Le trafic se fonddans le décor

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Publié le 6 septembre 2012.

Société Au Mirail, le deal fait partie du paysage. La drogue circule mais on en parle peu

«S'il y a de la drogue au Mirail, c'est très discret », dit sans se mouiller un médiateur du secteur. En tout cas, les habitants auxquels il a affaire ne s'en plaignent pas, ils sont davantage portés sur les conflits de voisinage. Pourtant, comme dans les autres quartiers sensibles de Toulouse, la drogue, le cannabis surtout, circule dans les coursives. « Il est parallèle, mais c'est un commerce comme un autre. Quand un groupe disparaît, un autre prend sa place », raconte une source policière. Il y a les jeunes guetteurs qui montent en grade, et « les papis à qui l'on propose 500 € pour qu'ils laissent leur porte ouverte en cas de descente policière et à qui l'on promet de faire vivre l'enfer s'ils refusent ». Malins, les dealers mettent même au point des stratégies commerciales, en ciblant les jeunes collégiens, des consommateurs d'avenir.

« Ils vous ouvrent la porte »
Donc Jeanine* n'a pas la berlue. Cette habitante de Bellefontaine voit « les voitures s'arrêter puis redémarrer, et de la marchandise changer de mains ». Dans ces moments-là, elle éprouve « un sentiment de malaise ». Elle a « mal au cœur pour ces familles dont les enfants risquent la prison et parfois leur peau ». Mais la retraitée se garde bien de juger. « Sans le chômage, le mal ne s'enracinerait pas, vivre avec les aides sociales, c'est quand même très difficile ». Et Jeanine n'a pas peur. « Ils sont là, au pied des immeubles, mais si vous arrivez les bras chargés, ils vous ouvrent la porte », souligne-t-elle. « La drogue, on n'en parle jamais, on sait qu'elle est là mais c'est tabou », assure de son côté une résidante de la Reynerie. Longtemps le passage au pied de son immeuble a été le repaire d'une bande de dealers. « Ils ont disparu du jour au lendemain. Je suis soulagée que les enfants ne voient plus ça », confie-t-elle. Dans ces quartiers, la drogue suscite la crainte sans inspirer la terreur. Et certains reconnaissent même que les trafiquants jouent aussi un rôle social. Ils calment le jeu quand la cité s'enflamme pour éviter que le quartier soit bouclé par la police. Cela risquerait de nuire au commerce.
* Le prénom a été changé.
Lire aussi p. 6 et 7

Hélène Ménal
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