Le 15 mars 2012, à quelques mètres de l'entrée du 17e RGP, deux militaires sont tués par Mohamed Merah et un grièvement blessé.
Le 15 mars 2012, à quelques mètres de l'entrée du 17e RGP, deux militaires sont tués par Mohamed Merah et un grièvement blessé. - ERIC CABANIS / AFP

« On n’oublie pas, on ne les oublie pas et c’est l’essentiel ». Derrière le comptoir de son tabac-presse, à quelques mètres de l’entrée du 17e régiment du génie parachutiste (RGP), Katia garde en mémoire cette journée du 15 mars 2012.

Elle était dans un magasin de bricolage lorsque son employée affolée l’a appelée pour lui dire que devant le magasin, un homme à scooter venait de tirer sur trois militaires : le sapeur-parachutiste Mohamed Legouad, le caporal Abel Chennouf, tous deux morts sur le coup, et le parachutiste Loïc Liber, grièvement blessé.

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Aujourd’hui tout le monde connaît le nom du tueur, Mohamed Merah. Mais ce jour-là, les Montalbanais étaient loin de s’imaginer que le terroriste n’avait pas terminé son périple meutrier.

Le 15 mars 2017, des gerbes ont été déposées près de l'endroit où ont été assassinés deux militaires cinq ans plus tôt par Mohamed Merah.
Le 15 mars 2017, des gerbes ont été déposées près de l'endroit où ont été assassinés deux militaires cinq ans plus tôt par Mohamed Merah. - B. Colin / 20 Minutes

« Pendant un temps les militaires ne sortaient plus habillés en civil, nous avions peur. Depuis, la vie a repris son cours, mais on revient toujours à Merah, l’actualité nous le rappelle sans cesse. Ça a été le premier, nous pensions que c’était un acte isolé. Après il y a eu Charlie, le Bataclan, Nice… », déplore la commerçante.

Avant Charlie, le Bataclan

« Le soir du 15 mars, avec le ministre de la Défense Gérard Longuet, nous avons imaginé toutes les causes, celle du règlement de comptes, celle de la piste de l’extrême droite et puis il y a eu ce rapprochement avec les campagnes menées en Afghanistan par le 17e RGP. Aujourd’hui, on ne se poserait plus la question, on penserait tout de suite à un attentat. Avec le recul, nous n’avons plus la même approche, on ne parlerait d’ailleurs plus de loup solitaire », relève Brigitte Barèges (LR), la maire de Montauban.

Dans les jours qui ont suivi, la ville a vécu une véritable psychose. Cinq ans après, cette affaire a marqué son histoire, d’autant que c’est un symbole de la ville qui a été visé à travers ces militaires, très présents au quotidien.

« Ils font partie de notre vie. Merah s’en est pris à eux, mais c’est tous les Français qu’il visait. Et malheureusement cela risque de ne pas s’arrêter. Aujourd’hui on se dit que cela peut toucher tout le monde », soupire Simone, un sexagénaire qui habite à quelques encablures de là, mais qui se refuse à « abdiquer face à la menace ».

Procès en novembre

Depuis, l’état d’urgence s’est installé durablement dans le quotidien des habitants. A chaque manifestation, comme partout ailleurs, les plots de béton sont de sortie. Et lorsque, comme en février, un homme sujet à des troubles psychiatriques agresse en pleine rue une femme avec un couteau, puis un couple de retraités, la ville retient son souffle. « On sait qu’on ne pourra rien éviter, n’importe quel illuminé peut malheureusement s’emparer d’un couteau », conclut la maire de Montauban.

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Pour le père d’Abel Chennouf, l’un des militaires assassinés, on peut en tout cas limiter les actes de certains. C’est pour cela qu’il a attaqué et fait condamner l’Etat en juillet 2016.  Le tribunal administratif de Nîmes a estimé que la décision de supprimer toute mesure de surveillance de Mohamed Merah à la fin de l’année 2011 avait été une faute « engageant la responsabilité de l’Etat ». Une décision qui a fait l’objet d’un appel.

Quant au procès du frère de Merah et d’un de ses complices qui doit se tenir en novembre, il a décidé qu’il ne s’y rendrait pas. « C’est une mascarade, ça ne nous emmènera rien », lâche-t-il. Ce mercredi il est allé se recueillir sur la stèle en hommage à son fils, quelques heures après le dépôt de gerbe fait par les officiels lors d'une cérémonie courte et sobre, ce qui a toujours été une volonté des militaires.

« L’hommage c’est avant tout celui de sa famille, de ses proches. Et on ira chaque année jusqu’à notre mort », assure Albert Chennouf qui se rendra dimanche aux cérémonies officielles organisées à Toulouse en hommage à toutes les victimes du tueur au scooter, en présence de Bruno Le Roux, le ministre de l'Intérieur.

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