Dans cette contre-enquête, les experts situent l'origine de l'explosion à la SNPE.
Dans cette contre-enquête, les experts situent l'origine de l'explosion à la SNPE. - F. Scheiber/20 minutes

Hélène Ménal

A moins d'un mois de l'arrêt de la Cour d'appel de Toulouse sur la catastrophe d'AZF, l'heure est aux ultimes rebondissements. Celui de mercredi, dévoilé par le quotidien Sud-Ouest, tient dans une nouvelle théorie sur l'explosion du 21 septembre 2001. Selon un groupe d'experts, dont la contre-enquête est publiée dans la revue spécialisée Préventique, l'origine de la catastrophe se situe dans l'enceinte de l'usine voisine, la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE). Plus exactement, c'est une fuite d'ergol, le carburant destiné à la fusée Ariane, qui aurait provoqué une première déflagration. En bout de chaîne, cet accident aurait

« réveillé » des bombes dormantes de la Deuxième Guerre mondiale situées sous le fameux hangar 221 d'AZF. Les experts évoquent aussi un arc électrique et n'excluent pas la piste intentionnelle. Bref, leur travail très fouillé s'apparente à une compilation de presque toutes les pistes qui ont été opposées depuis onze ans à l'explication officielle retenue par l'instruction, celle du mélange malencontreux de deux produits chimiques incompatibles.

Pris avec des pincettes
Ces révélations sont accueillies avec scepticisme dans la Ville rose. Et même avec colère du côté de Stella Bisseuil, l'avocate des familles endeuillées. « Tout est faux de A à Z ! s'insurge-t-elle. Les salariés de la SNPE ont été entendus à plusieurs reprises, jamais aucun d'entre eux n'a parlé de cette explosion sur leur site. » Même Jacques Mignard, le président de Mémoire et Solidarité, l'association des ex-salariés, a du mal à y croire. « Nous sommes sur la réserve, dit-il. Il y a dans la chaîne de causalité présentée des maillons intéressants à exploiter et des maillons faibles. Mais les carences de l'enquête officielle sont telles qu'elles laissent la porte ouverte à tout ». C'est aussi l'avis de Daniel Soulez-Larivière, l'avocat de la filiale de Total. « Ce travail de synthèse est intéressant et intelligent, glisse-t-il, mais sur le terrain judiciaire il est difficle d'apporter des preuves pour l'étayer ».