Vous interviewez Jean-Christophe Grangé pour son roman «Kaïken»

8 contributions
Publié le 13 septembre 2012.

VOS QUESTIONS - L'écrivain policier est dans les locaux de «20Minutes»...

[Le chat est terminé]

Merci pour toutes vos questions et votre enthousiasme. J’espère que mon nouveau livre, “Kaïken”, qui vous emmènera cette fois au Japon, répondra à vos attentes ! A la prochaine fois.

Une petite question décalée. Si vous deviez me convaincre d'acheter votre dernier livre, que me diriez-vous?
Je vous promets d’être absorbé par votre lecture et d’oublier tous vos soucis durant quelques heures. Mais attention: il ne faut pas avoir peur de la violence!

Votre surnom, le Stephen King français. Qu'en pensez-vous?
J’en suis fier, bien que mes livres ne soient pas très fantastiques. Je pense surtout qu’on m’a comparé à King pour signifier que mes livres, comme les américains, accordaient une grande importance à l’intrigue et qu’ils donnaient envie de tourner les pages. En ce moment, les médias m’appellent aussi “le boss”, ce qui n’est pas mal non plus ! Mes enfants, pour se moquer de moi, m’appellent souvent comme ça... C’est dur d’avoir de l’autorité!

Pourquoi êtes-vous si fasciné par la religion?
Je pense que c’est parce que je suis assez religieux moi-même (plutôt catholique, à cause de mon éducation, mais également très attiré par le bouddhisme). Par ailleurs, je crois que mes méchants représentent toujours une sorte de concentré presque pur du Mal. Ils tuent sans autre mobile que la volonté de détruire. il est normal que mes histoires proposent aussi une autre pureté, celle du bien et de l’amour, qu’on trouve, je pense, dans la religion.

Comment jugez-vous les films adaptés de vos livres?
C’est difficile pour moi d’avoir un avis sur les films tirés de mes livres. D’abord parce que souvent, j’ai participé à l’adaptation et j’ai donc connu tous les problèmes du développement, du tournage, etc. En général, je suis déjà content qu’il y ait quelque chose, à l’arrivée, sur l’écran... Mon film préféré reste «Les rivières pourpres». D’abord parce que c’était le premier. Ensuite, parce que Mathieu a réussi à exprimer l’inquiétude qui plane dans la montagne. J’ai vu hier le film tiré de mon livre «Miserere», avec Gérard Depardieu et Joey Starr et je l’ai beaucoup aimé. Il sortira en 2013.

Mikael: Comment naît une intrigue et comment se développe-t-elle au fil de l'écriture?
La naissance d’une intrigue est un mystère. Quand les idées me viennent, cela me fait même un peu peur (surtout vues les idées !) Mais attention, pour ma part, l’intrigue ne se développe pas au fil de l’écriture. J’écris seulement quand mon intrigue est clairement structurée. Un polar, c’est une histoire à l’envers. Cela commence par la fin: le meurtre, et cela remonte au début : le mobile et son histoire. Donc, vous avez intérêt à connaître la fin avant de commencer (c’est-à-dire le début!).

Fred: Je suis une accro de vos livres. Mon préféré reste «La ligne noire» même si il est très violent. Je trouve que parfois la description des lieux embrouille l'intrigue, et que du coup on s'y perd, c'était le cas pour «La forêt des mânes». Est-ce que c'est rassurant pour vous d'aller à ce point dans le détail historique du pays et des lieux?
Je suis désolé que mes descriptions vous embrouillent! Ce n’est pas le but, je vous assure. Au contraire, j’espère toujours bien poser le décor afin de faire sentir au lecteur, de la façon la plus intense possible, les scènes racontées.

Quels sont vos auteurs préférés d’une manière générale? Ceux qui vous inspirent?
Mes auteurs préférés sont nombreux. Dans le domaine du polar : James Ellroy, Partin Cruz Smith, Sébastien Japrisot... Chez les classiques, André Malraux, Goffredo Parise, Françoise Sagan...

Vidocq, les rivières pourpres ont connu de beaux succès au cinéma. Aimeriez-vous vous mettre, vous-même, à la réalisation?
Jamais de la vie. La mise en scène est un autre métier. D’abord, c’est un autre mode d’expression : ce n’est pas parce que vous savez écrire des phrases que vous saurez composer des images. Ensuite, l’état d’esprit n’a rien à voir. Quand vous écrivez, vous êtes seul et vous décidez de tout. Quand vous dirigez un film, vous devenez un chef d’orchestre, devant prendre en compte les avis de chacun, et souvent accepter les contraintes venues de l’extérieur (argent, technique, météo, caprices de star, etc). Un cauchemar!

J'aime beaucoup vos livres, mais j'aimerais aussi connaître un peu mieux l’homme. A quoi ressemble votre vie de tous les jours? Votre passé?
Ma vie quotidienne est celle d’un artisan. Je me lève très tôt (4 heures du matin) et j’écris jusqu’à 8 heures. Je redors et écris jusqu’au déjeuner. Je redors et écris jusqu’au dîner... Pas très passionnant ! En fait, chez un écrivain, tout se passe dans la tête. Sinon, je m’occupe beaucoup de mes enfants et je fais des voyages pour enquêter en vue de mon prochain roman. Sur mon passé, je suis orphelin de père et j’ai vécu, très heureux, auprès de ma mère et ma grand-mère. J’ai toujours été solitaire et passionné par les arts (d’abord, le dessin, ensuite la musique et enfin, vers 20 ans, la littérature). J’ai eu la chance de réaliser mon rêve: vivre de ma plume.

marchalombre: Cher Monsieur, j'ai lu tous vos livres avec une préférence pour les Rivières Pourpres et Miserere. Par contre, l'avant dernier, qui se passe à Bordeaux avec un psy, j'ai complètement décroché. Comment est née cette vocation d'écrivain?
J’ai toujours voulu écrire des fictions. En sortant de la fac, je n’avais pas beaucoup d’idées ni grand-chose à raconter... C’est grâce à mes reportages que j’ai pu nourrir mon imaginaire et inventer des histoires qui ont intéressé les lecteurs.  Quant à mon polar à Bordeaux, je suppose que vous parlez du “passager”... La règle numéro un, pour un auteur, est d’accepter les critiques et surtout les différences d’avis des lecteurs. J’en connais beaucoup pour qui le “passager” est mon meilleur ! Personnellement, ce sont comme mes enfants : je les aime tous d’une égale façon.

Pierre: Quel est l’ouvrage de cette rentrée littéraire qui a retenu votre attention? Quels sont vos auteurs préférés d’une manière générale? Ceux qui vous inspirent?
Il y a bien longtemps que je ne m’intéresse plus à la rentrée littéraire. Je me suis fait trop souvent avoir en achetant un livre encensé par la critique et qui me tombait des mains. Le mieux, c’est d’attendre un peu et de voir les livres qui tiennent dans la durée. En général, ce sont ceux qui ont de réelles qualités. Sinon, il y a toujours les classiques !

Bonjour, je suis fan de vos livres, je me targue même d'en être le plus grand. Chaque livre terminé, j'attends le suivant avec une impatience de gosse. Vous êtes un génie, c'est dit ...
Vos romans sont truffés de détails qui servent l'histoire, avec certains qu'on retrouve 200 pages plus loin et qui expliquent ceci ou cela. Il y a toute une mécanique dans vos romans. Plus clairement l'intrigue est (heureusement me direz-vous) construite sur une base toujours extrêmement complexe et qui en rend le dénouement toujours incroyable. Cette intrigue vient-elle instantanément? En clair, comment travaillez-vous? Comptez-vous venir un jour dédicacer vos livres dans le Morbihan?

Je travaille d’après un synopsis très précis, en sachant ce qu’il y aura, exactement, dans chaque chapitre. Je pourrais même écrire mon livre dans le désordre, comme sur un tournage de film. La colonne vertébrale du livre est très importante : c’est ce qui attise la curiosité du lecteur. On parle souvent des techniques du suspense mais ce sont des trucs de surface. Ce qui compte, c’est l’histoire, rien que l’histoire. Si le suspense n’est pas à l’intérieur, vous pouvez essayer toutes les combines de style : ce sera artificiel. Quant au Morbihan, je ne sais pas encore. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’une partie de mon prochain livre se passera en Bretagne (plutôt Finistère !).

Vincent: Pour moi, être écrivain de polar, c'est être seul devant son PC, à réfléchir a des crimes horribles dans les moindres détails, afin de les retranscrire de manière crédible au lecteur. Si je ne me trompe pas dans cette vision, comment trouvez-vous ces idées et surtout, comment sortir de cette fiction des plus sombres une fois que vous avez quitté votre fauteuil d'écrivain?
En réalité, les idées vous viennent de façon mystérieuse, et très rapide. C’est ce qu’on appelle “l’inspiration”. Mais à partir de ces quelques heures inspirées, vous travaillez un an ou deux pour les exprimer le mieux possible. Après la fièvre du début, vous vous retrouvez donc à mener un travail d’artisan, assez tranquille. Quand je quitte mon fauteuil, je réintègre la réalité sans problème (mais mes personnages sont toujours avec moi, dans un petit coin de ma tête).

Marie: J'ai lu tous vos livres et vu les films adaptés de vos romains, je souhaiterai avoir une dédicace et je vous remercie pour votre talent...
Merci pour votre enthousiasme. Malheureusement, je fais assez peu de signatures. Je suis un artisan qui travaille chaque jour derrière son ordinateur et je ne rencontre pas souvent mes lecteurs. Ecrivez-moi chez mon éditeur et je vous enverrai une dédicace.

Laurent: Depuis quand écrivez-vous? Pourquoi avoir décidé de faire ce «métier» et qu'auriez-vous fait, dans un autre cas de figure? Flic?
J’ai passé plusieurs années à la Sorbonne à étudier la littérature classique. Ensuite, les hasards de la vie professionnelle m’ont transformé en grand reporter. Durant des années, j’ai parcouru le monde. Mais je n’ai jamais oublié mon premier rêve : écrire des romans. Peu à peu, mes souvenirs de journalistes ont nourri mes projets de thrillers et je suis devenu écrivain à part entière. Si ça n’avait pas marché, je serais resté journaliste. Flic : jamais de la vie. Il n’y a que dans les romans que ce métier est passionnant!

Machandre: J'attends toujours vos livres avec impatience! Je suis toujours impressionnée du détail des descriptions des lieux de chaque livre, autant dans le 10e arrondissement qu’à Oulan-Bator. Vous déplacez-vous sur les lieux pour vous imprégner de l'histoire ou vous documentez-vous seulement? A quand une intrigue se déroulant en Australie?
Pendant longtemps, je suis parti de mes souvenirs de reportages (j’ai été journaliste pendant dix ans). Ensuite, je commençais à écrire puis je retournais sur les lieux pour me documenter sur le moindre détail vécu par mes personnages. Aujourd’hui, je poursuis cette méthode mais je pars parfois dès le début du livre, afin de réaliser une sorte de reportage pour mon livre. Je pense que lorsqu’on raconte des histoires complexes comme les miennes, à la limite du réalisme, il faut justement être très réaliste pour être convaincant. Quant à l’Australie, j’y pense sérieusement. J’ai eu la chance d’y voyager et je trouve qu’il s’agit d’une des dernières terres vierges (relativement) de la planète.

Kara: Bonjour, j'adore votre travail et j'aimerai savoir, bien que n'ayant pas encore fini de dévorer toute votre bibliographie, si vous pensiez un jour vous essayer à un autre genre que le thriller policier?
J’aimerais un jour écrire une histoire sentimentale par exemple, mais les idées vous viennent et vous ne les maîtrisez pas. Pour moi, ce sont toujours des idées très noires... Je pense donc que j’écrirai toujours des histoires policières, pleines de morts et de violence...

Moris: Ma mère et moi sommes des fans de vos livres. La première à voir qu'un de vos livres est disponible prévient de suite l'autre. J'aime beaucoup vos personnages principaux bien amochés. Vos livres sont très sombres. Pourquoi le sont-ils et pourquoi avez-vous choisi d'écrire des thrillers? Avez-vous un point de vue sombre sur l'humanité? Je suis moi-même très attirée par le Japon. J'apprends la langue dans l'espoir de pouvoir partir au Japon dans un avenir plus ou moins proche. Qu'est-ce qui vous attire dans cette culture? Avez-vous des points communs avec Olivier Passan sur ce sujet?
On écrit toujours sur ce qui vous pose un problème. Depuis mon enfance, je n’ai jamais pu accepter la violence. Tout naturellement, quand je me suis à écrire, mes idées se sont portées sur la peur et la violence. L’écriture est-elle un exorcisme? Je ne sais pas vraiment mais j’espère sonder le mal avec mes livres... Concernant le Japon, je suis assez proche de Passan. Je suis fanatique d’un Japon intemporel et classique, loin de la technologie et des gadgets. Ce que j’aime, c’est le degré aigu de raffinement et de sophistication de cette culture. Par ailleurs, je vis, comme Passan, avec une Japonaise (mais je ne divorce pas !).

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Présentation du chat:

En 2011, déjà, Le Passager avait été un des coups de cœur du public. Pour la rentrée littéraire 2012, Jean-Christophe Grangé signe un nouveau thriller déjà salué par la critique, Kaïken.

Grand admirateur du Japon, l’écrivain livre ici un récit plus intime, truffé d’expériences personnelles, dévoilant, dans le registre du polar toujours, sa vision des codes et de la culture nippons.

Révélé au grand public avec le succès de son roman Les rivières pourpres, Jean-Christophe Grangé est également l’auteur du Concile de Pierre, l'Empire des loups, ou encore le Serment des limbes, publiés entre 2000 et 2007.

Christine Laemmel
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