Jean-Claude Puerto, PDG d'une société de location de voitures, se fait passer pour un employé dans l'émission «Patron incognito».
Jean-Claude Puerto, PDG d'une société de location de voitures, se fait passer pour un employé dans l'émission «Patron incognito». - M6 / ENDEMOL

Annabelle Laurent

M6 diffuse ce jeudi le deuxième épisode de «Patron Incognito». Le concept: un PDG redescend, en anonyme, tout en bas de l’échelle de son entreprise. Une expérience censée lui ouvrir les yeux et le rapprocher de ses salariés… Endemol «a eu un mal fou» à vendre le concept d’«Undercover Boss», né en Angleterre, alors qu’il était adapté partout ailleurs, explique Bertrand Villegas, co-fondateur de Wit, une société d’observation des médias audiovisuels. Pourquoi un tel scepticisme?

«Il y a clairement une exception culturelle française, confirme-t-il. Par exemple, tout le monde a adapté “The Apprentice”, où Donald Trump orchestrait la compétition jusqu’à ce que le vainqueur intègre l’entreprise. Sauf nous.»

Parce que la journée de boulot suffit?

Pourquoi l’entreprise peine-t-elle à faire son entrée à la télé française? «Les chaînes pensent que les spectateurs n’ont pas envie de se divertir avec la vie de bureau», estime d’abord Bertrand Villegas. Pourtant, la fiction le fait bien. «Mad Men», «The Office», et en France «Caméra Café» ont su séduire des milliers de téléspectateurs. 

Justement, pour la sémiologue Virginie Spies, c’est parce que «Patron Incognito» a un «côté fictionnalisant» qu’elle a pu être vendue. Comme pour faire passer la pilule. «Il y a le côté voyeuriste et secret car le téléspectateur s’amuse à savoir ce que les autres ne savent pas. Du coup, c’est surtout une histoire sympa.»

«Ensuite, dans les pays où on est capable d’être heureux dans l’entreprise, on ne juge pas que la vie de bureau est si peu divertissante», lance le co-fondateur de Wit.

Culture différente

Autrement dit: dans le monde anglo-saxon, surtout. «Les pays qui multiplient les divertissements autour du business ont une attitude très différente de la nôtre vis-à-vis du travail et du capitalisme», tranche Villegas, qui ajoute: «Le mec qui fait “The Apprentice” en Angleterre, il est Lord. C’est un pays où l’entreprise vous permet de devenir Lord!» 

«Il y a aux Etats-Unis cette culture du manager, de la réussite qui est beaucoup moins décomplexée en France. Et donc pas encore arrivée dans nos télés», confirme Virginie Spies.

Aux Etats-Unis, le concept de «The Undercover Boss» n’avait d’ailleurs suscité aucune polémique. A contrario, depuis jeudi dernier, et même avant, la presse française s’interroge. «Quand Endemol l’a vendu, tout le monde s’est affolé, en disant que ça allait être le flicage… Alors que le principe c’est tout le contraire!» estime Bertrand Villegas.

Chef: d’accord, mais en cuisine

Pour le spécialiste de la télé internationale, deux émissions sont d’une certaine façon sur le créneau: «Top Chef» et «Master Chef». «La seule figure du boss qu’on accepte en France, c’est le cuisinier! “Masterchef”, c’est assez violent mais la compétition, le fait de vouloir être patron de son resto est accepté parce que c’est de la cuisine. C’est valorisé par les français.»

Reste à savoir si «Patron Incognito» rebutera les téléspectateurs ou les séduira par sa nouveauté. La première émission a réalisé une belle performance. Mais il sera difficile de battre le record d’audience américain: plus de 38 millions de téléspectateurs, soit la troisième audience de l’année 2010.