Joss Whedon va-t-il devoir ranger ses poupées plus tôt que prévu? Du rythme bancal du pilote au jeu mono expressif d’Eliza Dushku en passant par une audience catastrophique... Rien n’a vraiment fonctionné pour les grands débuts de «Dollhouse», vendredi soir aux Etats-Unis.
Dans «Dollhouse», on suit donc les aventures d’Echo, une «Active» dont le cerveau peut être reprogrammé à loisir par une organisation ultra secrète, selon les besoins de ses clients. Petite amie idéale, négociatrice d’otages, maîtresse dominatrice... Les «actives» peuvent être qui vous voulez, ce que vous voulez. A condition que votre compte en banque soit bien garni.
Remonté plusieurs fois car jugé «pas satisfaisant» par son créateur, le pilote laisse la désagréable impression d’être un épisode n°2. La présentation des personnages est bâclée (Tahmoh Penikett –Helo dans Battlestar Galactica– incarne un policier tête brûlée enquêtant sur la Dollhouse), et le premier cas (la prise d’otage d’une petite fille) excite autant qu'un mauvais épisode de NCIS. Et avec tout le respect qu’on doit à la charmante Eliza Dushku, ce n’est pas vraiment Toni Colette –épatante avec ses multiples personnalités dans «United states of Tara». Mais la plus grosse déception vient peut-être des dialogues, complètement plats et dépourvus de l’habituelle touche d’humour whedonesque.
Des millions de fans attendaient la nouvelle offrande du créateur de «Buffy» et d’«Angel», dont la plupart des projets ont capoté depuis 2004. Problème: ils n’étaient que 4,7 millions devant leur écran vendredi soir. Il s’agit du 2e plus mauvais démarrage pour une série sur un network cette année –seul Crusoe a fait pire, et devinez quoi: la série a été annulée.
A la décharge de Joss Whedon, en diffusant «Dollhouse» le vendredi soir, juste derrière «Sarah Connor Chronicles», la Fox aurait voulu euthanasier sa série que la chaîne ne s’y serait pas prise autrement. Le vendredi soir entre 20h et 22h est traditionnellement connu comme le Friday Night Death Slot, le créneau de la mort, avec environ deux fois moins d’Américains devant leur écran que les autres soirs de la semaine. A croire que la Fox aime torturer le Dieu des geeks et ses disciples: «Firefly», son space opera/western culte avait déjà goûté de la hache dans les mêmes circonstances, en 2002, après seulement onze épisodes.
Quelques raisons d'espérer
Joss Whedon répète pourtant qu’il a «le soutien de la Fox». Mais quand un créateur de série commence à chanter ce mantra, c’est un peu comme lorsqu’un club de foot jure que «le poste de l’entraîneur n’est pas menacé».
«Ayez un peu la foi», tempère un chroniqueur télé après la critique assassine du «Washington Post». D'abord parce que «Dollhouse» est loin d'être déplaisant. Ensuite parce que Joss Whedon est peut-être un des princes de la pop culture, mais c’est un diesel dont les univers fouillés ont toujours besoin de quelques épisodes pour trouver leurs marques. Enfin parce qu'il faudra attendre les chiffres définitifs incluant les visionnages différés via les Tivo et autres magnétoscopes numériques –sans compter tous ceux sur Hulu.com– pour mieux mesurer les dégâts sur l'audience.
Avez-vous vu ce premier épisode? Serez-vous déçus si la série était annulée rapidement? Ou au contraire soulagés, espérant que Joss Whedon donne une suite à «Dr Horrible», son bijou de mini web-comédie musicale réalisée avec trois bouts de ficelles et Neil Patrick Harris en pleine grève des scénaristes?