Le film de Vincent Garenq,
Le film de Vincent Garenq, - Copyright LGM CINEMA / Guy Ferrandis

Certains la connaissent comme l’affaire Kalinka, du prénom de cette jeune fille de 15 ans, retrouvée morte un jour de juillet 1982 à Lindau, en Bavière, dans des circonstances suspectes.

D’autres comme l’affaire Krombach, du nom de son beau-père, un médecin allemand reconnu définitivement en 2012 coupable de sa mort et de son viol. Mais pour beaucoup il s’agit avant tout de l’affaire Bamberski, du nom de son père qui a mené un combat durant plus de 30 ans pour que le meurtrier de sa fille purge sa peine derrière les barreaux d’une prison française.

 

André Bamberski dans sa maison de Pechbusque, à Toulouse. - A. GELEBART/20 MINUTES

 

C’est son histoire qui est retracée dans le film Au nom de ma fille, qui sort ce mercredi sur les écrans et avait été diffusé en avant-première il y a un mois à Toulouse, là où tout a commencé. C’est à quelques kilomètres du Capitole, dans la commune tranquille de Pechbusque, que quelques années avant le drame, la mère de Kalinka a fait la connaissance du bourreau de sa fille et est tombée amoureuse de ce séduisant voisin allemand. C’est encore de là aujourd’hui qu’André Bamberski poursuit obstinément son combat, loin d’être achevé.

 

« Un personnage extraordinaire »

Vincent Garenq, le réalisateur a beaucoup hésité avant de se lancer quand ses producteurs lui ont présenté le livre d’André Bamberski dont ils avaient racheté les droits. Pas parce qu’il n’était pas convaincu par son histoire, mais parce qu’il n’avait pas envie de refaire Présumé coupable, le calvaire d’Alain Marécaux, l’huissier d’Outreau, porté sur grand écran en 2011.

« Et puis j’ai écouté mon cœur, pas ma raison. Ce personnage me fascinait, son livre m’a bouleversé », explique le réalisateur. Et avant de tourner, il va être plongé au cœur même de l’affaire. Vincent Garenq va assister aux deux procès de Dieter Kromabch, en 2011 et 2012, et à sa condamnation définitive à 15 ans de réclusion. Il va aussi vivre les procès d’André Bamberski, accusé d’avoir fait enlever en 2009 Dieter Krombach pour le ramener en France afin qu’il soit jugé. Ultime recours pour ce père, qui avait déjà réussi à le faire condamner en 1995 par contumace mais s’était heurté au refus de l’Allemagne de le faire extrader.

« Cela m’a conforté, si Krombach a été condamné ce n’est pas par hasard », relève, convaincu, le réalisateur. Ce dernier ne cache pas son admiration pour le combat d’André Bamberski. « C’est un personnage extraordinaire qui a fait un truc extraordinaire. Dans le film il y a un regard bienveillant, mais, même si on est sur son épaule, on montre aussi ses parts d’ombre, ça le montre dans sa complexité. Mais si cela avait été un type normal, il aurait renoncé et ce qui est le plus fou. C’est qu’il a eu raison », s’emballe Vincent Garenq.

Son combat continue

Longtemps André Bamberski s’est battu seul, a tout supporté seul. « Avec les variations de réflexion ou de psychisme que cela entraîne quand on se retrouve face à toutes les barrières que l’on rencontre. J’ai fait tout ça pour ma fille, je ne pouvais pas non plus admettre que la justice se comporte de cette manière la. Je me suis battu plus contre le système judiciaire que contre une personne déterminée », assure cet ancien expert-comptable de 78 ans qui a fini par avoir il y a 15 ans le soutien d’une association.

Ce film, il ne l’a pas particulièrement désiré. Il a participé à la rédaction du scénario, essayant, avec la rigueur qui le caractérise, d’éviter le côté romancé. Bon gré, mal gré il s’en est accommodé et a trouvé en Daniel Auteuil, un interprète plus vrai que nature. « Il s’est vraiment mis dans la peau de Bamberski », assure André.

>> Lire aussi : Daniel Auteuil va incarner André Bamberski

La sortie du film sera en tout cas l’occasion pour celui qui l’a inspiré de faire passer des messages. En particulier sur certains errements judiciaires et sur son combat, toujours pas achevé. En 2014, André Bamberski a été condamné à un an de prison pour avoir fait enlever Dieter Krombach en 2009. Les deux ravisseurs du cardiologue allemand ont été condamnés à un an de prison ferme.

Epée de Damoclès

« Or le tribunal n’était pas compétent, d’une part parce qu’ils ne sont pas Français et que les faits ne se sont pas déroulés en France », relève le père de Kalinka. Sans compter le procès en appel à Colmar en 2015 qui selon lui « a été bâclé et le jugement est un torchon ».

Ce qui lui vaut aujourd’hui de gros problèmes avec la sécurité sociale. Celle-ci demande aujourd’hui le paiement des frais d’hospitalisation de Dieter Krombach lors de son arrivée en France, soit 36.000 euros pour deux mois et demi.

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