Jean-Claude Puerto, PDG d'une société de location de voitures, se fait passer pour un employé dans l'émission «Patron incognito».
Jean-Claude Puerto, PDG d'une société de location de voitures, se fait passer pour un employé dans l'émission «Patron incognito». - M6 / ENDEMOL

Joël Métreau

Les grands patrons changent de poste. Adapté de «Undercover Boss», un format d'émission vendu dans une trentaine de pays, le programme «Patron incognito» débarque ce soir sur M6.

Le principe? Pendant cinq jours, un chef d'entreprise entreprend les tâches en bas de l'échelle de sa société. Déguisé, pour que ses employés ne le reconnaissent pas. Les caméras qui le suivent? C'est pour un reportage sur la réinsertion professionnelle.

«Qu'un patron veuille voir quelle est la réalité du travail de ses salariés, c'est positif», note Joseph Thouvenel. Le vice-président de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) a vu des extraits de la première émission. Il poursuit: «Dans les grandes entreprises s'est développée une forme de mercenariat. Des gens parviennent à des postes de dirigeant, nommés par les actionnaires, puis partent ailleurs. Ils ne connaissent absolument pas le travail des salariés.» Confirmation par un patron: «Quand on demande ce qui se passe sur le terrain, l'encadrement cherche à faire plaisir», admet Jean-Claude Puerto, PDG et créateur d'une société de location de voitures qui participé à «Patron incognito».

Mentir sur son CV

Reste que pour Joseph Thouvenel, la présence des caméras fausse les rapports. Mais surtout, en avançant masqués, les participants à l'émission manquent de loyauté vis-à-vis de leurs collaborateurs: «Cela me rappelle Louis XI, surnommé “le Sournois”, qui se déguisait en bourgeois pour écouter les gens aux carrefours.» Il ajoute: «Est-ce qu'un chef d'entreprise accepterait d'embaucher quelqu'un qui ment sur son CV, et s'exclamerait après: «C'est faux, je voulais juste voir comment vous alliez réagir?»

Déloyal alors? Jean-Claude Puerto balaie ces accusations: «On peut trouver de mauvaises intentions partout. Si vous voulez vraiment piéger vos collaborateurs, vous avez autant d'officines que vous vous voulez, comme les clients mystères…» Le syndicaliste et le patron s'accordent toutefois pour constater que la télévision reflète mal la vie de l'entreprise. «Le monde du travail réclame du temps pour en saisir la complexité, note le responsable syndical. Les médias n'en montrent souvent que l'aspect conflictuel.»