La fille de Susan Sarandon, Eva Amurri, et David Duchovny, dans la série Californication
La fille de Susan Sarandon, Eva Amurri, et David Duchovny, dans la série Californication - Showtime

Philippe Berry

De notre correspondant à Los Angeles

Holy fuck! L'ère du «nipplegate» de Janet Jackson est-elle en train de prendre fin à la télévision américaine? Mardi, une cour d'appel a jugé, par 5 voix contre 4, que les termes actuels encadrant ce que l'on peut dire et montrer à l'antenne étaient trop «vagues» et pouvaient «entraver la liberté d'expression». La cour a ordonné la suspension des règles dictées par la FCC (Federal communications commission) et leur révision.

La plainte des quatre principales chaînes gratuites (FOX, NBC, ABC, CBS) concernait surtout les jurons lâchés en direct. Avant l'épisode du sein de Janet Jackson –brièvement aperçu à la mi-temps du SuperBowl, en 2004– l'amende pour le non respect des règles était au maximum de 32.500 dollars. Après l'incident, la somme a été multipliée par 10. Dans la décision judiciaire (pdf), la cour relève qu'en 2003, le montant cumulé des amendes était de 440.000 dollars. Un an après, il est monté à 8 millions. De quoi pousser certaines chaînes à diffuser des directs en différé de quelques secondes, afin de pouvoir censurer d'un bip tout écart de language.

Les mots interdits

Tout remonte à 1973 et au sketch «Seven dirty words» (Sept mots grossiers) du comique George Carlin. Il se moque de l'anglais, qui a un vocabulaire «plus riche pour décrire les jurons» que de véritables gros mots. Il lâche les sept à ne surtout pas dire à la télévision: «shit, piss fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, tits» (approximativement «merde, pisse, putain, connasse –en plus vulgaire– salaud, enculé et nichon»

Un père de famille dépose alors une plainte, estimant intolérable que son fils ait pu entendre un langage aussi fleuri à deux heures de l'après-midi. La radio Pacifica se fait taper sur les doigts via une lettre de réprimande. Surtout, l'épisode entraine un durcissement des règles de la FCC.

Autocensure

Les mots et images jugés «indécents» sont interdits à l'antenne entre 6 heures du matin et 22 heures. Rentre dans cette catégorie «ce qui touche au sexe et aux matières fécales.» En revanche, ceci ne s'applique pas aux chaînes du câble (comme HBO, Showtime ou FX), qui ne se privent pas pour montrer des seins et proposer des dialogues colorés (Californication, True Blood, Les Sopranos, Deadwood, The Shield etc).

Problème, la définition de la FCC reste vague. La cour relève que dans le même épisode de NYPD Blue «bullshit» (conneries) fut jugé indécent mais pas «dick» (couillon). De même, l'emploi de «fucking» pour renforcer un adjectif (comme «fucking brillant» par Bono, aux Golden Globes 2003) n'est pas toujours traité de la même manière par la FCC.

Conséquence, «les scénaristes s'autocensurent souvent, par crainte d'une amende», explique à 20minutes.fr Scott Miller, script coordinator, à Hollywood. Mais même en attendant que les termes de la FCC soient révisés, il serait surprenant de voir Hollywood se lâcher. Il existe en effet un pouvoir encore plus dissuasif que les amendes: les sponsors publicitaires, peu enclins à payer pour des spots diffusés entre un «shit» et un «fuck».