«Strip-tease»: Télé-réalité voyeuriste ou «télé du réel»?

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Publié le 5 juillet 2012.

TELEVISION - «Recherche bergère désespérément», le nouveau numéro de l'émission culte diffusé lundi soir, a beaucoup choqué les téléspectateurs...

«Glauque», «un cauchemar», «trash»… Le retour de «Strip-tease» après 18 mois d’absence n’est pas passé inaperçu lundi soir, c’est le moins qu’on puisse dire. L’histoire de Damien, un jeune paysan solitaire se croyant sauvé par une agence matrimoniale qui lui présente une jeune roumaine mutique, mais finalement dévasté par l’échec de la rencontre, a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, à la fois émus par le sujet indéniablement triste et le caractère jugé voyeuriste de l’émission (Damien serait présenté comme une «bête de foire»).

On peut s’étonner que l’émission créée par Jean Libon et Marco Lamensch en 1985 et diffusée en France depuis 1992 choque encore. Car le principe n’a pas changé en quasiment trente ans: des images sans commentaires, sans musique, sans interviews, explorant le quotidien et l’intimité de tous sans se préoccuper du «dérangeant». La réalisatrice Véronique Houth s’est défendue des nombreuses critiques en expliquant à Francetvinfo: «Je n’ai pas l’impression d’être allée trop loin. Je montre la réalité telle qu’elle est. Ce n’est pas de la téléréalité, comme certains l’affirment, mais la télé du réel. Il y a une différence.»

Voyeurisme ou document sociologique?

«Télé-réalité, télé du réel… C’est une question de dénomination mais ça revient au même», rétorque Nathalie Nadaud-Albertini, spécialiste de la téléréalité, qui tranche: «Si on considère qu’il y a une forme de voyeurisme dans la télé-réalité “normale”, alors oui, il y en a une dans “Strip-tease”».

La sociologue reconnaît qu’il y a «différents types de télé-réalité» et que «Strip-tease», elle, «ne crée pas la situation». Mais la différence que l’on fait entre «l’émission qui vous déshabille» et les autres tient selon elle à «une question d’époque, et de diffuseur». D’époque, parce que «Strip-tease» est arrivé bien avant le «Loft», émission avec laquelle est né le terme de «télé-réalité». L’émission culte a donc échappé à la dénomination. De diffuseur ensuite, parce qu’«un diffuseur, c’est une marque», ajoute Nadaud-Albertini. «C’est sur France 3, alors c’est censé être bien pensant, éthiquement correct, moralement acceptable.»

Annabelle Klein, professeur de communication à l’Université de Namur et auteur d’un mémoire sur «Strip-tease», souligne elle le format très ambigu de l’émission: «L’absence de commentaires entraîne une très petite mise à distance. On oublie la caméra, ce qui fait que le téléspectateur est happé, regarde jusqu’au bout mais, à la fin, a l’impression d’être dans la position du voyeur, avec un sentiment de malaise, presque de culpabilité.»

Des «focus groups» réalisés pendant son mémoire avaient conforté Annabelle Klein dans cette impression. Après avoir demandé à des téléspectateurs de regarder un numéro de «Strip-tease» tel quel, puis le même avec des commentaires qu’elle avait rajoutés, la conclusion était nette: «Le malaise était moindre quand il y avait un commentaire car le journaliste prenait sa part de responsabilité dans l’interprétation des images vues. Sans commentaires, on est seul responsable du sens que l’on donne à ce qu’on voit», explique-t-elle.

Pourquoi s’offusquer maintenant?

C’est d’ailleurs cette solitude qui invite à partager sa réaction sur les réseaux sociaux, comme «une manière de se défaire de ce qui nous a bousculés et est intense émotionnellement». On peut s’étonner en effet qu’après tant d’années à l’antenne, l’émission ait pu susciter tant d’émoi. «Les réseaux sociaux démultiplient les réactions à “Strip-tease” mais celles-ci ont toujours été très fortes», tempère Annabelle Klein. 

La tempête déclenchée sur Twitter et Facebook le soir de diffusion n’étonne pas Nathalie Nadaud-Albertini, qui y voit elle le résultat de dix années de télé-réalité. «L’explosion du genre nous a habitués à la polémique. On tolère moins aujourd’hui le rapport à l’intimité, on a pris l’habitude de se méfier dès qu’on en voit!» conclut-elle.

>> Avez-vous regardé le numéro de «Strip-tease» diffusé mardi 3 juillet sur France 3? Qu’en avez-vous pensé? Vous semble-t-il voyeuriste ou témoin d’une réalité difficile à admettre? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous. 

Annabelle Laurent
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