La hausse du niveau des mers s’est accélérée ces dix dernières années selon des scientifiques toulousains

SCIENCES Une étude menée par des scientifiques toulousains montre que l’élévation du niveau de la mer s’est accélérée de 25 à 30 % au cours de la dernière décennie…

Beatrice Colin

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Des ours blancs sur la banquise.

Des ours blancs sur la banquise. — Paul Goldstein/REX Shut/SIPA

  • La hausse du niveau des mers et océans n’est pas linéaire depuis 1993, mais de 2,7 mm/jusqu’au début des années 2000 puis de 3,6 mm/sur la dernière décennie
  • CLS, la filiale du CNES qui récolte ces données altimétriques, utilisent désormais six satellites contre un seul en 1993

Depuis plus de deux décennies, la hausse du niveau des mers et océans inquiète les scientifiques et nombre de responsables politiques qui entrevoient le déplacement de millions de réfugiés climatiques.

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Des conséquences du réchauffement climatique qui ne sont plus discutées, mais dont on connaît de mieux en mieux les raisons et la dimension.

Et selon une dernière étude conduite par Anny Cazenave, une chercheuse toulousaine au sein du Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales, cette tendance risque de s’amplifier. Dans les résultats qu’elle a publiés récemment dans la revue Geophysical Research Letters, elle constate que « la hausse de la mer s’est accélérée au cours des 10 dernières années de 25 à 30 % ».

Hausse de 3,6 mm/an au cours de la dernière décennie

Et non de manière linéaire, de 3,3 mm en moyenne chaque année, comme on le croyait jusqu’à présent. La faute au manque de précision de Topex-Posédion, le premier satellite d’océanographie à avoir collecté des mesures altimétriques, victime d’une dérive et du coup, d’une exagération des données entre 1993 et 1999.

« Nous avons constaté qu’il y avait une anomalie et quantifié cette erreur. Elle montre qu’il y a une hausse moins importante du niveau de la mer sur cette période-là, de 2,6 à 2,7 mm/an, mais une accélération entre 2004 et 2015 (3,6-3,7 mm/an), des résultats plus en adéquation avec ce qu’avancent les scientifiques », indique Michaël Ablain, membre du groupe Climat de CLS, une filiale toulousaine du CNES chargée de collecter ces données. Aujourd’hui, six satellites observent ces niveaux et de nombreux autres indicateurs sur le terrain sont là pour éviter de nouvelles erreurs.

En cause, la fonte du Groenland

«Cette accélération, nous sommes en capacité de l’attribuer à la fonte des glaces du Groenland, même si toutes les contributions à l’élévation du niveau augmentent, que ce soit le réchauffement de l’Océan qui se dilate, la fonte des glaces continentales ou de la calotte polaire de l’Antarctique », précise Anny Cazenave.

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Ce membre du conseil scientifique du programme mondial de recherches sur le climat se refuse à extrapoler sur le niveau de hausse des mers d’ici à la fin du siècle. Si la tendance se poursuit, les plus optimistes estiment qu’il serait de 30 centimètres quand les plus pessimistes avancent le chiffre de deux mètres.