Philae en approche avant son atterrissage sur la comète.
Philae en approche avant son atterrissage sur la comète. - © CNES/ESA/D.DUCROS/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DAS

« Il ne faut pas rêver, c’est la tentative de la dernière chance ». Il a beau avoir la tête dans les étoiles, Philippe Gaudon, le chef de projet de la mission Rosetta pour le CNES, n’en a pas moins les pieds sur terre.

Cet ingénieur du Centre d'opérations scientifiques et de navigation, basé dans la Ville rose, sait que Philae, posé depuis le 12 novembre 2014 sur la comète Tchouri, a peu de chance de se réveiller après sept mois d’hibernation. Quatorze mois après l'atterrissage de Philae, et beaucoup de rebondissements, il dresse un bilan « positif » de la mission remplie par le petit robot de 100 kg, sur lequel il veille depuis douze ans. La décision d’arrêter les tentatives de liaison devrait être prise ces jours-ci.

Se poser à des millions de kilomètres de la Terre, un exploit

En se posant sur Tchouri, à 500 millions de kilomètres de la Terre, Philae a réalisé un exploit. Une première suivie en direct par des millions de personnes, passionnés par les aventures du petit robot.

« Pour nous c’est une réussite à plus d’un titre, mais en premier lieu parce que nous avons réussi à poser Philae et que huit de ses dix instruments ont fonctionné. Certes, comme il a rebondi, il a fallu durant les deux jours qui ont suivi son atterrissage refaire tous les calculs, mais cela reste un grand moment d’émotion où il y a eu un véritable esprit d’équipe », se souvient Philippe Gaudon.

Le robot a fonctionné 60 heures d’affilée avant de s’éteindre, puis de redonner de ses nouvelles à plusieurs reprises. S’il a résisté aux températures froides, son électronique a certainement été vaincue par la chaleur lorsque la comète s’est approchée du soleil en août dernier.

Des molécules prébiotiques, sources de vie

Au niveau scientifique, les données collectées par Philae sur Tchouri ont permis de faire évoluer les connaissances des scientifiques sur les comètes. Des molécules prébiotiques, au moins 16, ont ainsi été trouvées. Leur présence permet de confirmer que lorsque des milliards de comètes ont percuté la Terre et amené de l’eau sur Terre, la vie a pu apparaître grâce à la présence de ces fameuses molécules.

Cela confirme la théorie générale des scientifiques même si l’eau retrouvée sur Tchouri n’est pas celle de nos océans. Mais il faut dire qu’elle se trouve quand même à des millions de kilomètres du plancher des vaches. « Pour confirmer, il faudra aller en voir d’autres et ramener un morceau de comète sur Terre pour l’analyser », préconise Philippe Gaudon. Reste à trouver les financements.

De l’oxygène et des surprises

Avec l’absence de forage du sol de la comète, les résultats escomptés ne seront pas tous au rendez-vous. « Mais au moins 80 %, ce qui est déjà très bien », assure Philippe Gaudon. Et parfois certains ont apporté leur lot de surprises.

 

« Nous avons vu l’intérieur du lobe de la comète, vu de près la surface et nous savons désormais qu’elle évolue selon le stress thermique, en fonction du chaud et du froid. Nous en savons plus sur la dureté du sol, qui est constitué de deux couches. Tout cela était inconnu avant, au même titre que la présence d’oxygène moléculaire que l’on ne décelait pas avant ou l’absence de champs magnétique de son noyau », égrène Philippe Gaudon. De quoi remettre en cause pas mal de certitudes et permettre d’affiner les théories sur la formation des planètes.

>> A lire aussi : Trois hypothèses pour expliquer l’oxygène de Tchouri

Rosetta poursuit sa mission en solo

Si Philae fait la sourde oreille, coincé entre ses rochers, la mission n’est pas pour autant terminée. Rosetta continue à travailler. Après s’être éloignée à 1.500 km pour explorer la queue de la Comète, Rosetta va continuer à observer et renifler en se rapprochant progressivement de Tchouri.

Objectif : observer sa masse et la comparer à celle de 2014, lors de son arrivée en orbite. « A certains endroits elle a perdu 5 à 10 centimètres, cela va nous permettre de mieux comprendre comment un corps qui s'est formé à des milliards de kilomètres du soleil évolue lorsqu’il s’en rapproche », indique Philippe Gaudon.

Atterrissage prévu le 30 septembre pour Rosetta

Rosetta aurait dû terminer sa mission le 31 décembre dernier, mais a eu un peu de rab. Comme toute bonne chose a une fin et qu'il lui garder un minimum de carburant pour ne pas louper son atterrissage, elle devrait se poser définitivement sur Tchouri le 30 septembre prochain. Pas forcément à côté de Philae, mais sur une zone plate qui reste à déterminer.

La sonde descendra en plusieurs temps, histoire de pouvoir photographier jusqu’au bout la comète et d’envoyer les images sur Terre. En juillet elle se trouvera ainsi à 10 kilomètres du tarmac gelé. Deux mois plus tard, elle devrait se poser, mais comme elle n’a pas de pied, elle risque de ne pas s’en remettre.

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