Dans l’état actuel des connaissances, les zoologues considèrent que les animaux n’ont pas la perception de leur mort future. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer qu’un animal puisse exécuter sciemment une action précise en projetant dans l’avenir la conséquence néfaste de son « geste ».
En fait, le suicide des animaux relève de la pure légende. Elle a pris corps dans l’observation erronée des multiples disparitions massives qui furent interprétées comme des suicides collectifs. Prenons l’exemple du lemming, petit rongeur des régions boréales, une sorte de campagnol. D’aucuns ont propagé que ces mammifères commettent des suicides collectifs parce qu’ils se jettent par centaines dans la mer. Erreur !
S’il existe une surpopulation flagrante de lemmings dans un espace donné, le rongeur se rassemble en groupes de nomades pour aller peupler d’autres territoires. Et, dès qu’elle rencontre un lac ou une rivière, cette joyeuse troupe de migrants franchit l’obstacle sans dommage. Elle atteint l’autre rive en nageant, tout simplement. Lorsqu’ils atteignent un bord de mer, la réaction instinctive des lemmings ne change pas. Sauf qu’ils n’atteignent pas la terre opposée et qu’ils meurent d’épuisement par centaines.
Autre cas célèbre : celui des cétacés qui s’échouent sur une plage. Et là, on peut très bien ne découvrir qu’un seul animal. Prenons l’exemple du dauphin. Son sonar émet des ultrasons qui reviennent vers lui s’ils rencontrent un obstacle. Si aucun signal ne lui parvient en écho, la voie est libre. Dans les endroits où la plage possède une pente très douce, les ultrasons ne détectent pas de barrière clairement établie. Sans retour de signal le dauphin poursuit son chemin... et s’échoue sur le sable.
Quant aux échouages collectifs de cétacés, ils relèvent d’un processus classique. Lorsqu’un animal se retrouve dans la situation évoquée, il émet des signaux de détresses parfois perçus par ses compagnons qui « volent » alors à son secours. Quand le groupe sauve le désespéré, personne ne le sait ! Dans d’autres cas, la solidarité conduit la confrérie vers la mort. Pas un seul d’entre eux n’a voulu se suicider.

Daniel Lacotte

© Daniel Lacotte Le Pourquoi du Comment 2. Éditions Albin Michel 2006

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