Will Smith, des orcs et des elfes... Non «Bright», de Netflix, n'est pas «le pire film» de 2017

TELEVISION Le blockbuster, lancé vendredi dans 190 pays, n'a pas du tout plu à la critique américaine...

Philippe Berry

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Le film «Bight», avec Will Smith, disponible le 22 décembre 2017 sur Netflix.

Le film «Bight», avec Will Smith, disponible le 22 décembre 2017 sur Netflix. — NETFLIX

« Bright n’est pas seulement le pire film de 2017, il pourrait être responsable des pires films de 2018 et plus. Si le pari paie – si Netflix renforce son attaque contre l’expérience cinématographique en développant des blockbusters plus ou moins optimisés pour un public endormi – on peut imaginer un futur noir pour le cinéma. » C’est la critique apocalyptique d’Indiewire contre la dernière production Netflix, lancée vendredi dans le monde entier auprès de ses 110 millions d’abonnés. C’est loin d’être le seul tacle appuyé : ce blockbuster de 90 millions de dollars avec Will Smith, réalisé par David Ayer, récolte 23 % sur Rotten Tomatoes, pour une note moyenne de 3,5/10. Et Netflix s’en soucie visiblement comme de son premier DVD : il a déjà commandé une suite.

Training Day sauce Lord of the Rings

D’abord, il faut remettre les choses en place. Non, Bright n’est pas le plus mauvais film de l’année. Ce serait faire injure au Bonhomme de neige, le nanar polaire avec Michael Fassbender, ou à La Momie, un bel accident industriel avec Tom Cruise. Non, Bright, un film de flics fantastique dans un Los Angeles peuplé d’humains, d’orcs et d’elfes, est simplement un blockbuster banal, paresseux et calibré. David Ayer recycle Training Day, adapté à la sauce fantasy par le scénariste Max Landis, un geek trentenaire fan de comics révélé par le script de Chronicle.

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David Ayer (End of Watch, Suicide Squad) oscille entre le cliché (les orcs sont des gangsters qui aiment le black metal, les elfes sont couverts de bling à Beverly Hills) et l’humour malvenu (« Fairies life don’t matter »). Will Smith fait du Will Smith, et son partenaire Joel Edgerton fait ce qu’il peut sous le maquillage. La production, malgré le recours aux contrastes dynamiques de Dolby Vision et au son Atmos, est globalement cheap. Mais le résultat est moins indigeste que Suicide Squad, avec une intrigue facile à suivre pendant qu’on fait son shopping de Noël de dernier minute sur son smartphone.

Netflix lui trouvera son public

Bright n’est pas vraiment une lumière. Mais Netflix, avec ses algorithmes de recommandation, est persuadé qu’il est capable de lui trouver son public. Sur la home page, le film a surtout été mis en avant auprès des abonnés susceptibles de l’aimer. L’entreprise pousse le concept de la promotion ciblée à son maximum, en proposant une dizaine des vignettes différentes. Pour certains abonnés, Bright a avant tout l’air d’être un cop movie. Pour d’autres, il ressemble à World of Warcraft.

Netflix ne montre pas les mêmes vignettes à tous les utilisateurs.
Netflix ne montre pas les mêmes vignettes à tous les utilisateurs. - 20 MINUTES

Chris Jaffe, vice-président de Netflix en charge de l’innovation produit, jure cependant que les algorithmes de « machine learning », qui dressent un profil de chaque film et de chaque utilisateur, sont simplement utilisés pour la recommandation, et pas pour la production. En clair, selon lui, Netflix ne cherche pas à cocher tous les éléments qu’un film doit posséder pour marcher. « La liberté créative reste l’élément le plus important », assure-t-il.

Diversification du catalogue

La critique d’IndieWire met le doigt sur un risque inquiétant mais, pour l’instant, il s’agit plutôt d’un faux procès. Avec plus de 110 millions d’abonnés, Netflix doit proposer des contenus pour tous les goûts. Entre House of Cards, The OA et MindHunter, la plateforme a déjà élargi son offre séries à des contenus familiaux comme la suite de la Fête à la Maison et The Ranch. Elle fait pareil côté film avec des blockbusters comme Bright et Death Note.

Pour Netflix, un service payant sans publicité, le succès n’est tant mesuré par l’audience d’un film ou d’une série que par le nombre de nouveaux abonnés. Si des grosses productions sans saveur comme Bright amènent des clients supplémentaires, cela permet à Netflix de financer des documentaires et des films d'auteur comme Mudbound et The Meyerwitz Stories. Tout le monde s'y retrouve.

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