résumer un message en 2 lignes, sur une question si importante. Redisons l’essentiel  l’Eglise refusera toujours de «condamner» des personnes, ou de les réduire à tel ou tel acte qu’elles posent. On ne juge pas les cœurs. On ne réduit pas non plus une personne à une orientation sexuelle qu’elle n’a pas choisie. Voilà pourquoi tout propos ou tout acte contre ces personnes au nom de leur orientation est insupportable. Toute personne est d’abord digne et infiniment précieuse aux yeux de Dieu, telle qu’elle est. Ensuite, l’Eglise pense aussi que l'altérité sexuelle, la complémentarité homme/femme n’est pas accessoire mais essentielle et structurante dans une relation de couple, et dans la relation sexuelle, telle qu’elle la comprend dans le plan de Dieu. Mais relisez cette lettre dont je vous ai parlé, qui approfondit avec justesse ces intuitions.

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Présentation du chat:

A l'occasion du débat sur le mariage gay et de la manifestation contre le projet de loi «Mariage pour tous» prévue ce dimanche à Paris, nous recevons l'abbé Pierre-Hervé Grosjean, prêtre à Saint-Cyr l'Ecole et responsable des questions politiques, de bioéthique et d'éthique économique pour le diocèse de Versailles. L’occasion pour lui de nous expliquer notamment pourquoi il demeure fermement hostile au mariage pour les couples homosexuels.

Cédric Garrofé
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