INTERVIEW - La documentariste a réalisé un documentaire sur les quadras, diffusé mercredi soir sur Canal +. Elle nous explique la vraie nature de la «bof génération»...
Que signifie avoir 40 ans aujourd’hui? Bien loin de l’idée que l’on se fait d’habitude de la crise de la quarantaine, la fameuse «middle-aged crisis», Marie Agostini lève le voile sur cette génération, à laquelle elle appartient, à travers le documentaire «
40 ans, la vie et nous», diffusé mercredi soir à 22h35 sur Canal +. Interview.
Qu’avez-vous appris sur la génération des quadras?
J’ai découvert des personnages cabossés par la vie. C’est une période qui n’est pas simple car c’est souvent l’heure du bilan. D’un côté, il faut faire le deuil des choses auxquelles on tenait et qui ne se sont pas faites ou qu’on avait idéalisées et qui s’avèrent décevantes. De l’autre, on est encore suffisamment jeune pour s’imaginer, s’inventer et désirer une autre vie, plus proche de ce que nous sommes vraiment. 40 ans est un âge ambivalent, à la fois triste et joyaux, douloureux et plein d’espoir.
Diriez-vous que c’est à 40 ans qu’on se connaît le mieux?
Disons qu’à cet âge on prend conscience de ses vrais désirs. Les 20 premières années de sa vie d’adulte ont été marquées par nos parents: on est parti sur des rails tout tracés, parce l’on a voulu reproduire le même modèle qu’eux ou, au contraire, s’y opposer. A partir de 40 ans, on cherche davantage d’équilibre dans sa vie, on recentre ses priorités. Cela n’a rien à voir avec une crise violente et subite mais ressemble plus à une série de réajustements successifs.
Les quadras d’aujourd’hui sont la «bof génération» d’hier. Cette étiquette les a-t-elle influencés?
Non, je ne crois pas. Je pense que nous avons davantage été marqués par les bouleversements vécus par nos parents, qui ont connu Mai-68. Nous avons dû inventer un autre modèle que le leur, traditionnel. Les femmes ont intégré le discours de leur mère qui insistait sur l’indépendance, sur la nécessité de ne pas dépendre d’un homme. Quant aux hommes, ils ont dû renoncer au pouvoir absolu qu’ils avaient avant 1968 et apprendre à vivre avec des femmes différentes de celles de la génération de leurs parents.
Regrettez-vous de ne pas avoir connu Mai-68?
Non, mais cela a pesé. La génération des quarantenaires n’a pas été portée par Mai-68 ou un autre événement historique, elle n’a été portée par rien du tout. Du coup, elle a dû s’inventer et s’adapter. Alors que les quarantenaires ont connu une jeunesse libre dans les années 1970, il lui a fallu faire face à l’arrivée du sida dans les années 1980. Alors qu’ils ont commencé à travailler dans les années 1980, où tout était facile, y compris l’argent, il leur a fallu affronter le chômage dans les années 1990. C’est un effort que n’ont pas eu à fournir les générations suivantes, qui ont grandi avec le sida et le chômage.
Quelles sont les valeurs de la génération des quadras?
La liberté et l’amour. Ce sont les valeurs que nous avons apprises, enfants, dans les années 1970. Maintenant, il nous faut les mettre en musique. La vie n’est certainement pas finie à 40 ans.
Et vous, vivez-vous bien vos 40 ans? Que signifie cet âge pour vous?
Propos recueillis par Sandrine Cochard