Lors d'une commémoration en hommage aux victimes de Merah dans une synagogue toulousaine.
Lors d'une commémoration en hommage aux victimes de Merah dans une synagogue toulousaine. - F. Lancelot /SIPA

A la synagogue libérale de Toulouse, dans le quartier Saint-Cyprien, les fenêtres qui donnent sur la cour, côté rue, sont toujours fermées. Pas à cause du soleil, mais pour ne pas que l’on puisse voir les silhouettes se déplacer à l’intérieur du bâtiment.

Une précaution prise depuis les attentats qui ont touché la Ville rose il y a quatre ans, en particulier la communauté juive lors de la tuerie perpétrée par Mohamed Merah au lycée Ozar Hatorah, le 19 mars.

Sécurisation permanente

Et comme tous les lieux confessionnels de la Ville rose, cet espace ressemble un peu à Fort Knox, avec des écrans de contrôle à l’entrée et la présence régulière de militaires et policiers. « Nous ne sommes jamais tranquilles, il y a toujours un doute et tout le monde est méfiant, d’autant plus que nous recevons beaucoup d’enfants. En tant que responsables de la communauté, ça nous a obligés à nous professionnaliser pour gérer tout le volet sécuritaire. On reçoit des messages de haine par vagues, à chaque fois notamment qu’il y a un problème avec Israël, les gens font l’amalgame », relève Boaz Gasto, vice-président de l’association des juifs libéraux de Toulouse.

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« On se fait à ces conditions. Mais on ne peut pas parler de normalité quand vous emmenez votre enfant dans une école où les murs sont rehaussés à 4 m de haut avec des barbelés et des militaires H24 », explique Marc Fridman, porte-parole du Conseil représentatif des institutions juives de Midi-Pyrénées dont le fils est scolarisé à Orh Torah, le nouveau nom du lycée visé par le tueur au scooter. Et avec les attentats de janvier et novembre derniers, la situation est loin de s’être améliorée.

« Nous n’avons pas d’alternatives, mais le problème c’est qu’on risque de se ghettoïser », craint Annie une des adhérentes de l’association des juifs libéraux qui se demande combien de tempsla présence des militaires sera maintenue.

Départ de plusieurs familles

Pour éviter de vivre avec une peur permanente, certains parents ont scolarisé leurs enfants dans d’autres établissements privés. Certaines familles ont déserté les lieux confessionnels. « Il y a des gens qu’on ne voit plus ou de manière irrégulière parce qu’ils ont peur. Des juifs appellent pour savoir s’il faut qu’ils se préparent à quitter la France un jour. Au sein de notre association, trois ou quatre familles sont parties pour se retrouver dans un état plus serein, ne plus être confrontées à un antisémitisme larvé », poursuit Boaz Gasto.

La plupart pour Israël, pour faire leur Alyah, l’immigration en Terre Sainte. En 2014, une centaine de familles toulousaines est ainsi partie et il y en a encore eu en 2015.

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« Les événements de 2012 et ceux de 2015 ont entraîné une vague, c’est une réaction logique d’une communauté qui ne sent plus à l’aise dans son pays d’origine. Mais beaucoup de Français partent aussi à l’étranger chaque année pour des motifs économiques », pondère Marc Fridman.

Pour ce responsable, ce problème n’est pas uniquement celui de la communauté juive, « mais de la République, du contrat social ». Une question qui sera abordée lundi soir, lors de la soirée en hommage aux victimes de Merah organisée à la Halle aux Grains de Toulouse, en présence de Bernard Cazeneuve. Un débat suivra la commémoration.

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