Bernard Laporte, candidat à la présidence de la Fédération française de rugby.
Bernard Laporte, candidat à la présidence de la Fédération française de rugby. - M. Allili / Sipa

Pour la 26e et dernière étape provinciale de son « Tour de France » démarré le 1er septembre 2015, le Tarnais Bernard Laporte jouait à domicile, ce mardi soir à Lavaur. Le premier magistrat de la commune, Bernard Carayon, avait prêté un salon coquet de l’hôtel de ville pour une conférence de presse qui précédait une réunion avec des représentants du rugby amateur.

« C’est un ami qu’on accueille, pas un simple candidat, souligne le maire Les Républicains. Et un ami, on le reçoit bien. » Surtout lorsqu’il aspire, comme l’actuel manager de Toulon, à devenir le prochain président de la Fédération française de rugby (FFR), en décembre 2016.

Le Grand Stade de rugby, cette « hérésie »

Laporte a encore pourfendu le projet cher à l’actuel président Pierre Camou, qui vise un troisième mandat : le Grand Stade, censé sortir de terre à Ris-Orangis (Essonne), d’ici 2021. « Cela fait un an que je dis que c’est une hérésie, s’enflamme l’ancien sélectionneur des Bleus (1999-2007). D’autant plus qu’il y a un Stade de France qui, sans la Fédération, va mourir. L’idée au départ était bonne. Mais quand t’as pas les moyens, t’as pas les moyens… »

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La Cour des comptes a affirmé son opposition au projet, le 28 février. « Cela fait plaisir qu’elle aille dans mon sens, indique Laporte. On parle d’un coût de 600 millions d’euros, mais ça, c’était en 2009. Je ne suis pas du bâtiment, mais je crois que ça a augmenté. »

« La France ne peut pas avoir une équipe à 7 du niveau qu’elle a aujourd’hui »

Au mois d’août à Rio, le rugby fera son grand retour aux Jeux olympiques après 92 ans d’absence, via le 7. Les Bleus y seront, mais… « La France, nation majeure du rugby, ne peut pas avoir une équipe à 7 du niveau qu’elle a aujourd’hui, qualifiée in extremis pour les JO », charge Laporte.

L’actuel manager de Toulon critique la politique fédérale : « J’ai laissé (le troisième ligne du RCT) Virgile Bruni partir il y a trois semaines pour faire un tournoi, il n’avait jamais joué à 7 de sa vie ! Mais ils n’ont personne… » Laporte, qui veut aussi promouvoir le rugby féminin, promet « un directeur technique national bis en charge du 7 » car « ce n’est pas un deuxième sport (par rapport au 15) mais presque ».

« Mon souci, ce n’est pas l’équipe de France, ce sont tous ces clubs formateurs »

C’est LE cheval de bataille du candidat Laporte : la défense du rugby amateur, dont les dirigeants sont la base électorale de tout aspirant à la présidence de la FFR. Le Tarnais en dresse un tableau apocalyptique, avec des présidents de clubs « à l’agonie », qui connaissent « 90 % d’emmerdes et 10 % de plaisir » à forcer de jongler avec des finances de plus en plus contraintes pour payer les déplacements de leur équipe ou des amendes saugrenues.

« Je parlais avec le président de Tournefeuille (Haute-Garonne), explique-t-il. Quand les joueurs entrent en cours de matchs, des bénévoles doivent les cocher. Une dame a oublié : 150 euros d’amende. Avec moi, ce sera fini. Qu’est-ce qu’on en a à foutre qu’il n’y ait pas la croix ! Le joueur est entré, il est entré… » « Mon souci, ce n’est pas l’équipe de France, ce sont tous ces clubs formateurs », lance même Laporte.

« Avec moi, c’est la Ligue qui va payer la Fédération »

Comme Robin des Bois, Bernard Laporte veut prendre aux riches (les professionnels, incarnés par la LNR) pour donner aux pauvres (les amateurs, représentés par la FFR). « Nous avons un rugby professionnel riche, avec 120 millions d’euros de recettes », justifie-t-il. S’il est président, l’ancien secrétaire d’Etat chargé des sports de Nicolas Sarkozy dialoguera avec les clubs pros mais leur demandera aussi « une redistribution financière ».

« Aujourd’hui, c’est la Fédération qui paie la Ligue, assure-t-il. Avec moi, c’est la Ligue qui va payer la Fédération, qui va aider les clubs à se structurer pour financer les déplacements, former les éducateurs… » « Aujourd’hui, il n’y a pas de talents qui sortent, il n’y a pas de formation. Pourtant, il y a des éducateurs qui sont en demande. Mais on leur dit, pour vous former, il faut prendre trois jours de congé. C’est un scandale ! Ce sont des bénévoles, on va leur amener de la formation sur place. »

Qui dit bons jeunes joueurs français dit moins de recours aux étrangers dans les clubs professionnels et, par conséquent, un XV de France conquérant. Un vrai cercle vertueux, sur le papier…

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