HUMOUR – Huit ans qu’il n’avait pas enregistré d’impostures! Jean-Yves Lafesse a repris le téléphone pour Rire & Chansons...
Huit ans qu’il n’avait pas enregistré d’impostures! Jean-Yves Lafesse a repris le téléphone il y a trois semaines: à partir de lundi matin, 70 inédits seront égrenés sur Rire & Chansons, chaque jour à 6h30, 8h30,11h30 et 18h30.
Comment se passe l’enregistrement de ces nouveaux canulars?
J’ai commencé il y a trois semaines. Là, j’en ai déjà 50 de prêtes, il m’en reste donc 20 à enregistrer. Je suis en studio de 9 h à 6 heures du soir, et croyez-moi, autant d’heures d’impro, c’est éprouvant! Mais le miracle de la rencontre au téléphone, c’est quelque chose qui me rend heureux!
Retrouverons-nous Mme Ledoux ou M. Delaplace?
Ce qui est compliqué, c’est que les gens connaissent ces personnages, du coup c’est dangereux de les utiliser. Sur les cinquante impostures déjà faites, il y avait au moins trente auditeurs réguliers de Rire & Chansons! Du coup, je prends plutôt des noms de personnages au hasard dans le bottin. Pour Mme Ledoux, dès que je sens que mon interlocuteur se dit «j’ai déjà entendu cette voix quelque part», je me présente comme Mme Ledur! Je ne veux pas en dire trop sur les nouveautés, mais je peux vous parler de quelque chose de complètement dingue qui va arriver à Mme Ledoux. Elle va accoucher, assistée par son voisin, mais dans la précipitation elle va à moitié l’étrangler avec ses jambes!
Mais comment faites-vous pour faire gober des trucs pareils?
D’abord, c’est une question d’authenticité. Si tu ne fais des impostures que pour l’argent, et non plus pour un plaisir de gamin, ça marche moins bien. Après, c’est un vrai boulot d’adaptation permanente à l’interlocuteur. En un souffle, une respiration, un silence d’un centième de seconde, je sens que le mec va me croire ou se braquer, s’il est inquiet ou serein. Et puis il faut être ouvert, ça finit par créer des situations de chance. Par exemple, j’ai appelé une nana qui bossait dans une fourrière, pour lui dire «tiens là en face de moi y a un type qui pêche des brochets au chinchilla, des chinchillas vivants, M’dame». Croyez-moi ou non, coup de bol, cette femme a deux chinchillas chez elle, du coup elle se sent tout de suite révoltée! Ça c’est des moments magiques!
On vous sent heureux d’être revenu à vos fondamentaux!
Oui, ça fait un bien fou, quand ça marche, que vous réussissez à faire monter la mayonnaise. Là, j’ai appelé le mari d’une coiffeuse en me faisant passer pour une cliente sourde comme un pot. Je lui dis «Ecoutez ma p’tite Maryse, etc.», lui répond : «Je ne suis pas Maryse». Il commence tout doucement, gentiment, et après il répète de plus en plus fort, à la fin c’est: «JE NE SUIS PAS MARYSE, MERDE!» C’est ça que j’aime aussi, quand les gens révèlent leur vraie nature.
Où en êtes-vous dans votre contentieux avec Dailymotion?
J’attends les résultats du procès en appel dans trois semaines. Le combat contre les plateformes, qui bafouent les auteurs de leurs droits, je ne le fais pas pour moi seul, mais pour tous les artistes. Je ne comprends pas pourquoi tous les auteurs ne s’allient pas contre ça. La plupart ont laissé faire car ils ont peur que ça fasse du mal à leur image.
(Pour retrouver les détails du contentieux entre Jean-Yves Lafesse et Dailymotion, cliquez ici)
Mais le public peut très bien comprendre qu’on défende notre bout de gras. C’est quand même pas normal que cinq types arrivent et disent: «OK, j’ai l’idée du siècle, si on pillait le travail des autres?» Au même titre qu’Omar et Fred, j’ai été beaucoup repris sur les plateformes car je suis un bon produit d’appel: je fais des programmes courts, humoristiques, avec un son mono. Pour les sites de partage vidéo, ça fait venir les internautes facilement. Je ne trouve pas non plus normal que la Sacem n’ait pas de position ferme et claire sur la question.
Recueilli par Raphaëlle Baillot