Dominique Baudis en compagnie de son épouse Ysabel, le 11 septembre 2003 du palais de justice de Toulouse, après avoir été entendu par le juge Thierry Perriquet dans le cadre de l'affaire Alègre.
Dominique Baudis en compagnie de son épouse Ysabel, le 11 septembre 2003 du palais de justice de Toulouse, après avoir été entendu par le juge Thierry Perriquet dans le cadre de l'affaire Alègre. - PASCAL PAVANI / AFP

« Je me dis aujourd’hui que cette histoire était faite pour tuer un homme. Un homme politique, un homme tout court. Tuer aussi son couple, sa famille. Une histoire faite pour tuer. D’autres n’ont pas résisté à la rumeur et se sont donné la mort. Dominique a trouvé la force de se battre jusqu’au bout ». Treize ans après, Ysabel Baudis parle pour « la première et dernière fois » du calvaire qu’elle a vécu aux côtés de son mari, Dominique Baudis, alors président du Conseil supérieur de l’Audiovisuel, accusé de participer à des « parties fines » et autres soirées sadomasochistes.

« La pire rumeur »

Elle s’est confiée à Alexandre Duyck qui retranscrit son témoignage dans La République des rumeurs (Editions Flammarion), où il livre une analyse objective de ce qui après avoir été l’affaire Alègre s’est vite transformé en affaire Baudis. « Je n’ai pas voulu faire une contre-enquête ni passer pour le donneur de leçons, mais rappeler les faits et voir comment une rumeur aussi incroyable a pu prendre de telles proportions », explique l’auteur, qui aborde aussi bien dans son livre les rumeurs qui ont pourri la vie des Pompidou que celles plus récentes sur les amours supposées de François Hollande.

« Mais celle sur Dominique Baudis s’est imposée d’elle-même, à chaque fois que je rencontrais un interlocuteur et lui demandait quelle rumeur avait été la pire selon lui, tous me l’ont citée comme étant la pire, par l’ampleur des accusations mensongères de pédophilie, de prostitution mais aussi en raison de l’emballement médiatique. Plus de dix ans après, des gens y croient encore », explique Alexandre Duyck.

« Faillite du système démocratique dans son ensemble »

De l’audition de deux anciennes prostituées aux articles parus dans La Dépêche du Midi, mais aussi dans des journaux nationaux comme Le Monde, Ysabel Baudis aborde ce qui fut un calvaire pour toute sa famille. « Je savais que la politique était un monde pas très doux. Maintenant, de là à imaginer la suite, les accusations de viols, de meurtres d’enfants, de tortures… L’impensable faillite du système démocratique dans son ensemble, médiatique, politique, judiciaire, policier », critique la veuve de l’ancien maire de Toulouse.

 

Et elle n’épargne personne, surtout pas ceux qui les ont lâchés. Du journaliste Patrick Poivre d’Arvor, qui avait diffusé dans son JT le témoignage hallucinant du travesti Djamel, aux médias qui ont propagé la rumeur en passant par « un des hommes politiques qui ont oublié de nous prévenir ». En l’occurrence Philippe Douste-Blazy. Celui qui succéda à Dominique Baudis au poste de maire de Toulouse est explicitement mis en cause par Ysabel Baudis pour ne pas avoir dit à « son ami » qu’il était le sujet de nombreuses rumeurs.

« Ami transformé en ennemi » pour Douste-Blazy

Aujourd’hui conseiller spécial du Secretaire général des Nations Unies, Philippe Doust-Blazy assure dans le livre d’Alexandre Duyck qu’il ne commettrait pas la même erreur. « Si la moindre rumeur devait surgir à nouveau, j’irais immédiatement demander à la justice de régler le problème », assure-t-il. Car celle qui a couru sur Dominique Baudis lui a « enlevé un ami ». « Un ami qui s’est transformé en ennemi, sans pitié, cruel » qui a « à son tour et, à sa manière, répandu l’idée d’une traîtrise de ma part ».

Quelques années plus tard, celui qui fut Ministre de la Santé fut lui-même victime d’une rumeur sur les réseaux sociaux, suspecté d’être l’ancien Ministre « qui avait été en flagrant délit de pédophilie à Marrakech » selon une affirmation lancée par Luc Ferry sur le plateau du Grand Journal. La théorie du boomerang pour Ysabel Baudis. « Quand on lance un boomerang plein de merde, il vous revient tôt ou tard en pleine face ».

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