Affaire Merah: «Comment ce procès peut si mal démarrer...»

INTERVIEW La fille de Pierre Lasry était au collège-lycée juif d’Ozar Hatorah lorsque Mohamed Merah a assassiné trois enfants et un adulte. A la veille du procès, celui qui était à l’époque président des parents d’élèves, fait part de ses regrets et attentes…

Propos recueillis par Beatrice Colin

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Juste après la cérémonie religieuse pour les morts du collège-lycée juif Ozar Hatorah, assassinés par Mohamed Merah le 19 mars 2012.

Juste après la cérémonie religieuse pour les morts du collège-lycée juif Ozar Hatorah, assassinés par Mohamed Merah le 19 mars 2012. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

Il y a cinq ans, Pierre Lasry était président des parents d’élèves du collège-lycée juif Ozar Hatorah. Il venait de déposer sa fille, scolarisée en quatrième, lorsque Mohamed Merah a surgi sur son scooter et s’est mis à exécuter trois enfants, Myriam Monsonégo, Arié et Gabriel Sandler, ainsi que leur père, Jonathan Sandler.

Pierre Lasry, président des parents d'élèves au collège-lycée juif d'Ozar Hatorah en 2012, lors des tueries perpétrées par Mohamed Merah.
Pierre Lasry, président des parents d'élèves au collège-lycée juif d'Ozar Hatorah en 2012, lors des tueries perpétrées par Mohamed Merah. - B. Colin / 20 Minutes

La fille de Pierre Lasry a réussi à se cacher avec une autre élève entre deux voitures, le tueur au scooter passant juste à côté d’elles.

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Arrivé sur place quelques minutes après les assassinats, ce père de famille a dû faire face à l’horreur. Cinq ans après, il s’apprête à assister au procès des complices de l’assassin de sept personnes.

Le procès d’Abdelkader Merah débute ce lundi à Paris pour un mois. Allez-vous y assister ?

Je vais y aller, ma fille par contre ne s’y rendra pas. Le fait que cela se déroule à Paris est un scandale, c’est priver les victimes de pouvoir y participer. Il y a 150 familles ici et quatre magistrats là-bas. C’est à eux de se déplacer. D’autant qu’il n’y a rien de prévu pour ceux qui vont s’y rendre.

Un avocat a demandé que ce procès soit filmé. Cela a été refusé. Qu’est-ce cela vous inspire ?

Notre avocat a soutenu cette demande, nous voulions avoir la certitude que ce soit archivé afin qu’il n’y ait pas de mauvaise interprétation. Quelqu’un a dit non et les bras m’en tombent. Comment ce procès peut si mal démarrer avant même d’avoir commencé… Je comprends que la justice soit souveraine, mais pourquoi refuser ?

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Nous avons entendu comme justification que cela n’était pas assez historique. C’est la première fois qu’on tuait des militaires parce qu’ils sont militaires, des enfants parce qu’ils sont juifs. Ces cinq dernières années prouvent que c’est l’histoire qui s’écrit. Si on minimise ce qui s’est passé, ça part mal. Ils auraient pu dire : « On filme et on verra ce qu’on en fera. »

Qu’est ce que représente ce procès pour les familles ?

On s’est fait brutaliser, on ne peut pas en rester là. C’est important pour la reconstruction, celle de nos enfants. Pour eux, c’est une vraie souffrance de se coltiner ces souvenirs, ce blanc dans leur vie. Heureusement qu’il y a la communauté que représente leur école, ils sont unis. Avec ce procès, il faut qu’ils sentent que la justice travaille et qu’elle rendra son jugement.

Qu’en attendez-vous ?

Ce procès, on le doit à la mémoire de tous ceux qui sont morts. C’est important qu’il ait lieu, même si ce n’est pas le procès de l’assassin mais certainement de l’instigateur car on sait que Mohamed Merah est le bras armé de son frère Abdelkader, ils avaient mangé ensemble la veille. On va aussi juger quelque chose de précis : le meurtre de militaires, d’enfants juifs… On ne juge pas le Bataclan, ni Nice. Je pense que ce qui s’est passé il y a cinq ans a été un peu effacé de la mémoire collective, c’était le début mais ce n’est pas ce que le grand public a retenu.