La recette pour gagner l’Eurovision

TELEVISION Pourquoi Sébastien Tellier ne pouvait pas gagner? L’étude de Farid Toubal, maître de conférence à l’Université Paris I permet de le comprendre. interview....

Recueilli par Nadia Daam

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Sébastien Tellier, le candidat français à l'Eurovision, le 24 mai 2008. Pour savoir ce qui s'est passé, cliquez ici

Sébastien Tellier, le candidat français à l'Eurovision, le 24 mai 2008. Pour savoir ce qui s'est passé, cliquez ici — REUTERS/Marko Djurica

C’est presque une coutume. A chaque lendemain d’Eurovision, ce sont les mêmes indignations courroucées: les «c’est truqué» fusent dans les transports en commun dans pays perdants. Gabriel Felbermayr & Farid Toubal ont étudié pendant trois ans les votes du Concours européen de la chanson. On apprend que rien ne sert de bien chanter.

Sur quelles données reposent votre étude?

Nous nous sommes concentrés sur les votes de la période 1975-2003, car les règles y étaient plutôt stables.Dans l’une de nos études, nous avons pris en compte le style du chanteur, mais aussi de la chanson, la langue dans laquelle il ou elle chante et bien d’autres caractéristiques. Puis, nous avons analysé chaque paire de pays et le score moyen qu’ils se donnent mutuellement par rapport à la moyenne des scores donnés par les autres pays.

Selon vous, les votes sont déterminés par la nature des relations internationales (par exemple, la Pologne sanctionne la France après l’épisode du «plombier polonais»). Quel serait le pays le plus emblématique de ce type de comportement?


Ce n’est pas tant «le» pays mais plutôt les paires de pays qui nous ont intéressés. Pour moi, les votes les plus emblématiques sont ceux de Chypre à la Grèce et de Chypre à la Turquie. Sur notre période d’analyse, le score donné par Chypre à la Grèce est bien supérieur au score moyen reçu par les Grecs. La Turquie et Chypre ont toujours voté l’un contre l’autre.

Si les votes sont autant biaisés, comment se fait-il que cela dure, sans qu'aucun pays ne s'insurge contre cet état de fait? Ni le public d’ailleurs, qui continue à regarder, malgré les rumeurs de «triche»?

Il n’y pour ainsi dire pas de triche. Nous révélons simplement nos préférences pour un pays en votant, c’est en cela que les votes sont biaisés. Et ceci depuis 1997, date à laquelle nous votons par téléphone ou SMS. Avant 1997, des accords tacites entre les pays auraient pu influencer ces résultats puisque ce sont des jurys nationaux qui votaient. Notre étude montre que la tendance sur la période 1975-2003 est pourtant restée la même.

En fait, il n'y a pas de candidat idéal mais des situations géopolitiques propices...


Bien plus que des situations géopolitiques qui ne sont que ponctuelles, c’est la proximité culturelle qui joue un grand rôle. Celle-ci se résume non seulement au langage commun, à la religion commune et au système légal commun mais elle est également liée à l’identité commune, l’histoire, les codes vestimentaires et bien d’autres éléments. La proximité culturelle évolue dans le temps et n’est pas forcément réciproque. Quant au candidat idéal, il est bien difficile à dénicher…

Quelles seraient les conditions idéales pour que la France gagne?

La France n’a plus gagné le concours depuis 1977, et même si le score de Sébastien Tellier fut meilleur que celui des Fatals Picards, il n’en reste pas moins que la tendance est à la baisse. Etre riche culturellement ne signifie pas être proche de ses voisins. C’est le défi à venir si l’on veut reconquérir des voix dans ce concours. Il faudra encore faire face aux votes collectifs des pays d’Europe de l’Est et ça n’est pas gagné !

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